Est-ce une position raciste que d’approuver la campagne « Pas en mon nom » de musulmans britanniques contre le soi disant « Etat islamique » ? Etrange question qui en turlupine pourtant certains.
Ainsi, à Paris des musulmans ont manifesté contre l’assassinat du touriste français Hervé Gourdel par le soi disant « Etat islamique » tandis qu’une dizaine d’intellectuels musulmans signaient une tribune dans le Figaro condamnant la barbarie des djihadistes.
En même temps, des musulmans britanniques lançaient sur Twitter une campagne « Not in my name » contre la prétention des terroristes d’agir selon l’islam. Naïvement, on avait trouvé cela normal, quoiqu’un peu tardif.
Pire, on trouvait bien que, comme toute personne dotée d’un cœur et d’un cerveau, les musulmans manifestent contre le fanatisme et la barbarie. Quelle erreur ! Car, selon plusieurs tribunes parues ces derniers jours, « Les musulmans n’ont pas à s’excuser pour l’Etat islamique ».
Ah tiens ? Oui, oui, l’idée même est insultante : « Elle présuppose que les musulmans seraient, par défaut, solidaires des actes des terroristes. Elle présuppose que tout musulman est relié au terrorisme islamiste et qu’il doit publiquement couper ce lien. Elle présuppose une suspicion a priori ». **
Qui plus est, c’est inutile, poursuit un autre *** : « Tout ce qui a été, est, ou sera fait ne sera jamais assez. Quelle est la prochaine étape ? Leur demander de s’agenouiller ? De partir faire la guerre contre EI ? »
D’autant que «dans cette histoire, on ne peut pas mettre en cause l’Islam », explique Houria Bouteldja, la porte-parole des « Indigènes de la République » Il y a une analyse générale à faire sur la situation dans le monde arabe ».
En France aussi d’ailleurs : Le principal responsable, c’est le contexte politique récent en France : la loi sur le voile de 2004, le débat sur l’identité nationale, la loi sur le voile intégral… » En résumé : c’est de la faute de tout le monde sauf des musulmans.
Le coup de grâce est asséné par Henri Goldman, le rédacteur en chef de « Politique », dans son blog *****. Il aime bien, explique-t-il l’idée du « Pas en mon nom » mais quand ce sont des Flamands qui protestent contre la NVA ou des Juifs qui se désolidarisent d’Israël.
Pas dans ce cas-ci, parce que, selon lui, ce n’est pas, un mouvement spontané : les musulmans seraient poussés à se désolidariser par des « personnes qui, par ailleurs, pensent à leur sujet les pires choses et qui les somment de dire ceci ou cela sous peine de représailles à peine voilées ».
Comme le philosophe Michel Onfray, par exemple. « Dans ces conditions, poursuit H. Goldman, ce n’est qu’une manière de leur (les musulmans européens. NDLA) faire sentir que, décidément, ils ne sont pas et ne seront jamais complètement d’ici ».
Pour que le mal triomphe…
Diantre, approuver le rejet par des musulmans du terrorisme islamique, ce serait donc faire preuve de préjugés, d’amalgames, de racisme, d’islamophobie ? Et puis quoi encore ? Déjà, on ne leur demande pas de s’excuser ou de se justifier mais de se dissocier, nuance.
Ensuite, où est la contrainte ? Le pouvoir d’injonction d’Onfray, de BHL, du Figaro etc. est-il si puissant qu’il jette des musulmans dans la rue pour clamer ce qu’ils ne penseraient pas ? Et cette histoire de responsabilité ?
Bien sûr que les musulmans se sentent responsables (mais non coupables) de ce qui se dit ou fait au nom de leur religion, qu’ils la pratiquent ou pas. Même si les crimes des djihadistes n’ont aucun rapport avec l’islam ? Sauf que ce n’est pas exact :
Comme les écrits de l’Ancien et le Nouveau Testament, celui du Coran est une auberge espagnole : on y trouve ce qu’on y amène. Y compris quand on est un fanatique. Jusqu’il y a peu, il n’a pas manqué de chrétiens fanatisés pour massacrer à tour de bras au nom de leur Dieu d’amour.
Il y a des rabbins en Israël qui trouvent dans la Loi juive, qui pourtant, selon Hillel, tient toute entière en « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse » de quoi s’autoriser à tuer des bébés étrangers.
Et c’est au nom de l’Islam, religion de paix, que les Djihadistes pillent, violent et tuent. Pourquoi l’immense majorité des musulmans qui n’ont pas cette lecture barbare du Coran ne le feraient-ils pas savoir ? Et en quoi apprécier ce geste serait-il un rejet ?
Parce que cela va sans dire ? Désolé, ce n’est pas –plus- le cas : les non-musulmans considèrent l’islam avec peur et méfiance. Par préjugé en partie mais surtout parce que depuis des décennies, de l’islam on ne voit que les intégristes, les islamistes, les salafistes…
Bien sûr que derrière, il y a la multitude des gens vivant leur vie et leur islam en toute tranquillité. Mais pourquoi la phrase du politicien anglais Edmund Burke (1729-1797) « Pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien » ne s’appliqueraient elle pas aux musulmans ?
Sans oublier la responsabilité des médias qui reprennent trop peu leurs protestations : pas assez de belles images. Mais voici que des musulmans, Twitter aidant, ont trouvé un moyen spectaculaire d’agir contre le mal. En quoi les applaudir serait-il condescendant voire islamophobe ?
Si préjugés il y a, on les verrait plutôt chez ceux qui, par honte et rejet de l’Occident, ce mal absolu, idéalisent les immigrés en général, les musulmans en particulier. Quoi qu’ils disent ou fassent, ils ont raison.
Ce que les plus intégristes d’entre eux réclament, il faut le leur donner. Et on ne saurait sans racisme se risquer à les critiquer… Et si on traitait les musulmans comme des adultes et non comme des enfants-roi, pour changer.
Des personnes capables de refuser et de vouloir. D’avoir raison ou de se tromper. Avec parmi eux, des héros et des lâches, des gentils et des salauds. Des sympathiques et des déplaisants, etc. Des gens comme tout le monde. Des gens comme nous.
*http://www.slate.fr/story/92615/islam-violence-islamistes
**http://rue89.nouvelobs.com/2014/09/25/les-musulmans-pries-condamner-terroristes-quelle-folie-255074
***** http://blogs.politique.eu.org/henrigoldman/index.html
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