Ils détestent les Juifs plus qu’ils ne soutiennent la Palestine

Aujourd’hui, nous avons mal à Israël. Il nous est difficile de voir un pays auquel nous sommes très attachés se lancer dans une guerre de Sisyphe coûtant la vie à ses propres soldats et à des civils palestiniens, sans pour autant venir à bout d’un Hamas encore plus coriace que lors de chacune des offensives précédentes à Gaza.

Quatre opérations aux noms énigmatiques ont été lancées par Israël en l’espace de huit ans : « Pluies d’été » (2006), « Plomb durci » (2008-2009), « Pilier de défense » (2012) et « Bordure protectrice » (2014). Quatre opérations, et nous ne voyons toujours pas l’issue de ce conflit entre Tsahal et le Hamas à Gaza.

Dans l’intérêt d’Israël, pourquoi ne pas essayer autre chose ? Comme l’a clairement rappelé François Hollande, le Président français, l’objectif doit être la démilitarisation de Gaza et en même temps la levée du blocus. La solution préconisée par le Président français relève du bon sens : « Gaza ne doit ni être une prison à ciel ouvert ni une base armée. Sinon les mêmes causes produiront les mêmes effets ». Cette solution trouve même un écho favorable auprès de responsables politiques plutôt enclins à recourir à la manière forte lorsqu’il est question des Palestiniens. N’est-ce pas le très faucon Shaul Mofaz (ancien chef d’Etat-major de Tsahal et ancien ministre de la Défense) qui a déclaré qu’il était nécessaire « d’opérer un changement fondamental et de briser le cycle des combats », alors que les combats faisaient rage en juillet.

En persistant à tenter de mettre le Hamas face au mur, Israël prend le risque de s’isoler davantage, de perdre éventuellement des alliés fiables, d’être soumis à des campagnes de boycott et d’apparaître comme un Etat infréquentable. Les Juifs de Belgique sont aujourd’hui les témoins privilégiés de cette détérioration progressive de l’image d’Israël en Europe. Depuis le déclenchement de l’opération « Bordure protectrice », nous avons assisté à un déferlement de haine anti-israélienne et antisémite. Quand une foule haineuse crie « mort aux Juifs » dans les rues de Bruxelles et d’Anvers en guise de soutien au peuple palestinien, nous comprenons très vite qu’il n’est plus question de Gaza ni d’Israël, mais bien de nous, ici et maintenant. Il est vrai que toutes les manifestions pro-palestiniennes de ces dernières semaines n’ont pas connu ces dérives antisémites. Mais bien souvent, le tempo donné est résolument antisioniste et la remise en cause de l’existence d’Israël devient le leitmotiv lancinant de ces rassemblements.

A force de dépeindre les Israéliens comme des nazis et des tueurs d’enfants, il n’est pas étonnant que les amalgames surgissent et que les Juifs soient visés. Certains osent dire enfin tout haut ce qu’ils taisaient depuis trop longtemps. Des incidents antisémites commis « au quotidien »
par Monsieur tout le monde ont été relevés cet été : une Anversoise qu’un médecin refuse de soigner parce que juive, une Bruxelloise se faisant agressée et insultée à la maison communale d’Ixelles par une personne ayant entendu son nom à consonance juive, un café affichant une pancarte sur laquelle on peut lire « Dans ce commerce, les chiens sont autorisés, mais les Juifs jamais »… Et que dire d’Internet et des réseaux sociaux, où les propos antisémites sont légion. En invoquant la cause palestinienne, on peut impunément distiller les pires préjugés antisémites et ainsi écrire au courrier des lecteurs de La Dernière Heure (version papier du 21 août 2014) que « Le seul langage que cette communauté comprend, c’est quand on touche à ce qui lui tient à cœur : l’argent » ! Décidemment, ils détestent plus les Juifs qu’ils ne soutiennent la Palestine.

Il y aura certes toujours quelques bons Juifs antisionistes pour dire que tout cela est exagéré et alimenté par le soutien des Juifs de Belgique à Israël. Mais « quand on te crache dessus, ne dis pas qu’il pleut », dit un aphorisme yiddish. Une certaine forme de diabolisation d’Israël recycle sans peine la rhétorique antisémite dont on peut douter qu’elle fasse avancer d’un centimètre le combat légitime pour la création de l’Etat palestinien. Si, comme ces Juifs antisionistes le revendiquent, « la cause palestinienne doit être la cause de l’Humanité », ne faudrait-il pas qu’elle soit débarrassée de ses rebuts les plus encombrants ?

]]>