Un cessez-le-feu incertain

Certes, les armes se sont tues dans et autour de la bande de Gaza. Mais personne ne s’attend à ce que le cessez-le-feu entre Israël et les organisations palestiniennes de Gaza dure éternellement puisque les problèmes qui ont provoqué cette « guerre de cinquante jours » ne semblent pas devoir être résolus.

Dans l’histoire d’Israël, Zeevik Etzion, responsable de la sécurité du kibboutz Nirim, et Sharar Melamed, son adjoint, s’inscriront comme les deux derniers morts de la guerre d’usure qui a opposé Israël au Hamas et à ses alliés dans le courant de l’été 2014. Ils ont été tués mardi soir par un obus de mortier de 200mm fabriqué en Iran, cinquante minutes à peine avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, alors qu’ils tentaient de réparer l’alimentation électrique du kibboutz endommagée par un bombardement précédent.

Au lendemain de l’enterrement de Daniel Tragerman, un enfant de 4 ans tué par un obus de mortier qui s’était abattu sur sa maison, la  mort d’Etzion et de Melamed choque d’autant plus l’opinion de l’Etat hébreu qu’elle semble avoir été inutile. A tort ou à raison, la majorité des Israéliens estime en effet que la guerre « s’est terminée trop tôt ». Et que  Tsahal « n’a pas réussi à éradiquer le danger terroriste », même si une partie de l’infrastructure militaire du Hamas a été détruite.

« Nous ne retirons de ces cinquante jours de guerre qu’une simple accalmie à long terme en sachant que 70 personnes (69 Israéliens et un ouvrier thaïlandais) sont mortes pour en arriver là », constate amèrement le chroniqueur politique Chico Menashé. « Car pour le reste, le Hamas est toujours bien en place à Gaza ». Et de poursuivre : « Même si cela fait mal, il faut reconnaître que l’organisation islamiste a survécu à cinquante jours de frappes et de « liquidations » ciblées. Lorsque les hostilités ont débuté au début juillet, personne n’imaginait que cela se passerait de cette manière-là ».

Et surtout pas les dizaines de milliers d’Israéliens du sud du pays qui ont passé cinq semaines à errer d’un centre d’accueil à un autre pour fuir les obus de mortier du Hamas et qui reprochent aujourd’hui au gouvernement de Benyamin Netanyahou « de les avoir laissés à leur sort ».  

Le cessez-le-feu conclu ce mardi entre Israël et les organisations palestiniennes de Gaza est tout ce que l’on veut sauf solide. Il consiste en un accord verbal donné à l’Egypte par les parties en cause. Dans un mois et à la condition que l’accalmie perdure, des négociations indirectes plus concrètes débuteront au Caire. Elles porteront sur la reconstruction éventuelle de l’aéroport international de Daanyeh (sud de la bande de Gaza) rasé durant la deuxième intifada, sur l’établissement d’un port, sur la mise en place d’un mécanisme international de contrôle des marchandises pénétrant dans l’enclave palestinienne, ainsi que sur des questions dites « connexes ». Parmi celles-ci, la libération de prisonniers du Hamas en échange des dépouilles de deux soldats israéliens détenues par l’organisation islamiste.

Si jamais un accord intervenait, Israël et les organisations palestiniennes apposeraient alors leur signature au bas d’un texte rédigé par les Egyptiens. Or, la consigne donnée aux négociateurs de son pays par Netanyahou tient en deux mots : flexibilité zéro. Ce qui signifie que la levée du blocus de Gaza ne se déroulera sans doute pas de la manière souhaitée par le Hamas et que ces pourparlers pourraient imploser à tout moment.

Certes, quoi qu’ils en disent, le Hamas et ses alliés ne sont pas pressés de reprendre la « moukwama » (résistance armée). Car 2.155 Palestiniens -dont une proportion indéterminée de combattants- ont été tués durant cette guerre. En outre, 30.000 bâtiments ont été rasés ou endommagés par les frappes israéliennes sans compter les infrastructures diverses (centrale électrique, canalisation d’eau)  mis hors d’usage pour longtemps.

Pour le moment, les responsables de Gaza ont donc le regard tourné vers la reconstruction de leur enclave, mais rien ne dit qu’ils auront le même état d’esprit dans un an ou deux. D’ailleurs, l’Etat-major de Tsahal s’y prépare déjà.

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