Rebeton, la première entreprise belge en réparation du béton, célèbre ses 55 ans d’existence. Si son fondateur, Lazard Perez, a su brillamment transmettre le flambeau, il n’en reste pas moins actif au sein de la société familiale. Portrait d’un homme qui a réussi, sans renier ses valeurs.
Il semble loin le temps où le jeune Lazard, 10 ans, vivait caché avec ses deux sœurs chez un couple d’agriculteurs retraités dans une petite maison de Wanlin-sur-Lesse. Loin aussi, celui où ce garçon ultra motivé, fréquentant l’Hanoah Hatzioni, s’engageait à 16 ans en Israël, dans l’unité du Palmach, en pleine guerre d’Indépendance. C’était en 1948. Lazard Perez garde pourtant la même émotion en nous montrant, affiché en bonne place dans son bureau, le diplôme que l’Etat hébreu lui avait alors décerné pour « services exceptionnels rendus en temps de guerre ». Les deux guerres à quelques années d’intervalles auront rapidement mis Lazard Perez à rude épreuve, et sans aucun doute forgé chez le jeune garçon un tempérament pour la vie.
« Après que nous ayons été exclus de notre école à Ixelles, en 1942, ma mère a pris la décision de nous cacher dans les Ardennes. Elle a fait du porte-à-porte pour nous trouver une famille », raconte-t-il. « J’ai appris que j’étais juif lorsque j’ai dû me cacher… ». Deux années qu’il qualifie d’« heureuses », en dépit d’un quotidien difficile -ni électricité, ni eau courante- et des hivers rigoureux. Avec la chaleur d’une famille courageuse et la complicité de tout un village auquel Lazard Perez sera éternellement reconnaissant.
D’une maman juive ashkénaze originaire de Varsovie et plutôt religieuse, et d’un papa sépharade né à Jérusalem et libre penseur, venu en Belgique en 1929 avec un passeport turc, Lazard retient la volonté de s’en sortir et la pugnacité. « En 1942, mes parents ont dû cesser leurs activités et remettre les cinq magasins de couture pour dames qu’ils avaient ouverts », explique-t-il. « Un ami de mon père, le peintre Marcel Hastir, a accepté pendant la guerre de reprendre le premier magasin et de le ‘transformer’ en salle d’expo. Chose exceptionnelle : il a tout remis à mes parents à la Libération, ce qui leur a permis de reprendre doucement leurs activités. Cachés à Bruxelles, obligés de se nourrir au marché noir, changeant régulièrement d’appartement pour éviter les dénonciations, mes parents étaient ruinés après la guerre. De petits bourgeois aisés, nous étions devenus des pauvres ».
De retour de Wanlin, Lazard Perez suit sa scolarité à Saint-Gilles avant de partir en Israël « pour des études en agronomie ». Mais l’actualité modifie ses plans. Arrivé à Haïfa par bateau, après une dizaine de jours de voyage, son petit groupe est placé dans un camp entouré de barbelés, dont il parvient à s’enfuir pour rejoindre Tel-Aviv. Il s’engage alors dans l’armée, « en première ligne, comme tout le monde… », confie-t-il. Grièvement blessé, il rentre en Belgique après cinq mois d’hospitalisation, décidé à gagner sa vie…
Troisième génération
Lazard Perez entre en faculté de Polytech à l’ULB. Son diplôme d’ingénieur civil des Constructions en poche, il travaille d’abord dans un bureau d’études pour lequel il mettra au point avec la collaboration d’un ami chimiste un mélange qui permet au béton frais de coller à l’ancien. Une première en Belgique ! En 1959, Lazard crée Rebeton, « réparateur de béton », aujourd’hui encore leader sur le marché, qui totalise plus de 6.000 chantiers (ravalement de façade, réfection, étanchéité, peinture…), en Belgique, mais aussi en France et au Luxembourg. « Ma plus grande fierté reste le viaduc de Wavre vers l’autoroute des Ardennes », soutient Lazard Perez. « Construit depuis à peine quinze ans, il était question de le démolir pour en construire un nouveau, avec un coût monstrueux. J’ai proposé de plutôt renforcer les 48 colonnes qui comportaient un défaut de construction, et c’est l’option qui a été retenue il y a plus de trente ans. Depuis, je l’emprunte chaque semaine ».
Elu premier président de la FEREB (Fédération des entreprises spécialisées), sur le plan professionnel, Lazard Perez s’engagera aussi sur le plan communautaire, fidèle à ses idéaux sionistes et profondément attaché à Israël. En 1989 et jusqu’en 1993, il succède au professeur Jo Wybran, froidement assassiné, comme président du CCOJB. Une période difficile, pendant laquelle il se mobilise aux côtés de David Susskind pour dénoncer la présence des Carmélites à Auschwitz, avant d’être associé quelques années plus tard, en tant qu’expert attaché au Cabinet du Premier ministre, aux travaux de modernisation du Musée d’Auschwitz.
Si deux de ses enfants, Joëlle et Yves, dirigent désormais l’entreprise familiale, Lazard a pu aussi voir la troisième génération, un de ses petits-fils, Nathan, intégrer l’entreprise. « Je pense qu’il faut progressivement s’effacer et laisser la place aux nouvelles générations dont les qualités sont plus liées à leur temps », souligne celui qui se réserve encore quelques chantiers… sur la route de Wanlin. « L’expérience, l’ancienneté et les références peuvent être un obstacle à l’évolution d’une société. J’ai toujours eu cela en tête, et je suis heureux de pouvoir dire que même si je disparaissais, l’avenir de Rebeton est assuré ». L’illustration par l’exemple du slogan de la société : « Rénover pour durer ».
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