UEJB : le combat du vivre-ensemble

Fondée au sortir de la guerre 40-45 par une poignée de jeunes Belges juifs, l’UEJB (Union des étudiants juifs de Belgique), organisation de jeunesse reconnue par la Communauté française, poursuit, tant bien que mal, la mission qu’elle s’est fixée, et ce, malgré le marasme dans lequel les idéaux de fraternité semblent s’enfoncer par les temps qui courent.

Le combat que ces jeunes gens ont décidé de mener sur le terrain s’énonce, entre autres, comme étant la lutte contre « toutes les formes d’extrémismes, de racisme ou d’antisémitisme, notamment en favorisant le dialogue interculturel et interreligieux ». Noble démarche qui force le respect, mais qui, dans le contexte tendu que nous connaissons actuellement, peut parfois se heurter à quelques difficultés… Le raidissement des positions des uns ou des autres laisse peu de place à cet idéal de dialogue et d’échange. Toutefois, ces jeunes ne baissent pas les bras et refusent de céder au fatalisme. L’investissement, la transmission, l’ouverture, l’entraide (scolaire, notamment) et le débat restent les mots d’ordre dans les bureaux de l’UEJB.

Installée à l’Université libre de Bruxelles, l’organisation est également présente à Liège, Louvain-La-Neuve et Anvers et est en contact avec les pouvoirs publics par l’intermédiaire de la fédération Relief. Au programme, des activités très variées, festives ou intellectuelles, mais tournant toujours autour du même pivot : le vivre-ensemble. Soirées apéros lors des fêtes juives, conférences, débats, projection de films, accueil des nouveaux étudiants et aide aux études ou encore actions caritatives, telles les opérations Arc-en-ciel et Hanou’QUOI, les projets et réalisations de l’association offrent un panel plutôt éclectique.

Faire vivre la culture juive

Bien sûr, le folklore estudiantin reste présent et les partenariats avec les cercles universitaires donnent occasionnellement lieu à des soirées, mais de l’aveu même des membres de son comité, cet aspect reste loin des préoccupations premières. La priorité reste de « réunir les étudiants juifs afin de faire vivre la culture juive au sein de la jeunesse et de faire entendre notre voix en tant que communauté malheureusement cible d’antisémitisme », nous dit Ronald Graber (MA2 en Droit), administrateur de l’UEJB et responsable du pôle de lutte contre l’antisémitisme.

Ce qui semble également fondamental pour ces jeunes, c’est, comme le définit Nathan Azizollahoff (BA2 en Droit), secrétaire à l’UEJB, « un esprit d’ouverture, de dialogue, de réflexion et de liberté d’expression, de pensée ». En effet, la recherche de la discussion construite et de la confrontation des opinions contradictoires semble être un moteur en soi et les « soirées débats » se
retrouvent fréquemment sur l’agenda. Si s’investir à l’UEJB est vu pour certains comme une continuité dans leur parcours personnel (écoles juives, mouvements de jeunesse), c’est aussi un moyen de se manifester, de s’intégrer dans le milieu estudiantin comme dans la société, et de déconstruire les clichés ou fantasmes qui se forment et s’ancrent dans l’esprit de l’autre.

Les étudiants se plaisent cependant à rappeler que l’UEJB n’est pas une association confessionnelle, mais basée sur la culture et la transmission. Elle se dit apolitique (que ce soit au niveau national, européen ou israélien) et considère l’aspect religieux de la même manière : « on ne se positionne pas en faveur d’une tendance ou d’une autre, on prend la religion comme histoire et culture commune, comme patrimoine commun et on se base là-dessus pour construire nos activités », explique Ronald Graber. L’idée est bien ici d’englober au mieux l’éventail de personnalités qui composent la communauté juive et d’être le plus représentatif possible en mettant en avant ce qui lie tous ses membres, religieux ou athées : l’héritage culturel et historique.

L’ULB soumise aux sionistes ?

L’autre objectif majeur de l’association est de promouvoir le vivre-ensemble, notamment à travers la lutte contre l’antisémitisme et l’intolérance en général. Alors, dans un « cocon » comme l’université, le problème reste-t-il présent et visible ? « Malheureusement, oui. Nous sommes touchés et cela fait partie des grandes préoccupations de l’UEJB de lutter contre les mouvements antisémites, contre le fait qu’un Juif soit interpellé sur le campus parce qu’il est juif, qu’il soit jugé pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait », déclare Nathan Azizollahoff.

Dans ce triste constat, le groupe BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) joue le rôle de catalyseur. Cette association internationale a choisi de s’implanter, entre autres, au sein de l’ULB qui reconnaît son comité local comme un « cercle » depuis 2012. Malheureusement, pour cette campagne comme pour ses jeunes militants, les glissements sémantiques et les amalgames faciles et fallacieux semblent aller bon train et l’UEJB doit parfois en faire les frais…

Il y a deux ans, l’ULB recevait Shimon Peres, Docteur honoris causa de l’Université, pour un entretien avec le recteur. La réaction ne s’est pas fait attendre et des militants ont manifesté en clamant que l’ULB était soumise aux sionistes, avant d’aller sonner à l’UEJB pour crier à l’intention de ses membres « Les sionistes dehors ! ». Pour Ronald Graber, la confusion et le flou des termes sont très dérangeants et posent de graves questions : « Le problème est qu’ils définissent le terme sioniste de manière tellement large, tellement arbitraire, qu’on se sent visé parce que l’amalgame est vite fait… » Nathan Azizollahoff nous délivre, en substance, le même message : « On a l’impression que finalement, ceux qui, au niveau de la terminologie, se disaient antisémites hier, sont les antisionistes d’aujourd’hui. On finit par ressentir que lorsqu’on nous traite de sionistes, on nous traite, en réalité, de Juifs ». Si l’on en croit ces jeunes, cette idéologie conspirationniste aurait tendance à se répandre dans des cercles d’extrême gauche de l’ULB et d’autres campus.

Ces rapports extrêmement tendus avec BDS sont complexifiés par son caractère international. Les étudiants prenant part à la campagne seraient, en effet, chapeautés par des responsables extérieurs au milieu universitaire et qui se seraient révélés
peu prompts au dialogue. Par ailleurs, ces événements seraient parfois accompagnés de tentatives de sabotage et de censure de conférences (sur la Shoah, notamment), sous prétexte qu’elles seraient tenues par des « sionistes ».

Fort heureusement, ces circonstances désolantes n’empêchent pas l’UEJB de poursuivre ses activités et la mission qu’elle s’est fixée. Dans la diversité d’opinions comme de convictions, l’UEJB semble avoir su trouver son équilibre, qu’elle ne cesse de chercher à maintenir et à consolider à travers ses maîtres mots : ouverture, échange, débat.

SouccApéro
Comme il est d’usage à l’UEJB lors des fêtes juives, une petite soirée, au nom évocateur, a été organisée à l’occasion de Souccot : SouccApéro. Un événement à la fois festif et culturel.
Pour l’occasion, en cette mi-octobre 2014, une Soucca a été construite dans l’arrière-cour de l’UEJB et deux rabbins ont été invités pour parler des origines de la fête, de ses rites et coutumes, ainsi que de ses enseignements. Les prières de circonstance ont été récitées, suivies d’une danse traditionnelle, puis d’un drink animé par des récits de type allégorique, ainsi que des discussions, le tout dans une ambiance ouverte et conviviale.
Ce type de soirée est régulièrement mis sur pied par l’organisation, qui cherche ainsi à rassembler tous types de jeunes Juifs ou toute personne s’intéressant à la culture juive, pour passer ensemble un moment agréable et enrichissant.
Ne pas perdre le lien avec ses origines, que ce soit dans la religion, la laïcité ou même l’athéisme, tel est l’objectif que semblent poursuivre les membres de l’UEJB. Mission
accomplie pour ces jeunes qui désiraient combiner le respect de la tradition et de l’héritage culturel avec l’ouverture à
la multiplicité des formes confessionnelles que peut revêtir la judéité.

Pour en savoir plus

  • Journal : Kadima, distribué sur le campus et aux particuliers
  • Radio : émission « Sababa » sur Radio Judaïca (90.2FM), un lundi sur deux de 19h30 à 20h30
  • Internet : www.uejb.org
  • Facebook : page UEJB

Retrouvez sur notre site l’interview du président de l’UEJB, Jonathan De Lathouwer, en réaction à la soirée « Le mardi, on rentre à Gaza en famille ! », récemment proposée par des étudiants de l’Ulg.

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