Jan Jambon ou la collaboration a ses raisons que la raison ne connaît point

A peine nommé vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur du gouvernement fédéral, Jan Jambon (N-VA) crée la polémique en déclarant lors d’un entretien accordé à La Libre Belgique que les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons.

Cela commence par un entretien dans La Libre Belgique publié le 13 octobre 2014. Le journaliste interroge Jan Jambon sur sa participation en 2001 à des réunions du Sint-Maartensfonds, une association d’anciens SS flamands ayant combattu sur le front de l’Est. « Mais le Sint-Maartensfonds, ce sont des gens qui ont collaboré avec les Allemands. Ce n’est pas rien… », fait remarquer le journaliste de La Libre Belgique au nouveau ministre de l’Intérieur du gouvernement fédéral. Et Jan Jambon de répondre : « Je défie quiconque de trouver une phrase, un texte, où je défends la collaboration. La collaboration a été une erreur. Le mouvement flamand a été isolé pendant des dizaines d’années. Mais c’est plus facile à dire après. Les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. Moi, je ne vivais pas à cette époque-là ».

Ils avaient sûrement des raisons, mais elles étaient toutes mauvaises et injustifiables. Car ces collaborateurs n’étaient pas seulement animés par la ferveur indépendantiste. Leur projet politique était aussi marqué par l’idéologie raciste, xénophobe et antisémite de l’Ordre nouveau. Cet élément est essentiel.

Il est fascinant de découvrir que presque 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, des hommes politiques nés dans les années 1960 puissent encore entretenir un rapport aussi trouble avec cette page abjecte du mouvement flamand. Comme si ce passé jouait encore un rôle plus déterminant que le présent ou l’avenir de la Flandre.

Personne n’ignore que pour le mouvement flamand, le mythe de la répression injuste et inique des collaborateurs est encore vivace. C’est connu, mais les dirigeants de la NVA devraient pourtant savoir que l’historiographie a clairement établi le caractère mythique de cette question. C’est la raison pour laquelle, une majorité de Belges (surtout francophones) prêtent une attention particulière et vigilante aux moindres propos des responsables de la NVA sur la collaboration.

Nous sommes méfiants à l’égard de Jan Jambon et de ses camarades de la N-VA, car contrairement à ce qu’ils laissent entendre, on ne se rend pas par hasard ni par simple curiosité à un rassemblement ultra nationaliste honorant la mémoire d’anciens collaborateurs de l’occupant nazi. A en croire Jan Jambon et ses amis, leur vie est remplie de hasards. Cette question est trop centrale dans l’histoire du mouvement flamand pour que la présence d’un membre de la NVA à un rassemblement du Sint-Maartensfonds ne soit rien d’autre qu’un geste politique réfléchi et assumé.

C’est d’autant plus préoccupant que Jan Jambon est aujourd’hui ministre de l’Intérieur de la Belgique. Il devra désormais assister, et non pas par hasard, à des cérémonies patriotiques belges honorant la mémoire de résistants à l’occupant nazi.

« Un passé qui ne passe pas », écrivait l’historien français Henry Rousso à propos de Vichy. On peut en dire autant pour la collaboration en Belgique, et tout particulièrement en Flandre. La collaboration n’était pas seulement une erreur, c’était une faute. C’est comme cela que Jan Jambon devrait envisager la question pour que nous cessions de l’interroger sur cette page sombre de l’histoire. 

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