Jonathan De Lathouwer ‘Comment peut-on parler d’humour décalé’ ?

Le comité de baptême Philo et Lettres de l’Université de Liège pensait avoir trouvé son thème pour la soirée bleusaille de ce mardi 21 octobre 2014, une « soirée à l’aller simple » intitulée « Le mardi, on rentre à Gaza en famille ! ». Au programme : « se mettre dans la peau d’un petit Palestinien et éviter le grand méchant Juif »… Il n’en sera heureusement rien grâce à la réaction immédiate de l’Union des étudiants juifs de Belgique. Interview du président de l’UEJB, Jonathan De Lathouwer.

Comment avez-vous appris la tenue de cette soirée ?

L’UEJB se trouve surtout sur le site de l’ULB, mais dispose d’une antenne sur le campus de Liège. L’événement a été diffusé publiquement sur Facebook et plusieurs de nos membres nous ont contactés, effarés de ce qu’ils voyaient.

Comment a réagi l’UEJB et quelle a été la réaction du rectorat ?

Tout le monde est très choqué. Vous pouvez imaginer de jeunes Juifs qui voient cela. Les bleus sont appelés à s’identifier à des victimes de Juifs. Et pour accéder à la soirée, ils sont invités à se déguiser en une militante du PTB ou en « Juif connu » pour « amadouer les gardes- frontières ». C’est à la fois un appel aux clichés caricaturaux visant les Juifs et à la stigmatisation des personnalités juives. On est dans la dérive. Nous avons diffusé un communiqué et contacté le recteur Albert Corhay qui a tout de suite été très ferme, jugeant les faits « inacceptables », et n’imaginant pas qu’une telle chose pouvait se produire aujourd’hui. Il a promis qu’il prendrait les mesures adéquates et convoquerait les organisateurs pour les mettre face à leurs responsabilités.

Qui sont les deux jeunes femmes qui apparaissent sur l’affiche et dans le programme ?

La fille qui illustre l’affiche, représentée avec une kippa et les yeux rouges de Satan, est une jeune fille juive qui est partie à Tel-Aviv et a tout de suite tenu à prendre ses distances avec l’événement. De même que la femme dont le nom est indiqué dans le programme invitant les participants à se déguiser pour lui ressembler. Il s’agit d’une militante du PTB pro-palestinienne qui a, elle aussi, réagi et se dissocie totalement de cette activité. Aucune des deux n’a été mise au courant de l’usage qui serait fait de leur image. Elles en subissent directement les conséquences.

Le président du comité a présenté ses excuses, évoquant un « humour décalé »…

Effectivement… « uhumour très décalé qui a dépassé certaines limites ». Mais comment peut-on parler d’« humour décalé », alors qu’on ne peut même pas esquisser un sourire à la lecture de ce qu’ils prévoyaient. C’est clairement la conséquence d’une banalisation de la parole antisémite et c’est très inquiétant de voir qu’ils n’ont même pas réalisé la dangerosité de leurs propos. Il faut bien sûr distinguer les actions de vrais antisémites d’actions d’étudiants qui prennent part à cette banalisation, mais on assiste ici à la suite logique des discours des médias de généralisation de ce qui se passe en Israël à tous les Israéliens. Le pas est vite franchi pour passer ensuite des Israéliens aux Juifs. Les organisateurs ne parlent même plus ici d’Israéliens, ils visent directement leurs concitoyens ! Le comité nous assure que ce n’était pas intentionnel et nous le croyons, mais les excuses ne suffisent pas. Il est regrettable de devoir attendre notre réaction pour qu’ils commencent à se poser des questions, c’est trop tard. Nous restons convaincus que la sensibilisation doit se poursuivre. L’UEJB veut diffuser un message constructif et a prévu de rencontrer le comité du baptême pour mettre un frein à cette banalisation et éviter de nouvelles dérives.

* * *

Le CCLJ condamne avec la plus grande vigueur ces dérapages antisémites qui se produisent dans le cadre d’activités censées inculquer les valeurs de tolérance, solidarité et fraternité entre les étudiants. Il salue l’Union des étudiants juifs de Belgique pour sa rapide mobilisation.

Lire le communiqué de l’UEJB « Folklore antisémite à l’Université de Liège (ULG) »

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