Ce qui frappe lorsqu’on s’intéresse au Moyen-Orient, c’est l’incroyable politique de deux poids deux mesures de nos médias. Autant lorsqu’il s’agit des Palestiniens, tout est édulcoré, retenu et cadré (ne parlez surtout pas de terroristes, mais de résistants du Hamas), autant lorsqu’il s’agit d’Israël, tout est hypertrophié, outrancier et passionné.
Pour s’en convaincre, il suffit d’analyser les photographies qui ont illustré cet été les conflits gazaoui, syrien et irakien. Le résultat est des plus éclairants.
Dans le cas des Palestiniens, nos médias francophones se sont ingéniés à exclure toute image de combattants au profit d’images-chocs mettant en scène, ici, des mères en colère, là, des enfants martyrisés, et ce, à l’exact opposé de leurs reportages consacrés aux conflits inter-arabes, pourtant… mille fois plus meurtriers. Manifestement, tout est pensé pour préserver l’image du monde arabo-musulman. En témoignent encore à souhait les efforts des journalistes de la RTBF à présenter le groupe terroriste Etat islamique comme contraire à l’islam. A entendre, en effet, les experts consultés, ce mouvement ne saurait être considéré comme musulman du fait de son recours à la violence extrême.
On ne peut que rester perplexe devant tant de candeur : au nom de quoi, en effet, peut-on exclure de l’islam une entité qui entend imposer, à l’égal de l’Arabie Saoudite et de l’émirat gazaoui, la Sharia ? Qu’on le veuille ou non, quand bien même Daech ne représente qu’un courant de l’islam, il n’en est pas moins musulman par essence. La disparition des Juifs du monde arabe et la lente, mais inexorable évaporation des chrétiens d’Orient, de l’Egypte à la Turquie, témoignent d’une différence de degré, mais non de nature entre Daech et le reste du monde arabe. Dénier le moindre caractère islamique au mouvement terroriste tient ainsi autant du jésuitisme que
du syndrome de Stockholm. Pourquoi ? Parce qu’à tort ou à raison, l’islam interroge, d’où précisément ces formules à l’emporte-pièce destinées avant tout à (se) rassurer. Comment comprendre sinon l’insistance à poser, encore et toujours, l’islam en religion de paix ? Pourquoi pas, sauf à se rappeler que c’est bien par l’épée que l’islam s’est imposé. Il ne fallut, en effet, que douze ans aux armées arabes pour s’imposer de la Perse à l’Egypte, un siècle pour étendre le Dar al-l’Islam de l’Espagne à l’Asie centrale. C’est toujours par le djihad que se construisit l’Empire Ottoman au détriment de l’antique et chrétienne Byzance.
La religion musulmane serait-elle donc belligène par nature ? La vérité est plus prosaïque : si toutes les religions ont pour vocation d’instaurer la paix universelle, aucune n’a jamais rechigné à l’établir par la guerre sainte. Pour s’en persuader, il suffit de songer à l’histoire biblique juive (Josué, les zélotes…), de la chrétienté (ses croisades, ses guerres de religion et ses conquêtes coloniales) ou encore de… l’URSS, qui choisit d’envahir, dès 1919, la Pologne pour imposer l’avenir radieux du communisme. Que de crimes commis ainsi au nom du Christ et de Karl Marx. Reste que si l’islam n’a pas inventé le concept de guerre sainte, c’est bien lui qui aujourd’hui, jeunesse oblige, use et abuse de la guerre sainte (djihad). C’est que, dernière-née des religions révélées, l’islam adolescent en est encore à croire qu’il pourra s’imposer à l’échelle mondiale. S’il n’existe pas de religion fanatique, chaque religion connaît ses moments de fanatisme.
Dans ces conditions, l’actuelle posture qui consiste à protéger à tout prix l’islam paraît tout aussi dangereuse que pathétique. Dangereuse parce qu’en protégeant à l’avance l’islam de toute critique, elle empêche nos frères arabo-musulmans de repenser leur rapport au religieux, bref de s’émanciper à leur tour de l’infâme. Pathétique parce qu’elle nous rappelle l’attitude des intellectuels communistes qui en vinrent, d’abord, à nier la réalité des crimes communistes, puis à refuser tout examen critique de leur foi, sous prétexte que l’URSS n’aurait jamais appliqué le modèle communiste. Pas étonnant qu’autant de Belges votent désormais pour le PTB. Du passé faisons table rase !
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