Juifs de France : la tentation Le Pen

Une étude de l’institut de l’institut de sondage IFOP sur  la communauté juive montre que depuis l’an 2000, elle n’a cessé de glisser vers la droite. Et qu’en 2012, 13,4% des électeurs juifs ont voté Front National. Trois fois plus qu’en 2007.

Jusqu’à la fin des années 1980, les Juifs de France votaient en majorité à gauche, notamment pour François Mitterrand, considéré comme un ami d’Israël et de la communauté. La décennie 1990 a été celle des hésitations entre une gauche pas assez pro-israélienne et un Jacques Chirac, considéré comme pro-Arabe…

Toujours selon l’IFOP, le vote a droite s’est amplifié au début des années 2000 avec la 2ème Intifada et la vague d’antisémitisme qu’elle a suscité en France.  Un glissement renforcé par  « l’effet Sarkozy ».

En effet, durant toute sa carrière, celui-ci a su nouer des liens forts avec la communauté comme avec Israël  (sans parler de la judéité de son grand père maternel). Du coup, lors de la présidentielle de 2007, il a raflé au 1er tour 46% des voix juives, 15% de plus que son score national.

De son côté, Ségolène Royal en obtenait encore 29%, (+ 3 ) tandis que J.M. Le Pen stagnait à 4,4% (10,6 au niveau national). Certes, durant son mandat, Sarkozy a déçu beaucoup de monde et surtout les Juifs (19%  contre 14%).

Mais, en 2012, ceux-ci lui accordèrent néanmoins à nouveau leur voix à 45% (27% au national).  Et 22,5 % à peine pour F. Hollande (28%). Et puis après ? Il y a une droitisation de l’électorat juif dans quasi tous les pays d’Europe, peut être à l’imitation de ce qui se passe en Israël.

On peut le déplorer si  l’on est de gauche mais il n’y a rien de déshonorant à cela. Ce qui interpelle par contre, c’est qu’à la présidentielle de 2012,  13,5% des électeurs juifs ont voté Front National. Moins que l’ensemble des Français (18%) mais trois fois plus qu’en 2007.

Il est vrai que, dans sa stratégie globale de « dédiabolisation », Marine Le Pen a fait un effort particulier envers les Juifs : reconnaissance de la Shoah, refus de tout antisémitisme, rejet des pronazis de son parti, neutralité dans le conflit israélo-arabe…

Une ouverture certes freinée par les détestables diatribes anciennes ou récentes du père Le Pen, mais compensée, et au-delà, par la lutte engagée par Marine Le Pen contre le fondamentalisme islamique… et son antisémitisme.

Une position qui a pu séduire des Juifs qui, comme l’historien Georges Bensoussan**, estiment que « l’antisémitisme est devenu aujourd’hui un code culturel dans les banlieues ». Et que les gouvernements, de droite ou de gauche, n’en font pas  assez à cet égard.

Ceux là ont écouté avec soulagement Mme Le Pen présenter le FN comme « le meilleur rempart »  pour protéger la communauté  juive « des agressions et des tensions communautaires ».

Un FN philosémite et pro-Israélien ?

Qui plus est, le FN pourrait bien, lors de son congrès de novembre, renoncer à sa neutralité (« ni-pro-Israélien ni pro-Palestinien, Français ! ») pour se ranger du côté d’Israël. Telle est la thèse défendue par  le très influent conseiller à l’international de la Présidente, Aymeric Chauprade.

Dans une longue note publiée en aout, il expliquait : « Israël n’est pas l’ennemi de la France. La France n’a aujourd’hui qu’un véritable ennemi : le fondamentalisme islamiste sunnite (…) de fait, les Européens se trouvent dans le même bain que les Israéliens »

De quoi, peut être, infléchir le rejet des autorités israéliennes qui refusent toujours de recevoir officiellement Marine Le Pen à cause des déclarations antisémites de son père.  Mais qu’en pensent de leur côté, les dirigeants juifs ?

Jusqu’à présent, ils rejetaient, pour les mêmes raisons, tout contact avec le FN. Mais avec un J.-M. Le Pen marginalisé, l’antisémitisme combattu et le soutien à Israël affiché ? Ne conviendrait-il pas dans ces conditions, d’établir des relations normales avec lui ?  

C’est l’opinion du –il est vrai, très droitier-  avocat et chroniqueur Gilles-William Goldnadel : « Je préfère mille fois serrer la main de Marine Le Pen que celle d’un membre du Front de Gauche qui défile sur le pavé parisien avec des drapeaux du Hezbollah et du Hamas»

 

Sans oublier qu’au fil des élections et des sondages, l’hypothèse d’un FN parti de gouvernement devient crédible, ce qui, comme l’affirme  Florian Philippot, son vice-Président : « fait sauter les digues dans les têtes ». Y compris juives ?

Ce serait une dramatique erreur : d’abord le renoncement du FN à l’antisémitisme et son soutien à Israël peuvent n’être que de circonstance. Et même si : la communauté juive ne peut limiter son jugement à deux critères aussi égoïstes.

Car, au-delà, le FN demeure un parti d’extrême-droite (ou, au mieux, de la droite extrême), un de ceux qui  ont la xénophobie et l’autoritarisme inscrit dans leur ADN. Qui sont toujours dans le rejet d’un autre, bouc émissaire de tous les maux dont souffre le pays.

Des partis résolus à limiter voire supprimer  les libertés individuelles qui  contreviennent à leur conservatisme foncier qu’ils entendent imposer dans tous les domaines, politique économique, culturel, culture, droits des femmes, droits de l’homme.

Xénophobie et autoritarisme : on aura reconnu là, les caractéristiques de tous ces partis, qui, quelle que soit leur dénomination, ont au fil de l’histoire, rejeté, persécuté voire même massacré les Juifs.  

Alors, quand on est le peuple juif, on ne saurait accepter, dialoguer avec un tel parti sans même parler de le voter pour lui.  Ou alors, c’est qu’on est aussi…. fruste, disons, que l’Esaü de la Bible qui échangeait son droit d’aînesse contre un plat de lentilles.

On ne doute pas que la sagesse des dirigeants communautaires français les empêche de céder jamais à une telle tentation.  

*http://www.atlantico.fr/rdv/politico-scanner/exclu-que-revele-etude-poids-demographique-et-comportement-electoral-juifs-france-ifop-jerome-fourquet-1732451.html

**http://www.actuj.com/2014-08/france/georges-bensoussan-jamais-nous-n-avions-vu-un-tel-dechainement-de-violence-physique-et-de-liberation-de-la-parole-antisemite-en-france

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