Les campagnes de « BDS » (Boycott, Désinvestissements, Sanctions), ce mouvement lancé en 2005 par des ONG palestiniennes aboutissent-elles à quelque chose ?
Comme souvent, chaque camp crie victoire. A écouter le BDS, il ne cesse d’accumuler les succès. Et de citer sa dernière réussite, l’affaire Sodastream en juin de cette année. Une erreur de communication de celle-ci, en fait.
Pour promouvoir sa machine à sodas, cette société avait fait appel à la star de cinéma Scarlett Johansson, ce qui a focalisé l’attention des boycotteurs qui ont vite appris que l’entreprise était située dans la colonie de Maale Adoumim en Cisjordanie.
Cris, protestations… La société a résolu aussi sec de se réimplanter dans le Néguev, en Israël. Les colons israéliens, eux, dans un émouvant élan de solidarité désintéressée, ont déploré les 900 emplois ainsi perdus par les Palestiniens des territoires occupés…
Mais BDS aligne encore de nombreux autres succès dans ses combats économiques et culturels : c’est le Fonds souverain de Norvège qui se retire d’entreprises israéliennes participant à la construction de colonies.
C’est PGGM, un fond de pension néerlandais qui coupe ses liens avec cinq banques israéliennes pour les mêmes raisons. C’est la Roumanie qui exige que ses maçons ne travaillent pas dans les colonies.
C’est Berlin qui cesse de financer des sociétés high tech installée en Cisjordanie. Une directive de l’Union européenne excluant les territoires occupés de ses accords avec Israël. L’interdiction d’exporter dans l’UE volailles et produits laitiers tant qu’ils ne seront pas dotés d’un système d’étiquetage spécifique.
Plus les actions ponctuelles dans les supermarchés d’Europe contre la présence de produits israéliens dans les rayons. A quoi s’ajoutent des appels au boycott universitaire comme celui prôné par le puissant syndicat des universitaires et chercheurs américains « American Studies Association »
Ou celui, en mai 2013, de la « Fédération des étudiants francophones » (FEF) belge, 1ère association étudiante au monde à agir de la sorte. D’autre part encore, BDS cite avec délectation les artistes ou intellectuels qu’elle a dissuadé de se rendre en Israël.
Une liste qui va du physicien Stéphen Hawking jusqu’au cinéaste Ken Loach à en passant par Santana, Dustin Hoffman, Roger Waters (Pink Floyd), Brian Eno ou Jean-Luc Godard, on en oublie et des meilleurs.
Le boycott n’a aucun impact économique
Mais les adversaires de BDS ne manquent pas de munitions eux non plus. Les artistes ? Il y en a bien plus (et des mieux) qui se sont produits en Israël dans le même laps de temps: Eric Burdon, (Animals), Justin Timberlake, Cyndi Lauper, les Rolling Stones, Alicia Keys…
Le boycott des supermarchés ? Ponctuel, dérisoire et illégal en France. Le fonds de pension néerlandais PGGM qui a rompu avec Israël? Il ne pèse rien à côté du tout aussi hollandais ABP, (n°3 mondial, lui) et qui persiste à soutenir les banques israéliennes. Et ainsi de suite.
Alors, qu’en est-il ? Le boycott est-il efficace ou non ? D’un point de vue économique, la réponse est claire : non. Certes, le Ministre des Finances israélien Yaïr Lapid a estimé en mars qu’un boycott de l’Union Européenne coûterait 4,2 milliards € par an à Israël
Sauf que l’Europe n’envisage absolument pas une telle action dans un avenir prévisible. Quant au boycott des produits agricoles par l’Europe ou dans les supermarchés, il fait sourire doucement les experts :
On est loin des années 1950 quand jus de fruits, légumes ou fleurs constituaient 65% des exportations d’Israël : on en est à 2% aujourd’hui. Ce qu’exporte le pays de nos jours, c’est de la high tech, des diamants ou des médicaments.
Difficile à boycotter. A moins de renoncer à utiliser ordinateurs, tablettes ou smartphones dont nombre de composants ont été inventés et sont fabriqués dans l’Etat juif. De même pour plusieurs gammes de médicaments, d’instruments chirurgicaux, etc.
De même d’un point de vue financier : pour que leur départ ait un impact, il faudrait qu’une grande partie des fonds de pension, d’investissement, etc. d’Europe et des Etats-Unis se retirent du marché israélien. Là encore, c’est de l’ordre de la fiction.
Mais la bataille du boycott n’est pas qu’économique. Elle se livre aussi –surtout ? – au niveau des opinions publiques. Là, la victoire de BDS est incontestable : efficaces ou non, morales ou pas, ses actions rappellent sans trêve la situation et les souffrances des Palestiniens.
Dans le même mouvement, elles contribuent à assimiler Israël au dernier pays à avoir subi un boycott international : l’Afrique du sud du temps de l’apartheid. Inutile d’expliquer qu’en Israël même, les Arabes ont le droit de vote et qu’il ne faut pas confondre avec la situation coloniale qui prévaut en Cisjordanie.
BDS aidant, un nombre croissant de gens n’entrent pas dans ces nuances. Tout ce qu’ils voient, c’est que les Israéliens sont des occupants qui opprime un autre peuple, lui vole ses terres, lui dénie ses droits et la prive de ses libertés fondamentales.
Sans même parler des Opérations Ceci ou Cela avec leurs destructions et leurs massacres d’enfants. Or, ces gens forment l’opinion publique. Et, en démocratie, celle-ci finit toujours par mettre au pouvoir des dirigeants partageant leurs convictions….
Et le succès du BDS semble d’autant plus assuré qu’il dispose d’un allié de poids : l’actuel gouvernement israélien qui semble résolu à faire de son pays un Etat-paria.
En s’acharnant à coloniser les territoires occupés, il est à peu près parvenu dilapider l’immense capital de sympathie dont disposaient voici peu encore tant Israël que le peuple dont il est issu.
Mais c’est aussi là que réside le meilleur moyen dien finir avec BDS : en aidant les Israéliens à sauver l’Etat juif des fanatiques d’extrême droite, laïques ou religieux qui le mènent à la catastrophe.
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