Le 6 janvier prochain, le journaliste polémiste français Eric Zemmour est attendu au Cercle de Lorraine, à Bruxelles pour présenter son livre Le suicide français (éd. Albin Michel). Après son licenciement la semaine dernière d’iTélé, suite à des propos controversés sur l’islam, il ne semble pas non plus le bienvenu dans la capitale européenne.
Il est prévu que le journaliste politique Eric Zemmour vienne en début d’année au Cercle de Lorraine, avant de passer à la librairie Filigranes et au B19 country club à Uccle. Mais c’est le rendez-vous de la plus grande librairie bruxelloise qui semble embarrasser le bourgmestre de la Ville, Yvan Mayeur. « Nous craignons des réactions négatives, des contre-manifestations qui pourraient mener à des troubles de l’ordre public. S’il s’exprime dans des cercles privés, cela ne me regarde pas », expliquait-il au Soir (22/12/2014). « C’est à Filigranes de prendre une décision et de juger si c’est bien utile d’inviter Eric Zemmour ».
Le 19 décembre 2014, la chaîne de télé française iTélé (groupe Canal+) a décidé en effet d’évincer le chroniqueur du Figaro, de RTL et de Paris Première qui intervenait dans son émission hebdomadaire du vendredi « Ca se dispute » face à Nicolas Domenach, étiqueté à gauche, depuis dix ans. Les propos de Zemmour* sur l’islam publiés dans une interview accordée au Corriere della Sera avaient suscité de vives polémiques, l’intéressé déclarant que les musulmans « vivent entre eux, dans les banlieues » et que « les Français ont été obligés de les quitter », et n’hésitant pas à user du mot « déportation » (de cinq millions de musulmans français) ! Une affirmation qu’Eric Zemmour réfute, dénonçant « une manipulation fantastique ».
Délit ou liberté d’expression
Si les associations anti-racistes se félicitent de la décision d’iTélé, la polémique n’a pas fini d’enfler, à droite comme à gauche de l’échiquier politique. Entre fervents défenseurs du polémiste de l’ultra-droite et partisans de la liberté d’expression, le co-président du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, a ainsi déclaré sur Twitter « Virer #Zemmour n’est pas une décision utile à la lutte contre ses idées », soutenu par Cohn-Bendit. Le député-maire du Puy, Laurent Wauquiez, n°3 de l’UMP, a lui aussi réagi : « Qu’on aime ou pas Eric Zemmour, il a le mérite de secouer une pensée politiquement correcte formatée », tandis que Marine Le Pen évoquait « une censure détestable » et son vice-président appelait au boycott de la chaîne d’info. Le rédacteur en chef du Figaro Magazine, qui avait fini par réintégrer le chroniqueur en 2010 après avoir voulu s’en passer (à l’époque, Zemmour avait qualifié les trafiquants de majoritairement « noirs et arabes »), a lui aussi dénoncé une « manie chez les gens de gauche de vouloir empêcher de parler ceux qui ne sont pas d’accord avec eux ».
Plusieurs personnalités politiques côté PS ont apporté leur soutien à iTélé. SOS Racisme, dont la pétition anti-Zemmour aurait recueilli, plus de 15.000 signatures, s’est réjoui de la nouvelle et s’associe désormais au Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) pour appeler les autres employeurs de Zemmour à suivre l’exemple.
A deux semaines de l’événement à Bruxelles, le bourgmestre Yvan Mayeur se dit prêt à prendre les mesures nécessaires : « Je suis totalement hostile à la censure et suis un fervent défenseur de la liberté d’expression. Mais si cette expression amène la haine de l’autre, c’est différent. Dans notre législation, le racisme et l’antisémitisme sont des délits punis par la loi. Quelqu’un qui véhicule la haine de l’autre n’est pas le bienvenu chez nous. En cas de situation problématique avérée, nous pourrions être amenés à prendre une décision. Cela se fera en dernière minute ».
*Eric Zemmour avait déjà été poursuivi pour diffamation et discrimination raciale en 2011.
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