L’opération « Bordure protectrice », la plus longue et meurtrière de toutes celles que Tsahal a menées depuis le « désengagement » de 2005, se poursuit sans donner de signes de relâchement. Sans non plus que personne n’ait la moindre idée de quand et comment elle prendra fin. Voici pourquoi.
La faiblesse et l’isolement du Hamas le rendent intransigeant. Malgré ses bulletins de victoire, il est évident qu’il sort meurtri de l’épreuve, ses chefs militaires tués, ses tunnels offensifs liquidés, ses arsenaux vidés et ses capacités de les réapprovisionner rendues plus qu’incertaines à cause de la destruction par Israël de ses infrastructures et, par l’Egypte, de ses tunnels d’accès au Sinaï. Et il n’a plus d’alliés, si ce n’est le Qatar et la Turquie, dont le rayon d’action est tout de même limité. Il lui faut donc, question de survie politique, arracher des concessions qui lui permettent de justifier aux yeux de la population les souffrances subies.
Une faiblesse symétrique paralyse le gouvernement de Jérusalem. Ses buts de guerre ne sont pas clairs. Si l’on sait à peu près ce que veut le Hamas -la levée du blocus, la libération des prisonniers, la construction d’un port et d’un aéroport qui
libèreraient le territoire du contrôle israélo-égyptien-, on ne voit pas très bien ce que veut Israël. Comme dans tout conflit asymétrique, et comme on devrait l’avoir compris depuis longtemps, vaincre le Hamas est impossible. Vous avez beau infliger à l’adversaire des pertes terribles, elles ne le seront jamais assez pour qu’il ne puisse vous servir une dernière volée de roquettes, une dernière salve d’obus de mortier. Son renversement aussi, sauf à réoccuper la bande de Gaza, une affaire longue, meurtrière et coûteuse en termes diplomatiques. Aussi bien, tout ce que le Premier ministre Netanyahou a à proposer est le statu quo ante, qui se résume à la formule « calme contre calme ». Coincé entre l’exigence de résultats d’une opinion publique excédée, qui risque de se retourner contre lui, les faucons de sa coalition qui le harcèlent et les contraintes internationales, Netanyahou tourne en rond. La mâle assurance du chef de guerre masque le désarroi d’un homme qui ne sait pas où il va et, qui, faute de vision stratégique, a perdu toute capacité d’initiative.
Ce faisant, il est en train de tirer le Hamas d’affaire, en s’obstinant à traiter avec lui un accord de cessez-le-feu. Or, si ce dernier round était parfaitement évitable, une fois enclenché on aurait pu s’en servir comme levier pour contourner le Hamas et prendre appui sur une coalition d’intérêts inédite extraordinairement favorable -l’Egypte, l’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe, les Etats-Unis et l’Union européenne-, afin de remettre en selle Mahmoud Abbas et son Autorité palestinienne et s’atteler à une négociation enfin sérieuse pour aboutir à un accord de paix. Mais c’est précisément ce dont ne veut pas entendre parler Netanyahou et la collection d’agités qui le soutiennent, comme la corde soutient le pendu. Car ce changement de stratégie a un prix territorial que tout le monde connaît, et qu’il ne veut pas payer.
Et maintenant, quoi ? La médiation égyptienne ayant montré ses limites, les regards se tournent vers le Conseil de sécurité de l’ONU, où la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne travaillent à un projet de résolution destiné à imposer un règlement. Selon une copie de ces « éléments » publiée par le quotidien Haaretz, il s’agirait d’imposer la cessation immédiate des hostilités, puis de remettre la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne et d’entamer la reconstruction du territoire sous contrôle international, afin d’empêcher le Hamas de se réarmer. Le document prévoit des mesures de sécurité destinées à prévenir la reprise des hostilités, notamment un mécanisme international de
supervision et de vérification; l’interdiction d’introduire armes et munitions d’aucune sorte, si ce n’est avec l’autorisation de l’Autorité palestinienne; et un système de prévention du financement d’activités terroristes. En contrepartie, toutes les
restrictions économiques et humanitaires qui étouffent la bande de Gaza seraient levées et les points de passage entre le territoire, l’Egypte et Israël, ouverts à la circulation des biens et des personnes.
Enfin, et peut-être surtout, le projet de résolution prévoit la reprise des négociations israélo-palestiniennes sur la base des frontières d’avant la guerre des Six-Jours. Ce qui rend ce paragraphe particulièrement significatif est le fait que les Etats-Unis semblent cette fois prêts à s’y associer. Si cela s’avérait, d’un mal sortirait un bien, et cette malheureuse opération n’aura pas été pour rien. Si cela s’avérait…
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