Bien, ce n’est pas vraiment un conte, juste une historiette. Certes, elle est vraie mais elle n’est même pas consensuelle comme doivent l’être ce genre de récits : elle va énerver nos amis de la droite dure. N’y dit-on pas du bien de l’actuel Président des États-Unis ?
Il était une fois un journaliste juif américain,( David Suissa est son nom), qui écrivait pour le Jewish Journal de Los Angeles, un important hebdomadaire là bas. C’était assurément un très bon journaliste puisqu’il fut invité à Washington par le Président Obama en personne.
Et pas pour parler politique ou économie ou racisme, comme tout le monde. Non, il était convié à la « White House Hanukkah Party » de ce 15 décembre, pour l’allumage de la 1ère des huit bougies !
Ah, parce que le Président des États-Unis fête… ? C’est le président Jimmy Carter (1976-1980) qui a commencé en se rendant à la cérémonie de la « National Hannukah Menorah », organisée par le Habad Loubavitch dans un parc proche de la Maison Blanche.
Depuis, dans la foulée du petit discours qu’il a alors prononcé, chaque POTUS** adresse un message pour qui est devenu une fête religieuse « officielle », en l’honneur de laquelle la poste des États-Unis a même émis plusieurs timbres commémoratifs
D’accord, c’est un peu limite question séparation des Églises et de l’État. D’autre part, depuis 1927 et le Président Calvin Coolidge (1922-1928), on installe chaque année un arbre de Noël au 1600, Pennsylvania Avenue, alors, il n’y a pas de raison.
Cependant, il a encore fallu attendre 2001 pour que le Président et la First Lady de l’époque lancent la tradition d’inviter plusieurs centaines de personnalités juives, politiciens, hommes d’affaires, artistes, journalistes… à une Hanukkah Party.
Soit dit en passant, ceci est un sanglant démenti à tous ceux qui prétendent que ce pauvre Georges W. Bush (2000-2008) n’a rien accompli de bien durant ses deux mandats. En tous cas, les Obama ont continué. Mieux, depuis 2008, ils fêtent aussi le Seder de Pâque !
Cette année là, celui qui n’était encore que le candidat B. Obama s’était joint au repas pascal de trois membres juifs de son staff. Depuis, c’est devenu un événement familial. Une année, c’est même la plus jeune de ses filles, Malia, qui a posé les questions du « Ma Nishtana »
Mais on s’égare et les enfants commencent à gigoter. Il est temps d’en revenir à notre journaliste –et néanmoins ami- David Suissa. Le voici donc à la Maison Blanche, ce qui est à la portée de tout un chacun, il suffit d’acheter un ticket d’entrée.
Sauf que lui est compagnie du Président himself (et d’environ 500 autres personnes). Il goûte la délicieuse –et bien entendu « glatt cachère »- nourriture, siffle un ou deux verres d’excellent whisky écossais et suit avec plus ou moins d’attention les divers discours.
« J’ignorais que le Président était juif »
Après quoi, il écoute la réponse de B. Obama en se préparant pour l’étape suivante : le Président va passer pour saluer les invités rangés sur deux files. L’occasion d’échanger quelques mots avec lui, de prendre un « selfie», voire de poser quelques questions.
David Suissa a la sienne : « Monsieur le Président, avez-vous un message que vous souhaitez partager avec les Juifs de Los Angeles ? » Elle ne lui vaudra pas le prix Pulitzer de l’originalité mais suffira –espère-t-il- pour que son journal lui rembourse le billet d’avion
Hélas, au moment où il ouvre la bouche, un type à sa droite, grand, corpulent, genre – un des ces Juifs emplis de houtzpeh***, comme il y en bien trop- le court-circuite d’une voix tonitruante :
« Monsieur le Président, beugle-t-il, j’ai dit à un de mes amis chrétiens que je venais fêter Hanoukkah à la Maison Blanche. Et vous savez ce qu’il m’a répondu ? Je ne savais pas que le président était juif » !
B. Obama l’entend-le moyen de faire autrement ?- a un grand sourire et, happé par la foule, poursuit son chemin. Dépité, le journaliste suit des yeux le Président. Et Suissa remarque que la remarque l’a touché. «Je ne savais pas que le président était juif »…
Et, après quelques secondes, il entend distinctement Barack Obama s’exclamer, sans s’adresser à personne en particulier : « Dans mon âme, je suis juif ». Fin de l’histoire Ah, c’est ce qu’on avait dit, n’est-ce pas : une historiette avec des morceaux d’Obama dedans.
Bien entendu, on peut marmonner que c’est juste un habile « coup de com’ » de plus d’un politicien. Ou brailler contre l’hypocrisie de « Hussein Obama », cet islamiste qui n’est même pas américain et ne songe qu’à détruire Israël.
Mais quoi, c’est Hanoucca et Noël et même « Chrismukkah »**** pour certains. Alors, on peut aussi se permettre de croire que cet homme là, avec cette épouse là, n’est pas toujours en quête de voix pour les élections. Qu’il a juste dit ce qu’il pensait. Et cela fait plaisir.
Qui sait ? Peut être que l’idée vous aidera tous, athées, laïcs et gens de toute religion à passer d’encore meilleures fêtes de fin d’année? C’est en tous cas ce que le Président des États-Unis, David Suissa et moi-même souhaitons à tous ceux qui suivent ce site.
http://www.jewishjournal.com/david_suissa/article/obama_im_jewish_in_my_soul
POTUS : « Président Of The United State ». Acronyme des agents du Service Secret chargé de sa protection. Si (quand) Hillary Clinton sera Présidente, ils utiliseront FLOTUS : « First Lady Of… »
***« Houtzpeh » : équivalent yiddish de « hubris ». Sauf que les Grecs lançaient des défis aux Dieux alors que les Juifs se contentent en général d’emm… leurs voisins
****« Chrismukkah » : aux États-Unis, de plus en plus de gens, surtout des couples mixtes, mélangent les deux fêtes… et les noms..