Rentrée des classes difficile dans le collège israélien le plus proche de la bande de Gaza. Entre malaise et tension, professeurs et élèves tentent de retrouver le cours normal de leur vie. Reportage.
Vu de loin, le collège « Nofeï Habesor » ressemble à un campus universitaire américain. Situé au cœur de l’Eshkol, une région agricole de 14.000 habitants jouxtant la bande de Gaza, il accueille 970 élèves âgés de 13 à 18 ans dans de petits immeubles modernes séparés par des pelouses, des bouquets d’arbres, et des parterres de fleurs.
Mais la comparaison avec les Etats-Unis s’arrête là, car à « Nofeï Habesor », les murs des bâtiments sont en béton et épais de 40 centimètres. Les fenêtres sont blindées, les entrées sont protégées par des remparts anti-éclats et les chemins bucoliques séparant les immeubles sont parsemés de migouniot, ces petits abris susceptibles d’accueillir quelques personnes en cas d’alerte au bombardement.
« Cette école est opérationnelle depuis six ans, mais la plupart de nos élèves des classes terminales connaissent les tirs de roquettes depuis leur plus tendre enfance », raconte la directrice Zmira Ben Yossef (notre photo). « Pour eux, le son des explosions fait partie de l’environnement naturel ».
Vacances scolaires obligent, « Nofeï Habesor » était fermée durant la guerre de l’été. Cependant, depuis la rentrée des classes du 1er septembre, le personnel enseignant, qui réside dans la région et subit également les conséquences psychologiques de l’opération « Bordure protectrice », se retrouve face à des élèves mal dans leur peau. Parfois en dépression.
« Nous devons faire bonne figure, même si ce n’est pas facile », affirme la conseillère pédagogique de l’établissement. « Certes, la rentrée s’est déroulée quelques jours à peine après la conclusion du cessez-le-feu, mais les élèves sont persuadés qu’il ne tiendra pas. Ils sont constamment sur le qui-vive, à l’écoute du moindre bruit suspect. Notre objectif est donc de les faire parler, de les faire expulser les angoisses et les interrogations qu’ils ont en eux ».
Avant le déclenchement de la guerre, deux psychologues officiaient à plein temps au collège. Aujourd’hui, ils sont cinq. En outre, l’établissement multiplie les compétitions sportives, les cours de zumba, voir les repas festifs et des séances de massage pour permettre aux élèves -ainsi qu’au personnel- d’évacuer leur stress.
« La guerre n’est pas terminée »
Tous les matins, les cours débutent d’ailleurs par une séance de libre parole durant laquelle chacun vide ce qu’il a sur le cœur. « Comment ça va aujourd’hui ? », demande Myri, une titulaire de classe, à la quinzaine d’ados assis devant elle, le regard dans le vague. D’abord gênés par la présence d’un inconnu prenant des notes, ces derniers ne disent rien. Mais une jeune fille se lance en racontant sa peur des explosions avant de se mettre à pleurer. Et les autres embrayent. Un nouvel émigrant arrivé d’Angleterre au début de l’été évoque ainsi ses frayeurs nocturnes lorsque les batteries d’artillerie israéliennes installées dans les champs du kibboutz où il réside tonnaient durant la nuit. Un autre reconnaît à voix basse -presque en murmurant- qu’il redoute les infiltrations terroristes par le biais des tunnels du Hamas. « Et s’ils venaient chez moi ? Et s’ils s’en prenaient à mes parents ? », lâche-t-il des larmes dans les yeux.
La plupart des élèves friment beaucoup dans les couloirs de l’école où l’on croise sans doute la même proportion de dragueurs et de poseurs que partout ailleurs dans le monde. Sauf qu’ils sont tous traumatisés et que le moindre incident risque de dégénérer en violence.
« Nous sommes tous un peu usés, car les roquettes et les mortiers, on en écope depuis quatorze ans. Cela commence à faire long », reconnaît une enseignante. « En Europe et même en Israël, beaucoup croient que la guerre est terminée. Mais dans nos têtes, elle ne l’est pas. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est qu’une accalmie jusqu’à la confrontation suivante ».
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