Et le gentil Dieudonné proposa la paix aux méchants Juifs

C’est officiel : en tant que puissance belligérante, Dieudonné demande la médiation de la France pour ouvrir des négociations de paix avec la communauté juive. Au delà de la mégalomanie, peut-il s’agir d’autre chose que d’un nouveau coup de pub ?

Ainsi donc, ce 12 décembre, deux avocats de Dieudonné ont écrit au ministre de l’Intérieur français Bernard Cazeneuve* pour lui demander d’organiser une réunion avec la communauté juive « afin de déterminer les termes d’un accord »

On notera que, ce faisant, il reconnait s’en être pris aux Juifs et non aux « sionistes » comme il le prétendait. Quoi qu’il en soit, s’il faut laisser quelque chose à Dieudonné, c’est son imagination.

Elle lui a longtemps permis de manipuler les médias, jusqu’à ce que, trop de provocations tuant la provocation, il n’ait plus eu droit qu’à quelques lignes ou secondes. Par contre, cette proposition de « paix des braves » lui a, à nouveau, valu des pages entières.

Et en face ? Se réconcilier avec l’homme qui depuis 14 ans**, insulte les morts comme les survivants de la Shoah ? L’ami de tous les négationnistes, d’Ahmadinedjad à Le Pen en passant par Faurisson ? Le militant du parti antisioniste, le soutien du Hamas, du Hezbollah ?

Et puis quoi encore ?  Cela, c’est la réaction, furieuse et incrédule, de la plupart des dirigeants communautaires français qui rappellent que, début septembre encore, il défendait Faurisson et niait les chambres à gaz.

Que fin octobre, dans une vidéo titrée « BHL fait un four », il agonisait d’injures le philosophe, le président du Crif, Roger Cukierman et l’essayiste Eric Zemmour. Moyennant quoi, six semaines plus tard, il aurait vu la lumière ? C’est Hanoukka mais tout de même…

Autre prise de position, minoritaire sinon solitaire, celle d’Alain Jakubowicz, le président de la Licra, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme, (à qui Dieudonné n’a toujours pas payé, plusieurs milliers d’euros de dommages et intérêts) :

Lui attend de voir ce que Dieudonné va faire « concrètement » tout en doutant de sa sincérité. Car là est, en définitive, la question.  Et s’il avait vraiment changé ? Et si, «après une longue réflexion », comme l’écrivent ses avocats, il avait pris conscience du mal qu’il fait ? 

Ses défenseurs n’écrivent-ils pas « Il y a eu trop de dégâts et trop de blessures. Trop de blessures pour une communauté. Trop de blessures pour un humoriste » en proposant un accord « qui permettra à chacun de respecter l’autre »  

Bien sûr, on n’est pas obligé de le(s) croire.  Par contre, on peut compter sur le sens des affaires de « l’humoriste » Car c’est se condamner à ne rien comprendre de Dieudonné si on pense que ce sont des convictions qui le poussent.  

Sa petite entreprise connait la crise

La cause palestinienne, celle des Noirs ou même la lutte contre les sionistes/Juifs n’ont jamais eu d’autre intérêt à ses yeux que l’argent qu’elles rapportaient à sa petite entreprise de spectacles et de produits dérivés.

Et l’homme est assez malin pour voir que si l’antisémitisme eut payé, il ne payait plus. Déjà, il a été condamné à plusieurs reprises par la justice avec de lourdes amendes à la clé. Et beaucoup d’autres procès l’attendent, pour « incitation à la haine raciale », pour « injures publiques ».

Mais aussi pour « blanchiment et abus de biens sociaux », pour « organisation frauduleuse d’insolvabilité » ou pour » recel d’abus de biens sociaux». Sans compter un appel illégal aux dons qu’il a lancé… pour payer ses amendes.

Sa compagne et ses sociétés sont sous le coup de contrôles fiscaux. Il risque de se faire expulser de son théâtre parisien. Un de ses avocats vient d’être radié du barreau. Youtube a fermé sa « chaîne de télé ».

Coup de grâce : le gouvernement de Manuel Valls (qui avait fait interdire son spectacle précédent) a décidé de faire de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme une cause nationale.  Or, ce 28 décembre, Dieudonné entame une tournée de son nouveau spectacle.

Et il serait catastrophique pour lui de connaître de nouvelles poursuites ou des annulations de spectacle.  D’où cette démarche très publique dont il espère sortir gagnant dans tous les cas de figure.

1ère hypothèse : les Juifs acceptent et il redevient « cachère »… tout en laissant entendre à ses fans qu’il ne s’agit que d’une manœuvre. Car il ne peut pas non plus se passer de ce public qui, par antisémitisme ou en croyant défendre la liberté d’expression, emplit ses salles… et ses caisses.

Ou alors, il ne trouve pas d’interlocuteurs. Il peut alors prendre la pose du gentil Dieudonné rejeté par les méchants Juifs, pauvre victime du « Système » contrôlé par les sionistes.  C’est sans doute à ce scénario là qu’il croit.

Car, s’il y est plus prudent dans l’expression, son dernier one-man-show continue à véhiculer ses monomanies antijuives.  Seule nouveauté : il s’attaque aussi aux homosexuels, sa nouvelle obsession.

Reste une 3ème -mais hélas improbable- possibilité : un des ces milliardaires américains qui soutiennent l’extrême-droite israélienne pourrait lui jeter une (grosse) poignée de dollars. Dieudonné deviendrait illico un défenseur du judaïsme, de la judéité, de tout ce qui est juif.

Mieux : si le même finançait un de ses films, il pourrait même faire de M. Mbala Mbala, un fervent partisan des colons israéliens et de l’annexion de la Cisjordanie…

*Ainsi qu’au délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et, si déjà, aux 577 députés de l’Assemblée nationale

** « Pour ceux qui croient encore que Dieudonné n’est pas antisémite » (http://www.cclj.be/article/3/5098)

 

En 2009 déjà…  

Début mars 2009, Dieudonné avait déjà tenté le coup de la paix en rencontrant, en secret cette fois, Sammy Gozlan, président du « Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme » (BNVCA) A l’époque, Dieudonné affirmait vouloir en finir avec un « long malentendu ».

Il se déclarait prêt à signer un texte disant : « Si j’ai pu choquer, si j’ai pu heurter des gens de la communauté juive, profondément, dans leur croyance, dans leurs souffrances, je m’en excuse volontiers. »  

De son côté, S. Gozlan devait écrire que Dieudonné avait été victime d’une « agression disproportionnée » en mars 2005, quand il avait été frappé par quatre Israéliens à la Martinique (Ceux-ci avaient d’ailleurs été condamnés à six mois de prison)

Selon Dieudonné, l’affaire avait achoppé sur le mot « disproportionné ». Vexé, il avait alors créé une liste antisioniste pour les élections européennes. M. Gozlan explique, lui, qu’il y avait eu une 1ère réunion le 3 mars et qu’une autre était prévue le 26.

« Sauf que, le 19 mars, Dieudonné annonce qu’il lance une liste antisioniste aux européennes. J’ai tout annulé. C’est un manipulateur qui se serait servi de ce texte comme d’un alibi. »…

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