Deux signalements antisémites sérieux à quelques jours d’intervalle dans la capitale bruxelloise. Retombées du conflit ou libération de la parole antisémite, les langues semblent en tout cas se délier d’une façon préoccupante.
Michel Luyckx se souviendra de son trajet, le 10 septembre dernier après-midi, dans le tram 51 reliant Uccle à Jette, lorsqu’un passager s’est en effet mis à proférer des insultes à voix haute. « Cela s’est passé quelques arrêts avant l’avenue Charles Woeste, à Jette », raconte ce psychologue de Jette, dans La Capitale du 12/9/2014. « Un individu est entré, âgé de 40 ans et de type arabe, et a commencé à élever la voix pour s’indigner que des musulmans se faisaient tuer en Irak. Et que la Belgique ne faisait rien, car elle était gouvernée par des Juifs, qu’il faudrait tous tuer ! Avant de lancer : « Vous allez voir, cela va péter à Bruxelles ! » »
Michel Luyckx a montré son désaccord, ce qui a énervé plus encore l’individu : « Sale Juif, tu me regardes… Descends avec moi, on va s’expliquer ! », lui a rétorqué ce dernier. Surpris que personne d’autre ne réagisse, Michel Luyckx est descendu discrètement au même arrêt, pour savoir où il se rendait, mais a perdu sa trace. «Je réalise qu’un type du genre Nemmouche ne va pas annoncer ainsi dans un tram qu’il va faire sauter une bombe, mais je trouvais ces propos menaçants inquiétants dans le contexte actuel. C’est pourquoi je l’ai suivi. Je m’en serais voulu à vie si quelque chose de grave était survenu ensuite, sans avoir rien fait ».
Non juif pour sa part, Michel Luyckx confie s’être senti juif à ce moment-là. Bien décidé à porter plainte, il s’est rendu au commissariat local de Jette, lequel n’a pas estimé utile d’acter sa déclaration… Il y est alors retourné le lendemain accompagné de Joël Rubinfeld, le responsable de la Ligue belge contre l’antisémitisme, pour y déposer une plainte en bonne et due forme.
« Un simple problème d’incompréhension » ? L’argument de la police est un peu court pour Joël Rubinfeld qui souligne un réel dysfonctionnement policier. Outre les menaces proférées à l’encontre de la Belgique, « la police avisée ne réagit pas à ce fait très préoccupant dans le contexte actuel », s’insurge-t-il. « Je constate qu’aujourd’hui, chaque personne en Belgique peut se faire insulter de « sale Juif » -alors qu’il ne l’est pas, mais seulement un « sale autre »- sans réaction judiciaire. Cela dépasse toute réalité ! »
Rien vu !
Ce dimanche 14 septembre, c’est un nouvel incident antisémite qui s’est déroulé dans l’enceinte du Mémorial national aux martyrs juifs à Anderlecht. Après avoir accueilli plus d’une soixantaine de visiteurs, à l’occasion de la Journée européenne de la culture juive, le conservateur de la Fondation du Mémorial, Charles Helholc, se trouvait avec la famille d’Isidore Zielonka, maitre d’œuvre de la rénovation des lieux, pour dévoiler une plaque en sa mémoire. « Nous nous trouvions réunis avec plusieurs amis au centre du monument, lorsqu’une pluie de lourds projectiles et une bouteille de verre ont été lancés depuis l’extérieur. Ils n’ont heureusement touché personne, mais cela aurait pu être dramatique ! », rapporte-t-il.
Charles Helholc a immédiatement prévenu la patrouille de police présente à l’entrée, mais le temps de faire le tour du monument, les auteurs avaient disparu. « Les autres jeunes présents n’avaient bien sûr rien vu », confie-t-il. Charles Helholc évoque encore un individu à vélo qui est passé devant la grille de l’entrée en proférant des insultes, telles que « Sales Juifs, on vous tuera tous ! ».
« J’ai envoyé le soir-même un courrier avec tout ce qui s’était passé au bourgmestre Eric Tomas pour l’en informer », explique Charles Helholc, qui s’est également rendu sur place ce lundi avec Joël Rubinfeld et un journaliste de l’agence Belga. « Quand nous avons téléphoné à la police pour demander ce qu’il en était du procès-verbal, elle ne semblait au courant de rien ! »
Réel dysfonctionnement de la police, méconnaissance ou banalisation du phénomène, les incidents antisémites continuent en tout cas de se multiplier. La réaction et la condamnation ferme des autorités sont indispensables pour ne pas laisser ces incidents devenir ordinaires.
Le Mémorial d’Anderlecht est ouvert tous les mardis de 13h à 15h. Il sera accessible exceptionnellement ce dimanche 21 septembre 2014 de 11h à 17h, à l’occasion de la Journée du Patrimoine (Journée sans voitures). Adresse : coin rue E. Carpentier et de la rue des Goujons, 1070 Bruxelles.
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