L’inimitable Myriam Fuks sort « Ver bin ikh ! », disque miraculeux où l’on retrouve à ses côtés « la crème de la crème » de la planète classique : Martha Argerich, Mischa Maisky, Evgeny Kissin, Michael Guttman, Polina Leshenko… Sans oublier les participations de Philip Catherine, Roby Lakatos, Michel Jonasz, et même de notre Paul « Boogie Boy » Ambach ! Interview.
Comment est né ce projet fou ?
Je traîne ce projet depuis trente ans. A l’époque, on m’a prise pour une folle. Je chopais les gens dans la rue et ils m’envoyaient promener ! Il y a cinq ans, subitement, tout le monde a dit « oui ». En réalité, à l’époque, je n’étais pas prête et eux non plus. Ensuite, je suis tombée malade, puis, ce fut au tour de mon arrangeur de tomber malade, bref, les choses prenaient un retard fou, mais je n’ai jamais lâché. Puis, en quelques mois, miraculeusement, tout s’est parfaitement mis.
Convaincre Martha Argerich, il fallait le faire ?
Fred Grun, mon producteur « faiseur de miracles », m’avait prévenue que ce ne serait pas chose facile, mais au fond, les choses se sont faites très naturellement. Je me suis retrouvée chez Martha Argerich pour un shabbat et le contact est passé comme par miracle. A la fin de la soirée, je lui ai dit : « Qui chantera encore en yiddish dans trente ans ? Toi, Martha, avec ta notoriété, tu vas m’ouvrir des portes que je ne pourrai pas ouvrir ». Non seulement elle a accepté, mais en plus elle m’a fait un superbe cadeau : me recommander Evgeny Kissin, merveilleux pianiste qui parle et écrit le yiddish. Très impressionnant pour un homme de 40 ans. Lui aussi est rentré dans le projet. Ce n’est pas pour ma gloire personnelle qu’il fallait que Martha soit sur ce disque, mais bien pour la perpétuité de l’art et l’amour du yiddish. Grâce à ses merveilleux musiciens, le yiddish a encore trente ans d’existence !
Quel fut le choix du répertoire ?
Ce répertoire, c’est l’héritage de ma mère, les chansons que j’ai entendues chez moi quand j’étais petite. La plupart de ces chansons viennent des comédies musicales en yiddish. Certaines n’ont plus été interprétées depuis 1910, d’autres ne m’étaient connues que partiellement. Mon objectif étant avant tout de faire revivre ces œuvres sans les réinterpréter, sans en changer l’âme ou le message qu’elles portent. Il me fallait pour ça réunir les meilleurs musiciens.