L’opération militaire « Bordure protectrice » et les attaques terroristes de ces dernières semaines ont porté un coup sévère au tourisme de la capitale israélienne. Et ce, alors que les professionnels misaient sur de nouveaux évènements pour doper le tourisme culturel et toucher de nouveaux publics.
« Nous ferons tout notre possible pour restaurer la paix et la sécurité ». Au lendemain de l’odieux attentat de la synagogue du quartier Har Nof, à l’ouest de la Ville, attaque perpétrée par deux Palestiniens qui a coûté la vie à quatre rabbins ainsi qu’un officier de police druze, le maire de Jérusalem, Nir Barkat, n’avait pas la partie facile pour mettre du baume au cœur à ses résidents. A commencer par les professionnels du tourisme, un secteur déjà très affecté par la dernière guerre de Gaza, et qui doit encaisser depuis plusieurs semaines un nouveau cycle de violences dans la Ville Sainte.
De fait, l’attaque de la synagogue de Har Nof constitue le dernier acte d’une escalade, alimentée par l’assassinat en juin des trois jeunes Israéliens, Naftali Frankel, Gilad Shaar, et Eyal Efrach, suivi du meurtre de Mohammed Abou Kheir, un Palestinien du quartier de Chouafat retrouvé brûlé vif; tandis que la guerre avec le Hamas a entraîné cet été des émeutes quasi quotidiennes à Jérusalem-Est, nourries par le conflit sur l’accès à l’esplanade des mosquées. Enfin les attaques d’individus isolés, à partir d’octobre, se sont systématisées. Au point que six Israéliens ont trouvé la mort à Jérusalem, suite à des attaques à l’arme blanche ou à la voiture bélier commises par des assaillants palestiniens.
Panser les plaies
Dans ce contexte, le secteur touristique ne peut que panser ses plaies. Première destination du pays, avec près de 2,8 millions de visiteurs en 2013, la capitale israélienne a dû faire une croix sur sa saison estivale. Les cinquante jours du conflit militaire qui a opposé Israël et Hamas du 8 juillet au 26 août 2014 à Gaza ont en effet provoqué des vagues d’annulations, qui ont entraîné une chute de 40% du nombre de nuitées dans les établissements hôteliers de Jérusalem, et une contraction de 30% durant le mois de septembre.
Quant à l’impact des récents évènements, il semble plus incertain. « L’escalade de violence de ces dernières semaines a surtout affecté les voyageurs indépendants qui ne constituent pas la majeure partie de nos clients », indique Aryeh Zumer, le directeur de l’Association hôtelière de Jérusalem. Mais la dégradation de la situation sécuritaire risque à coup sûr de différer la convalescence du secteur.
La situation est d’autant plus préoccupante que la « Ville des pierres » n’a eu de cesse de miser sur de nouveaux évènements pour diversifier son tourisme. C’est ainsi que pour la seconde année consécutive, Jérusalem s’est transformée le 7 octobre dernier en… circuit de Formule 1 ! Des hordes de visiteurs incrédules ont pu voir des bolides rouler à l’extérieur des murailles de la ville trois fois sainte, à des vitesses atteignant 240km/heure, à l’occasion du « Formula One Road Show », tandis que des Ferrari, Audi et Porsche étaient exposées dans un hangar proche de l’ancienne gare ferroviaire. Organisé par la municipalité de Jérusalem, l’évènement avait déjà eu lieu pour la première fois en juin de 2013, sous l’appellation « Roadshow pour la paix ». Mais cette année, la manifestation a été reportée de plusieurs mois, en raison de la dernière guerre à Gaza, et son nom a été changé.
Une destination « normale » ?
Il est vrai que depuis environ cinq ans, la capitale israélienne cherche par tous les moyens à doper son tourisme sportif ou culturel, histoire de drainer de nouveaux publics. « Jérusalem est une marque sacro-sainte vieille de 3.000 ans ! Son attrait repose sur sa dimension historique et religieuse, mais mon objectif est d’en faire une destination touristique normale », avance Ilanit Melchior, la directrice en charge du tourisme de l’autorité de développement de Jérusalem (JDA), selon laquelle la ville pourrait facilement tripler sa fréquentation si les aléas géopolitiques ne venaient pas régulièrement contrarier ses ambitions.
D’autant que Jérusalem peut compter sur de nouveaux atouts. En dehors de la course automobile, la cité rivalise d’imagination pour créer de nouveaux rendez-vous. A l’image de son Marathon international (25.000 coureurs venus de 55 pays), dont la cinquième édition aura lieu le 13 mars prochain, avec trois parcours (dont l’un de 42 km) alliant défi athlétique et découverte culturelle. Ou encore de l’opération « Open Houses Jerusalem » (en hébreu « Batim mi Befnim » ou maisons vues de l’intérieur), organisée depuis 2007, sous la houlette du tandem formé par Aviva Lewinson et son époux architecte, Alon Bin-Hun.
La dernière édition qui s’est déroulée à la mi-septembre a permis à des milliers de visiteurs de découvrir le temps d’un week-end quelque 120 lieux habituellement fermés au public : des bâtiments historiques, des édifices restaurés, ainsi que des maisons de particuliers nichées au cœur de la vieille ville comme sur les hauteurs du village voisin d’Ein Kerem. C’est ainsi que les participants ont pu pénétrer dans l’enceinte du nouveau complexe Hansen, dans le quartier de Talbiyeh, un ancien hôpital (érigé en 1887) spécialisé dans le traitement des lépreux, reconverti en centre culturel et multimédia !
Autre exclusivité adjacente au Musée de la tour de David : une visite guidée du « Kishle », un ancien palais d’été édifié en 1834 par Ibrahim Pasha qui a servi de station de police à la fin de la période ottomane, et où de récentes fouilles archéologiques ont débouché sur l’excavation de vestiges de l’époque hérodienne.
Evolution du parc hôtelier
Les promoteurs de la campagne « I travel Jerusalem » -slogan publicitaire de l’office de tourisme de la ville- peuvent également compter sur un atout : l’évolution du parc hôtelier. En avril, l’ouverture du Waldorf Astoria a fait les gros titres. A l’image de son emblématique concurrent, le King David, l’établissement fait rimer prestige avec héritage historique, avec son imposante façade de style ottoman, une restauration du « Palace hotel » édifié par le Grand mufti de Jérusalem en 1929. D’autres opérateurs n’ont pas peur de miser sur un autre registre, celui de la légèreté. C’est le cas du Mamilla, le premier « hôtel boutique » de la ville, inauguré il y a tout juste quatre ans, à quelques encablures de la porte de Jaffa, dans un espace situé entre l’Hospice de Saint-Vincent de Paul et un cimetière musulman.
Reste que les quartiers de Jérusalem-Est ne semblent guère concernés par ces projets de repositionnement marketing. « Nous avons vraiment essayé d’associer les Palestiniens à l’opération “Open Houses Jerusalem” dans le cadre d’une section dédiée sous l’appellation “Behind the Wall” », confiait voilà peu Alon Bin-Nun, le co-initiateur de la manifestation. « Mais très peu se sont déclarés intéressés pour une multitude de raisons; à leurs yeux, cet évènement est avant tout labellisé Made in Israel, ce qu’ils ne souhaitent pas cautionner ». A fortiori dans une atmosphère de tensions exacerbées.