Compliquée Allemagne : les néo-nazis y sont de moins en moins nombreux mais de plus en plus en plus violents. Et, alors que l’extrême-droite à le vent en poupe dans toute l’Europe, leur partis, NPD* en tête, s’effondrent. Paradoxal ou logique ?
Un chiffre semble clair : en 2013, le nombre d’agressions racistes (850) a augmenté de 18% par rapport aux 802 de 2012 … qui étaient déjà en hausse de 43% ! Encore ne s’agit-il là que des statistiques officielles qui sous estiment en général le phénomène.
Ainsi, en septembre 2013, en Saxe-Anhalt, un groupe de néo-nazis a-t-il roué de coups le propriétaire d’un « döner kebab ».Mais le procureur, malgré de nombreux témoignages faisant état d’insultes racistes, n’a pas retenu le motif racial.
La police fait aussi souvent preuve d’une excessive prudence avant d’utiliser le terme « racisme » dans les cas de violence cotre les étrangers. Ainsi, selon elle, depuis la réunification de 1990, l’extrême droite n’aurait tué « que » 63 personnes.
Des chiffres remis en questions par plusieurs quotidiens importants du pays qui après des enquêtes fouillées font grimper le chiffre à 152 victimes de racisme. Au minimum. A quoi s’ajoutent des « dysfonctionnements » répétés dans les enquêtes.
Ainsi, en 2013, les Allemands ont-ils découvert avec stupéfaction l’incompétence de leurs forces de l’ordre. C’était lors du procès de Beate Zschäpe, qui avec deux complices avait fondé à la fin des années 1990, un groupuscule néonazi, la NSU**
Ils sont soupçonnés d’avoir assassinés entre 2000 et 2011, huit commerçants turcs, un Grec et une policière. Durant tout ce temps, ils ont été en contact avec plus d’une centaine de néo-nazis, surveillés en théorie par le renseignement intérieur.
Mais, la police, convaincue qu’il s’agissait de règlements de compte mafieux, s’est concentrée sur les familles des victimes turques et n’a pris en compte la piste de crimes racistes qu’à la toute fin de l’enquête….
Pire encore : en 2012, le chef du VS (Renseignements Généraux ) Heinz Fromm, est obligé de démissionner : il aurait fait détruire plus de 300 dossiers détaillant les liens entre son service et la mouvance néo-nazie.
Du coup, l’actuel gouvernement a décidé de réétudier 700 dossiers de violences commises ces 20 dernières années pour vérifier si elles ont un caractère politique. En fait tout le monde le reconnaît :
L’Allemagne a été traumatisée parce que certains des islamistes qui avaient préparé les attentats du 11 septembre vivaient à Hambourg. Du coup, la surveillance s’est concentrée sur les salafistes en négligeant les néonazis.
Le NPD, un clone du NSDAP d’Hitler
Or, même si le nombre de ses partisans a diminué, l’extrême-droite reste puissante et dangereuse dans le pays. Selon l’Office de protection de la Constitution, il y aurait environ 25.000 personnes qui ‘en revendiqueraient dont près de 6 .000 néonazis
Et ils seraient 9.500 à être prêts à n’importe quelle violence. D’autre part, tout cela ne profite guère aux différents partis d’extrême droite. « Les Républicains », fondés en 1983 ont culminé à 7,1% aux élections européennes de 1989 avant de tomber à 0,4% à celles de 2014
Quant à « l’Union du peuple allemand » (DVU), son meilleur score s’est élevé à 6,1 % dans le Brandebourg en 2004. Après quoi, elle a fusionné avec le plus ancien parti néonazi d’Allemagne (et d’Europe), le NPD
Mais, si celui-ci a obtenu quelques succès locaux, il semble être en passe de s’effondrer. Réduit à moins de 5.000 membres, il souffre d’un problème d’image. Le FN français, par exemple, a réussi –et avec quel succès- à « dédiaboliser » la sienne.
Mais le NPD, lui, est toujours perçu par les Allemands comme un clone du NSDAP de Hitler et 80 % d’entre eux sont pour son interdiction pure et simple. Par ailleurs, son leadership est calamiteux.
En 2013, son président, Holger Apfel avait dû démissionner après avoir été accusé de harcèlement sexuel sur un militant. Son successeur, Udo Pastörs, surtout renommé pour son antisémitisme, a jeté l’éponge après quelques mois.
Quant à Frank Franz, président depuis novembre 14, les militants lui reprochent déjà d’être « davantage intéressé par sa propre image que par celle du parti ». Enfin, une partie de son électorat semble tentée par les eurosceptiques de « Alternative für Deutschland » fondée l’an passé.
Résultat : le parti s’est effondré aux dernières législatives, perdant tous ses sièges dans les trois länder où il était représenté. Certes, il peut se féliciter d’avoir envoyé un député au Parlement européen.
Mais c’est surtout parce que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, dans sa sagesse, a abrogé le seuil de 3%, nécessaire jusque là pour être élu, à 1%, …le score exact du NPD. Selon la presse allemande, cette chute devrait inciter le NPD à devenir encore davantage néonazi, afin de se distinguer de ses concurrents…
En attendant, l’Allemagne est sans doute le seul pays d’Europe où l’extrême droite n’est pas en progression. Sans doute parce que le souvenir du nazisme est encore prégnant. Mais aussi parce que sa classe politique est moins déconsidérée qu’ailleurs.
A quoi s’ajoute le fait que son extrême-droite ne possède pas de leader « charismatique », façon Le Pen, Geert Wilders et autres Umberto Bossi. Et surtout parce que la crise économique n’y est pas aussi terrible que dans le reste de l’Europe. Mais si elle s’aggravait…
*NPD : Le « Parti National-Démocrate d’Allemagne » a été fondé en 1964 par d’anciens nazis. Il a conservé depuis son idéologie raciste, antisémite et révisionniste. En 1969, date de ses plus grands succès, il comptait 30.000 membres et manquait de peu (4,3% au lieu de 5) d’entrer au Bundestag. Après la réunification, il est entré dans trois parlements régionaux de l’ancienne Allemagne de l’Est
**NSU : « Nationalsozialistischer Untergrund » (« Clandestinité Nationale-Socialiste »)
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