Qui est vraiment Jill Rosenberg , partie en Syrie combattre les islamistes ? Une héroïne de roman ? Une folle ? Une bête de médias ? Tout cela à la fois ? Pour le savoir, voici quelques petites choses que l’on sait d’elle*
La 1ère fois que les médias ont mis Jill Rosenberg à la une, c’était début novembre quand elle a contacté un journaliste de la radio Kol Israël pour annoncer qu’elle allait rejoindre les combattants kurdes en lutte contre « l’Organisation état islamique » (ou Daech, ISIL, ISIS… )
Devant le scepticisme du journaliste, elle explique avoir contacté la résistance kurde par Internet. Et que celle-ci lui aurait proposé de participer à des exercices d’entrainement dans un camp puis de rejoindre une unité combattante féminine.
Mais pourquoi agit-elle de la sorte ? Réponse : « Ce sont nos frères. Ce sont des gens qui aiment la vie, tout comme nous ». Diantre. Mais qui est donc cette Jill Rosenberg ? On sait qu’elle est née à Vancouver (Canada) voici 31 ans.
Après des études brillantes, elle devient pilote d’avion chez Boeing. Puis, en 2006, elle décide d’immigrer en Israël. Enrôlée dans Tsahal, elle sert dans une unité d’élite, la « Brigade de Recherche et de Sauvetage. »
Après l’armée, elle tente de rejoindre le Mossad mais sa candidature est rejetée. C’est alors que, « faute d’emploi », expliquera-t-elle plus tard, elle se lance avec une dizaine d’autres Israéliens dans une vaste arnaque aux États-Unis. Du genre glauque :
Il s’agit d’extorquer de l’argent à des personnes âgées en leur faisant croire qu’elles ont gagné dans une loterie. Butin : autour de 25 millions $. De quoi susciter une enquête conjointe du FBI et de la police israélienne.
Arrêtée en 2009, Jill Rosenberg est extradée aux États-Unis. Là, elle condamnée à quatre ans de prison mais n’en fait que trois avant d’être expulsée vers l’État juif. On n’entend plus parler d’elle jusqu’à l’annonce de son départ.
Deux semaines plus tard, elle raconte sur Facebook qu’après avoir rejoint Amman (Jordanie**), elle a été prise en charge par des passeurs qui l’ont menée à Erbil, en Irak, via le nord de la Syrie.
Quelques jours après, elle assure se trouver dans une unité de femmes combattantes près de Kobané, cette ville située à la frontière turco-syrienne que se disputent âprement Kurdes et islamistes de Daech depuis le mois de septembre.
Logique : les Kurdes, qu’ils soient nationalistes ou marxistes, ont intégré depuis longtemps des femmes dans leurs forces armées. (entre 30 et 40%, affirment-ils). Et ce serait une certaine Mayssa Abdo qui mènerait la bataille de Kobané.
Capturée par les djihadistes
Sauf qu’à priori, les Kurdes n’ont pas besoin d’elle, ni de personne d’ailleurs. Ce ne sont pas les combattants qui leur manquent mais des armes modernes. Mais, comme leurs ennemis islamistes, les Kurdes se battent aussi dans les médias et surtout sur les réseaux sociaux.
D’où la mise en avant de leurs guerrières qui rappellent les images d’Épinal des luttes révolutionnaires (Vietnam, Cuba, etc.). Et, bien sûr, contrastent avec les islamistes qui enferment les femmes et violent systématiquement les non-musulmanes…
D’autant que –selon la rumeur- les hommes de Daech auraient peur de combattre les femmes : ils croient qu’être tué par une d’elles leur ôte tout droit au Paradis et aux 72 vierges y afférentes. Si non è véro…
C’est dans ce contexte que la venue de J. Rosenberg est utile aux Kurdes. Cela montre que, comme les djihadistes, ils sont rejoints par des étrangers. Et même par des femmes prêtes à combattre pour eux. Mieux encore, par une soldate de la redoutable armée israélienne !
On peut trouver des traces de cette guerre médiatique dans une annonce faite ce 1er décembre par un site proche de Daech : après avoir lancé plusieurs attaques-suicide à Kobané, les islamistes auraient capturé plusieurs combattantes dont Jill Rosenberg…
Connaissant les supplices que Daech inflige à ses prisonnières, on imagine sans peine le sort qu’ils réserveraient à une Occidentale, juive de surcroît. Mais, avant même que l’émotion ait pu gagner l’opinion, la nouvelle était démentie sur les réseaux sociaux.
D’abord par une dirigeante kurde affirmant qu’elle était en sécurité. Puis par J. Rosenberg elle même, expliquant que l’accès à Internet n’était pas facile mais que « par hasard, je me suis branchée et j’ai lu ces fausses informations. Ignorez les reportages qui disent que j’ai été capturée »
Avec tout cela, on ignore toujours pourquoi J. Rosenberg se trouve là bas. On ne peut bien sûr exclure que ce soit par idéalisme, comme les combattants des Brigades internationales partis combattre le fascisme durant la guerre civile espagnole (1936-1939) .
Ou que ce soit une idiote inconsciente des dangers. Hypothèse improbable chez une femme aussi intelligente. Mais sait-on jamais ? Reste aussi cette idée cynique : ce que Jill Rosenberg a été faire en Syrie, c’est la « une » des médias.
Certes, ce serait un pari risqué car elle risque gros à son retour en Israël : cela fait des décennies que l’État juif entretient des relations discrètes mais cordiales avec les Kurdes Mais, officiellement, Jérusalem ne veut pas mettre le doigt dans les guêpiers syro- irakiens.
Jill Rosenberg pourrait donc être condamnée à de lourdes peines de prison : non seulement elle s’est rendue dans des pays en guerre avec Israël mais, de part sa formation militaire, elle possède des informations qui pourraient nuire à l’armée.
Bien sûr, on ne peut exclure que la jeune femme retourne non pas à en Israël mais dans son pays d’origine, le Canada ou aux États-Unis, et y entame une carrière médiatique : télévisions, journaux, réseaux sociaux, conférences…
Le tout couronné par un best-seller genre : « Comment j’ai affronté et vaincu les terroristes islamiques». S’il en allait ainsi, ce serait pour Jill Rosenberg, qui n’a toujours pas de travail, un autre genre d’arnaque mais tout à fait légale, celle là… A suivre donc
*http://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/187359#.VIVZTns096I
**Les Israéliens peuvent se rendre en Jordanie, pays qui a signé un traité de paix avec l’État juif
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