Arabe et fier de l’être, l’ex-ambassadeur d’Israël en Finlande puis en Grèce, Ali Yahya, s’est éteint ce mercredi 10 septembre 2014. Il symbolisait cette collaboration harmonieuse entre Juifs et Arabes à laquelle aspirent de nombreux militants de la paix.
Le décès inopiné d’Ali Yahya (66 ans), le premier Arabe israélien à être devenu ambassadeur de l’Etat hébreu en Finlande (1995-1999), puis en Grèce (2006), n’est pas passé inaperçu à Jérusalem. Parce que ce notable né en 1947 à Kfar Qara a effectué un parcours exemplaire au sein d’un Etat que bon nombre de ses coreligionnaires continuent de détester. Et parce qu’il a toujours prôné le dialogue judéo-arabe, alors que certains membres de sa communauté l’accusaient d’être au mieux un faire-valoir et au pire un « traître ».
« Je sais que mon cursus ne fait pas plaisir et que l’on me considère comme un renégat », disait parfois Yahya lorsque des notables arabes israéliens plus extrémistes l’interpellaient sur son parcours dans les universités israéliennes, au sein de l’école de formation de police et à la tête des programmes en arabe de Kol Israël. « Moi, je réponds que je n’ai pas à me justifier. Si tout n’est pas parfait en Israël et qu’il y a des critiques à émettre, je constate que les Arabes musulmans et chrétiens y bénéficient de la liberté de culte, qu’ils ont une représentation politique, et que personne ne les empêche de s’exprimer ».
Pour beaucoup, Yahya était une exception. Le « bon Arabe » de service, ayant appris à parler impeccablement l’hébreu et connaissant sur le bout des doigts les us et coutumes de la majorité juive d’Israël. Or, ce n’est pas aussi simple, car l’ex-diplomate a également fait beaucoup pour populariser la langue arabe et les traditions de sa communauté auprès de l’establishment juif israélien.
De nombreuses passerelles subsistent
Si l’on ne peut nier que la minorité arabe d’Israël (20% de la population) est souvent victime de discriminations dans la recherche d’un logement et d’un emploi, qu’elle se heurte à de nombreux préjugés racistes et que 70% de la majorité juive affirme « s’en méfier », de nombreuses passerelles subsistent malgré tout entre les deux communautés. Ali Yahya était l’une d’elles, mais il en existe de nombreuses autres.
Qui sait, par exemple, que la famille de la députée Hanin Zoabi, cette députée élue arabe israélienne, qui hérisse le poil de la majorité juive du pays en raison de ses prises de position favorables au Hamas et de ses déclarations ultra-nationalistes (elle est poursuivie en justice pour avoir traité des policiers arabes israéliens de « collaborateurs »), est l’une des mieux intégrée de l’Etat hébreu depuis sa création en 1948 ? L’un des proches de Hanin Zoabi a ainsi longtemps été magistrat et a, en tant que tel, servi la « justice sioniste » que la députée se plaît à décrier aujourd’hui. Quant à son oncle, il fut longtemps maire de Nazareth, avant d’être élu député à la Knesset, puis de devenir le premier vice-ministre arabe de l’histoire politique israélienne.
En cherchant bien, des Arabes promus vice-ministre, haut fonctionnaire ou titulaires de fonctions à responsabilité, on en trouve quand même pas mal en Israël. Moins qu’il le faudrait, puisque le pourcentage de fonctionnaires arabes dans l’administration dépasse à peine les 2%, mais beaucoup plus qu’on ne l’imagine. En mars 1999, alors que Yahya était toujours ambassadeur, Abdel Hahman Zoabi est ainsi entré dans l’histoire judiciaire d’Israël en devenant le premier juge arabe appointé à la Cour suprême pour une durée de neuf mois. Une première au top du top.
En 2003, Salim Joubran, un chrétien maronite originaire de Haïfa, a succédé à Zoabi, mais il a lui été nommé de manière permanente à la fonction le plus prestigieuse de la magistrature israélienne. Il y siège encore.
Surprenant ? Pas vraiment si l’on connaît le terrain. Car, à l’instar de Yahya, les Arabes israéliens sont des modérés qui ne demandent qu’à s’intégrer dans la société israélienne. Ils votent d’ailleurs beaucoup plus pour les partis dits « sionistes » (Likoud, travailliste, Meretz) que pour ceux émanant de leur communauté et présentant un agenda politique en rupture avec l’ordre établi.
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