‘Tu seras juif mon fils’

Dans Tu seras juif mon fils (éd. Biblieurope), Marah Pinhas Elyahou Saday raconte son parcours étonnant qui le mène du Congo en Israël, en passant par le Sénégal et la France. A travers ce témoignage, il évoque surtout sa conversion au judaïsme et sa découverte du peuple juif. Il en parlera au CCLJ le 17 septembre 2014 à 20h30.

Comment décide-t-on de se convertir au judaïsme ? C’est d’abord une quête personnelle de spiritualité. Je voulais que la vie que je mène soit en cohérence avec mes aspirations spirituelles. Je suis né dans une famille congolaise chrétienne évangélique. Après des études théologiques en France, je souhaitais devenir pasteur, mais la question d’Israël et du judaïsme est apparue progressivement comme un grand point d’interrogation. En approfondissant mes lectures de l’Ancien Testament, j’ai commencé à saisir la réalité du peuple juif que je pensais sincèrement ne plus exister en raison de mon éducation chrétienne. Je me suis donc rendu compte que le peuple juif existait, que parmi mes amis il y avait des Juifs qui accomplissaient les mêmes commandements que leurs ancêtres à l’époque biblique, et qu’aujourd’hui ce peuple juif avait même un Etat.

Est-ce un parcours difficile ? On est amené à traverser des moments difficiles, mais la foi qui m’a guidé dans ce cheminement m’a énormément préservé. Ce n’est pas agréable de voir des amis ne plus me fréquenter parce qu’ils n’acceptent pas ma démarche. Des difficultés apparaissent aussi dans la vie quotidienne, car la pratique religieuse induit également de nombreux changements. On change ainsi sa manière de manger. On s’aperçoit alors que le judaïsme ne se limite pas au cœur de l’individu, mais qu’il touche aussi à la chair. En se livrant à la pratique quotidienne, il faut se faire violence, surtout parce qu’il faut acquérir ces nouvelles habitudes. Cette souffrance passe aussi par le choix d’une communauté et d’une synagogue qui acceptent de m’accueillir. Et à cet égard, ma couleur de peau suscite le questionnement et la perplexité. La langue des textes et de la prière est aussi un obstacle qu’il faut surmonter. J’ai dû apprendre l’hébreu. Toutes ces difficultés sont plutôt des passages à franchir pour atteindre un niveau supérieur.

Ce cheminement vers le judaïsme a-t-il impliqué une rupture avec votre entourage familial ? Non. Si la foi m’a beaucoup aidé, je n’oublie jamais que durant toute cette période, j’ai pu compter sur le soutien de ma famille, et tout particulièrement de mes parents. Je n’ai pas été éduqué dans la haine des Juifs ni d’Israël. Ma famille est issue de l’évangélisme africain qui porte un amour important pour Israël, et dans certains cas, démesuré et fanatique. Mes parents m’ont transmis le goût de repousser mes limites. Simultanément, ils se sont imposé l’obligation d’être tolérants et ouverts : ils ont accepté les choix de chacun de leurs enfants dès lors qu’ils demeurent dans la foi et qu’ils agissent en personnes respectables et responsables. Mes parents ont eu une force colossale pour m’accompagner et me supporter dans ce parcours. Avec beaucoup de pédagogie et de dialogue, je leur ai toujours expliqué les règles du judaïsme pour qu’ils comprennent qu’il ne s’agit pas d’un changement extrême de leur fils qui sombre dans le fanatisme religieux. J’ai toujours été conscient que ce n’était pas une chose simple pour mes parents de voir leur fils, noir, congolais et chrétien, entrer dans une synagogue et en ressortir comme Juif !

Pourquoi avez-vous décidé de partir vivre en Israël il y a un an ? Dans ma recherche spirituelle, l’alya constituait une étape
essentielle. Si cela ne tenait qu’à moi, je l’aurais faite le lendemain de ma conversion en 2012. J’ai compris qu’on peut être juif partout, mais que c’est encore mieux en Israël. Je vis à Herzliya, dans des conditions qui me correspondent : je fréquente une communauté très pieuse dans une ville tolérante et multiculturelle où vivent des Juifs d’horizons différents, qu’ils soient religieux, non religieux, sabras, russes, éthiopiens, etc. Je m’y sens bien, car je peux décliner pleinement mon judaïsme. Je ne regrette absolument pas ce choix. 

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