Le Président israélien commémore le massacre de Kafr Qassem

Entré en fonction le 24 juillet 2014, Reuven Rivlin est le 10e Président de l’Etat d’Israël. En se rendant le 26 octobre au village de Kafr Qassem pour commémorer le massacre d’une quarantaine de villageois arabes en 1956, il est le premier président à assister personnellement à cette cérémonie.

« La population arabe en Israël est partie intégrante de l’Etat juif et sera toujours un élément fondamental de la société israélienne », a déclaré dimanche le Président de l’Etat d’Israël Reuven Rivlin lors d’une cérémonie commémorative à l’occasion du 58e anniversaire du massacre de Kafr Qassem, au cours duquel la police des frontières a tué 47 Arabes israéliens, dont plusieurs femmes et de nombreux enfants, tandis qu’ils revenaient des champs aux alentours du village.

Bien que son prédécesseur Shimon Peres ait en 2007 officiellement présenté ses excuses pour les événements,, Reuven Rivlin est le premier président israélien à assister à la cérémonie commémorative annuelle dans la ville. « La population arabe en Israël n’est pas un groupe marginal » a déclaré ajouté Rivlin. « Nous sommes destinés à vivre côte à côte et nous partageons le même sort ».

Qualifiant de « crime odieux » qui a lourdement pesé sur la conscience collective israélienne, Reuven Rivlin a condamné sans réserve ce massacre. « Le meurtre criminel qui a eu lieu dans votre village est un chapitre sombre dans l’histoire de la relation entre les Arabes et les Juifs vivant ici. Un crime terrible a été commis ici. Nous devons regarder directement ce qui est arrivé. Il est de notre devoir d’enseigner cet événement et d’en tirer les leçons ».

En posant ce geste, Reuven Rivlin entend bien donner à sa fonction très protocolaire une dimension politique. Il n’est pas le premier président israélien à ne pas se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes. Le très remuant Ezer Weizmann s’est particulièrement illustré dans ce registre entre 1993 et 2000.

Ce qui est en revanche nouveau avec Rivlin, c’est son profil politique. Considéré comme un dur du Likoud, il s’oppose catégoriquement à la création d’un Etat palestinien et milite activement pour qu’Israël exerce sa souveraineté sur Eretz Israël de la Méditerranée au Jourdain.

S’il plaide pour un Etat unique, il en assume toutes les conséquences politiques en termes démocratiques. Chaque fois qu’il en l’occasion, il précise que les Palestiniens de Cisjordanie deviendront des citoyens israéliens à part entière. Engagé pour le respect de l’Etat de droit et des droits de l’homme, Rivlin s’est fréquemment opposé à l’extrême droite ainsi qu’à son propre parti, en défendant cette position et en militant pour une meilleure intégration des citoyens arabes dans la société.

Personnage atypique de la scène politique israélienne, Rivlin ne propose pas pour autant une vision politique neuve. En bon disciple de Jabotinsky, le père fondateur de la droite nationaliste sioniste et israélienne, il ne fait que reprendre l’idée d’une souveraineté juive sur l’ensemble de la Palestine mandataire. S’il est bel et bien question d’un Etat unique, il ne s’agit pas en revanche d’un Etat binational où les institutions seraient israélo-palestiniennes. Dans la vision sioniste de droite de Rivlin, c’est un Etat juif dont il est question et pas autre chose. Tout caractère arabe ou musulman de cet Etat est à exclure. 

]]>