Qu’elles commercialisent des produits israéliens ou issus des colonies israéliennes en territoires palestiniens, les enseignes de la grande distribution semblent avoir des comptes à rendre. Elles ne se laissent pas pour autant faire.
Les partisans du boycott des produits israéliens auront multiplié les manifestations cet été en diffusant au plus grand nombre le code barre 729 indiquant l’origine israélienne des produits ou en publiant largement la liste des produits à éviter. De nombreuses vidéos ont également circulé sur le Net, rapportant les actions des plus « courageux », distribuant des tracts à la sortie de certains magasins ou placardant des affichettes au beau milieu des rayons.
Comeos est le porte-parole du commerce et des services en Belgique. Il regroupe les plus grandes enseignes du pays au sein de dix-huit secteurs d’activités. « Lorsque le gouvernement (en affaires courantes, ndlr) a proposé un label sur les produits alimentaires, pour distinguer ceux qui provenaient d’Israël et des colonies, nous lui avons répondu que ce n’était pas faisable et que nous ne suivrions pas ce système. Cette décision a été acceptée par l’ensemble de nos affiliés », nous explique Peter Vandenberghe, le responsable communication. « Ce n’est pas la tâche des commerçants de déterminer d’où proviennent les produits. La religion ou l’origine des producteurs n’est d’ailleurs pas pertinente pour nous. Ce qui nous intéresse, c’est que les produits disposent des papiers nécessaires et que la sécurité alimentaire soit garantie. Si le gouvernement belge ou l’Europe interdit l’importation d’un produit, nous devrons nous y soumettre, mais dans ce cas-ci, il s’agit uniquement d’un label ».
Comme il a eu l’occasion de l’expliquer par courrier à plusieurs consommateurs qui lui en faisant la demande, le groupe Colruyt a choisi comme politique d’exclure de ses rayons les produits provenant des colonies. « C’est une information que nous demandons à nos fournisseurs qui se trouvent eux-mêmes en Europe ou en Israël », nous confirme Jan Derom, le responsable presse. « Nos fournisseurs nous dirigent alors vers des produits d’une autre provenance. Notre objectif est d’informer en toute transparence le consommateur. A lui ensuite de faire son choix ». La collaboration entre Colruyt et Israël ou la Palestine se poursuit toutefois « sans aucun problème », souligne-t-il. « Mais dans la mesure où il n’existe pas de consensus international autour des colonies, nous préférons nous abstenir. Il nous faut une base légale pour faire du business ». Avant de préciser que l’initiative est venue du groupe Colruyt lui-même et date d’avant le conflit. « Notre décision a suscité de nombreuses réactions, aussi bien positives que négatives. C’est effectivement la première fois que nous prenons de telles mesures… ».
Chez Delhaize comme chez Carrefour, on déclare ne pas vouloir prendre position. « Notre métier est de proposer à nos clients une gamme de produits de qualité, la plus étendue possible », précise Roel Dekelver, responsable de la communication extérieure de Delhaize. « Tout en étant sensible à ce qui se passe dans le monde, nous sommes une entreprise commerciale et nous ne prenons aucune position politique. Nous n’avons donc aucune volonté de boycott concernant des produits quelle que soit leur origine. Nous effectuons un choix de nos produits dans toutes les régions du monde en fonction de critères liés à la saison et à la qualité des produits. Le client est libre de choisir quels produits il souhaite ou non acheter ».
« Nous souhaitons rester neutres par rapport à toute politique, conviction ou philosophie », partage Vera Vermeeren, du service communication pour Carrefour. « De la même façon, nous avons un rayon hallal, un rayon casher qui varient selon les magasins. Notre objectif est de proposer des produits qui conviennent à tout type de clients. Seul le pays d’origine compte, sans distinction de quartier ou de territoire ».
Pas de changement notoire
Difficile de connaitre l’impact des actions de boycott qui se sont déroulées dans les magasins de la chaine, surtout qu’elles se sont vues parfois opposées des contre-manifestations de soutien à Israël, comme à Anvers et Berchem, à l’initiative du Forum der Joodse organisaties.
« Il parait que la campagne BDS a déjà fait perdre à Sodastream (bouteilles à gazéifier) 35% de leur chiffre d’affaires », se réjouissent ceux qui dénoncent « l’Etat raciste ». Du côté de Comeos, on n’a pas constaté de changement notoire dans le comportement du consommateur. « Les clients regardent d’abord au prix, ensuite à la qualité de ce qu’ils achètent », assure Peter Vandenberghe. « Ils achètent ce qu’ils connaissent et les marques dans lesquelles ils ont confiance. D’où vient le produit leur importe peu, même si l’on remarque un attrait croissant pour les produits locaux, en particulier dans l’alimentaire. La part des consommateurs qui réfléchissent et prennent position augmente certes, mais n’est pas majoritaire. Un conflit comme celui de cet été n’a donc que très peu d’influence sur leurs choix ».
Les promoteurs du boycott invoquent l’argument du client-roi pour inciter au changement. « C’est bien le consommateur qui décide de l’offre du supermarché. Si certaines enseignes ont un rayon de produits israéliens plus fourni, ce n’est que pour correspondre à une demande. Si un produit ne fonctionne plus, on ne le vend plus », confirme Peter Vandenberghe. BDS doit bien se rendre compte qu’il reste beaucoup de travail s’il souhaite parvenir à ses fins, les effets de ces actions restant minimes. Le responsable communication de Comeos poursuit la logique de son raisonnement : « Si les fruits et légumes en provenance d’Israël sont toujours en vente, c’est donc qu’ils sont toujours achetés ! ».
Lire aussi notre article « Boycott d’Israël : quelle réalité ?«
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