Antisémitisme : exagérons, exagérons, il en restera toujours quelque chose.

La haine des Juifs va, hélas, croissant dans l’UE (et ailleurs). Le fait est aussi indiscutable qu’intolérable. Mais pourquoi certains dans la communauté en rajoutent-ils systématiquement une couche *? Excès de zèle ? Panique ? Ou pour des raisons moins avouables ?

 La dramatique nouvelle tombe ce 23 décembre : dans un communiqué, le Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme (BNVCA) « dénonce et condamne la très grave agression de nature antisémite commise par des inconnus », le 22/12 contre une synagogue située à Paris.

Une ou des personnes ont tiré sur la vitre d’un bureau où se trouvaient le rabbin et son assistant qui ont entendu « un bruit correspondant au tir d’une arme automatique. ». L’information est immédiatement reprise par les sites des droites dures juives ou israéliennes**.

Au hasard : « Paris : attentat terroriste contre une synagogue » (Dreuz Info, Europe-Israël), « Attaque d’une synagogue à l’arme automatique » (Tel-Avivre, Israël-Flash, Le monde juif, Désinfos, etc.).

 De son côté, le Times of Israël (en français), sous le titre « Une balle traverse la fenêtre d’une synagogue », précise qu’un suspect est en garde à vue ! Quant aux braillards de JSS, ils titrent d’abord « Attaque à l’arme à feu contre la synagogue » puis le modifient en un plus prudent :

 «Attaque contre la synagogue ». Eux au moins, ont a pris la peine de vérifier et « d’après nos sources » il s’agirait d’un pistolet à air comprimé « qui peut faire très mal mais difficilement tuer ».  

(Vérification faite, toutes les armes « dites à air comprimé » sont classées en catégorie D, la plus basse et sont en vente libre.)  Pour Joël Mergui, le président du Consistoire, il s’agit d’ailleurs plutôt d’un pistolet «à billes plastiques».

C’est à dire une réplique fidèle d’une vraie arme. Un jouet, quoi. Quelques heures plus tard, le CRIF calme enfin le jeu : « La synagogue a été l’objet d’un tir de projectile de nature indéterminée et qui n’a pas été retrouvé ». Il faudra attendre la presse sérieuse (Le Figaro en l’occurrence) pour disposer d’informations avérées :

 « Le rabbin a porté plainte suite à un jet de projectile contre son lieu de culte ». Il dit avoir retrouvé « un morceau » de verre à l’intérieur d’un bureau et avoir vu « un trou dans la vitre ». Quant à la police, elle présente une version encore moins dramatique :

« C’est un jet de projectile de nature ignorée, peut être une pierre. Cela n’a laissé qu’un petit impact sur la façade, de 2 millimètres environ et qui n’est pas traversant ». En résumé, le BNVCA a parlé un peu vite et les sites ultra-sionistes ont raconté n’importe quoi.

« Attaque au revolver contre un restaurant cachère »

Bien sûr, dans le climat de ces derniers mois, tout le monde est énervé et anxieux.  Pistolet à air comprimé, à balles en plastique ou caillou, c’est tout un lorsqu’ils visent une synagogue (ou n’importe quel lieu de culte).

La chose est grave et révélatrice d’un racisme qui va croissant. Des Juifs se font insulter, agresser, battre. D’autres comme à Toulouse ou à Bruxelles sont tués. Juste à cause de leur qualité de Juifs.

Mais cela n’excuse pas cette manie qu’ont aussi bien les organismes « de vigilance »  et/ou « de protection » que les sites ultra-sionistes de faire une montagne d’une taupinière ou d’un pistolet à billes une kalachnikov.

Certes, il peut s’agir chez eux d’une réaction d’angoisse. Tirer à l’arme automatique sur la façade d’une synagogue est loin d’être un acte inconcevable de nos jours. Ou alors, il s’agit d’être le 1er à répercuter l’information. En brodant  un peu… beaucoup…. à la folie.

A moins –mais peut être s’agit-il de la paranoïa d’un dangereux gauchiste ?- que tous ces gens ne tentent, chacun à leur niveau, d’aider l’extrême droite au pouvoir à Jérusalem ? On sait que celles-ci louchent avec avidité vers les dernières réserves de Juifs que la peur pourrait amener à émigrer en Israël.

Cela règlerait pour un moment le problème démographique de l’État binational qu’à force de colonisations, ils vont finir par créer. Tout ce qui contribue à augmenter les sentiments d’insécurité et d’exclusion des Juifs de France (ou de Belgique) est donc pain béni.

Et tant pis si cela passe par des dramatisations systématiques. Qui veut la fin…   Tiens, ce 25 décembre, le même BNVCA a encore publié un communiqué au titre un peu… hum, olé olé : « Attaque au revolver contre un restaurant cachère ». 

Par contre le texte est beaucoup, beaucoup plus mesuré. C’est que les dégâts se limitent à une vitre éraflée. « Cette trace ressemblerait (Notez le conditionnel. NDLA) à celle laissée par un projectile identique tiré ou lancé sur la synagogue ». Et, un peu plus bas :

« Quel que soit le projectile, pierre, bille de plomb ou balle, le BNVCA considère que l’intention et le geste sont criminels et antijuifs ». Plus d’arme automatique donc.  Plus d’attentat terroriste.

Comme quoi, si le ridicule ne tue pas, il calme. Pour un temps seulement, hélas.

*Merci à Rika Chaval d’avoir signalé ces exagérations sur la page Facebook du groupe « Zay a Mensch ! » (« Sois quelqu’un de bien » en yiddish)

**Les internautes qui voudraient la (longue) liste des hyperliens renvoyant vers les sites cités sont priés de contacter la Rédaction. 

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