Quand une enseignante chevronnée fait le choix de croire en ses élèves. Parce qu’elle sait que cela les fera avancer. C’est la rencontre d’une femme exceptionnelle avec une classe d’adolescents en décrochage au Lycée Léon Blum de Créteil. Un film bouleversant, basé sur des faits réels. Sur nos écrans à partir du 7 janvier 2015.
L’histoire se passe à Créteil, dans la banlieue sud-est de Paris. Là même où il y a quelques semaines encore, un jeune couple juif se faisait violemment agresser par trois individus. Un quartier « sensible », un quartier-ghetto, aux tensions régulières, marqué par l’oisiveté et le désespoir d’une génération qui ne semble pas trouver sa place.
Les élèves de la seconde B du Lycée Léon Blum de Créteil sont la classe la plus faible de seconde. Déjà en retard sur le programme, à un an du Bac, ils ont perdu toute motivation et ne peuvent que constater, chaque jour un peu plus, l’échec de leur parcours. Défaitistes, insolents pour beaucoup d’entre eux, agressifs, voire violents, ils vont pourtant tomber sur une enseignante différente qui va leur redonner une chance et les tirer vers le haut.
Madame Gueguen (Ariane Ascaride) aurait pu faire comme les autres : laisser tomber. Elle va au contraire leur faire confiance en leur proposant de participer au Concours national de la Résistance et la Déportation*. Des préoccupations dans un premier temps bien éloignées de la réalité de ces lycéens, mais qui vont finalement les confronter à une histoire qui les métamorphosera.
Le titre Les héritiers s’est imposé à la réalisatrice Marie?Castille Mention?Schaar, comme elle le confie : « De quoi hérite-t?on ? », interroge-t-elle, « mais aussi que laisse-t?on à nos « Héritiers » ? Qu’est?ce que l’on fait de son histoire ? Est?il possible de l’ignorer, de comprendre l’héritage des autres ? ». C’est le jeune Ahmed Dramé, Malik dans le film, qui a donné l’idée du scénario à Marie-Castille Mention-Schaar, en lui envoyant un écrit sur son expérience d’étudiant de terminale au Lycée Léon Blum. Transformé par l’aventure collective de ce concours. Ahmed Dramé participera d’ailleurs à l’écriture du scénario. « J’étais très émue par le parcours de ce jeune garçon, qui semblait ne plus subir le défaitisme ambiant », se souvient la réalisatrice. « On a appelé Madame Anglés, la professeure principale d’Ahmed, très surprise qu’un de ses élèves soit à ce point porté par l’année qu’ils avaient passée ensemble et on a commencé à écrire le scénario. J’ai aimé me plonger dans la vie d’un jeune français musulman, passionné par le cinéma, animé par l’envie de faire quelque chose de sa vie. J’ai passé beaucoup de temps avec Ahmed, chez lui, dans son quartier. Et je suis repartie sur les bancs du lycée ! Je me suis très largement appuyée sur le document qu’ils ont rendu à l’issue de ce concours. Je savais d’où ils étaient partis. Et je lisais où ils étaient arrivés. Restait à construire leur questionnement, leur cheminement ».
Magistrale Ariane Ascaride
Au-delà des tensions au sein d’un Lycée de la République qui tient à maintenir les vlauers laïques dans un environnement de plus en plus multiculturel, l’autorité bienveillante d’Anne Gueguen invite à un respect réciproque et les élèves l’ont bien compris. Ensemble, ils retrouvent l’optimisme qu’ils avaient perdu. En participant au Concours national de la Résistance et de la Déportation, ils mettent la révolte qu’ils avaient en eux au service d’une nouvelle cause : le « Plus jamais ça ! », qu’ils découvrent grâce à leurs nouvelles lectures, la visite du Mémorial de la Shoah, mais aussi et surtout le témoignage de Léon Zyguel, déporté alors qu’il avait leur âge. Un témoignage qui fait véritablement basculer le film. « Je tenais beaucoup à la présence de Léon Zyguel », souligne Marie-Castille Mention-Schaar. « Il s’était rendu au collège Léon Blum l’année où Ahmed a préparé ce concours. Il était méfiant par rapport à la fiction, mais a finalement accepté. On a bien évidemment tourné une seule prise et ce fut la seule scène de la journée. Je n’ai donné qu’une directive à mes acteurs : pour une fois, vous allez oublier qu’on tourne un film. Vous allez écouter Léon et partir faire ce voyage dans sa mémoire. Et Léon leur a parlé exactement comme il le fait d’habitude dans de vraies classes ».
Citoyenne engagée, fille de résistante, Ariane Ascaride interprète magistralement le rôle de cette professeure à la voix douce, mais ferme, qui vous envoie des vérités parfois difficiles à entendre, tout en vous donnant envie de l’écouter. Dans le tournage, comme dans la fiction, elle témoigne du déclic suscité par la venue de Léon Zyguel : « C’est un élément fédérateur exceptionnel, qui a uni le groupe composé d’une demi-douzaine d’acteurs, mais aussi de non-professionnels. Lorsque Léon Zyguel est arrivé, un changement s’est opéré. Des gamins qui jusque-là ne venaient que pour tourner et dans l’espoir de s’amuser ou de gagner un peu d’argent se sont sentis porteurs d’une responsabilité. Léon Ziguel passe le témoin avec beaucoup de respect. C’est une journée qui a changé leur vie. Il faut comprendre que Léon Ziguel avait leur âge quand il a été déporté, et il ne savait rien de ce qui allait lui arriver. Cette similitude entre eux et lui les a, je crois, bouleversés. A la fin, Léon Ziguel leur a dit : « Je vous remercie de l’énergie que vous m’avez donnée, et je ne vous demande qu’une seule chose. Ne dites jamais « sale juif, sale nègre, sale Arabe », car tout ce que j’aurais vécu n’aurait servi à rien » ».
Fierté retrouvée
En les faisant participer à ce concours sur le thème de la Shoah, Madame Gueguen parvient aussi à ouvrir à ces élèves une voie vers la recherche. « Grâce à elle, ils comprennent qu’eux aussi sont les enfants et les petits?enfants d’adultes qui ont une histoire, faite de bonheur, mais aussi de tragédies, et que tant qu’ils ignoreront leur passé, ils vivront avec la légèreté désagréable de la bulle de savon », poursuit Ariane Ascaride. « Ils découvrent qu’ils ne peuvent pas vivre uniquement dans le présent, en prenant conscience de ce qu’a été la Shoah ». Une fierté retrouvée aussi pour ces adolescents sans cesse persuadés de ne pas être à la hauteur et qui soudain se retrouvent face à quelqu’un qui croit en eux. Avec ce message résolument optimiste : tout est possible, quand on en a l’envie.
*Créé en 1961, le Concours national de la Résistance et de la Déportation est depuis 2000 en France une des composantes de la politique de mémoire du ministère de l’Education nationale, en partenariat avec le ministère de la Défense. En 2012?2013, plus de 40.000 élèves y ont participé.
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