L’Autorité palestinienne devant la Cour pénale internationale : qui a le plus à perdre ?

Plongés dans la campagne pour les élections législatives anticipées du 17 mars 2015, les dirigeants israéliens peinent à réagir à l’offensive diplomatique palestinienne à l’ONU et devant la Cour pénale internationale.

« Notre arme anti-occupation ». C’est en ces termes que certains chroniqueurs de Ramallah décrivent la demande d’adhésion à la Cour pénale internationale (CPI) introduite par l’Autorité palestinienne (AP) au lendemain du rejet par le Conseil de sécurité de son projet de résolution obligeant Israël à démanteler ses colonies et à se retirer derrière les lignes de 1967.

Benyamin Netanyahou et ses principaux ministres s’étaient alors félicités de l’échec palestinien à l’ONU. « Mahmoud Abbas veut nous forcer la main et ce n’est pas comme cela qu’il obtiendra quelque chose », proclamait le vice-ministre des Affaires étrangères Tzahi Hanegbi (Likoud).  Mais la démarche palestinienne visant à intégrer la CPI lui a rapidement fait perdre le sourire, car les chances de l’AP sont sérieuses et Abbas ne cache pas son intention de faire poursuivre plusieurs personnalités civiles ou militaires israéliennes pour « crimes de guerre ».

A Ramallah, il se disait d’ailleurs jeudi que le représentant de l’AP à La Haye a déjà contacté un cabinet d’avocats spécialisés et que des dossiers à charge de plusieurs généraux de Tsahal ayant participé à l’opération « Bordure protectrice » sont en cours d’élaboration.

Or, à part proférer de vagues menaces de rétorsion, le gouvernement israélien ne peut pas faire grand-chose contre cette offensive diplomatique palestinienne. Certes, jeudi soir, quelques heures à peine après avoir été réélu sans surprise à la tête du Likoud, Netanyahou a réuni ses principaux ministres -mais pas le responsable des Affaires étrangères Avigdor Lieberman avec lequel il est en froid-, ainsi que des dirigeants des différents services de renseignements pour une réunion d’évaluation. Qu’en est-il ressorti ? Pas grand-chose. « Les Palestiniens ont beaucoup plus à perdre que nous d’une procédure devant la CPI », a proclamé le chef du gouvernement. « De toute façon, l’AP n’est pas un Etat, mais une entité liée au Hamas, une organisation terroriste. Nous attendons donc de la CPI qu’elle rejette la demande palestinienne ».

De nouvelles violences ne sont pas exclues

De froides et tendues, les relations entre Jérusalem et Ramallah sont en tout cas devenues hostiles. Le processus de paix n’est d’ailleurs plus qu’un lointain souvenir et le Shabak (la Sûreté générale israélienne) n’exclut pas que des violences, plus graves que celles de ces derniers mois, puissent éclater sur le terrain si la situation continuait à se dégrader.

« Les Palestiniens ont longtemps hésité avant de lancer leur offensive diplomatique. Ils l’ont fait lorsqu’ils ont compris qu’ils n’obtiendraient rien par la négociation. Du moins, tant que Netanyahou et ses alliés seront au pouvoir », affirme le spécialiste Ohad Hemo. « Opposé à l’intifada, Mahmoud Abbas a donc choisi de développer une stratégie consistant à porter le combat sur la scène internationale, où il dispose de nombreux soutiens contrairement à Israël. Outre le projet de résolution au Conseil de sécurité et la demande d’adhésion à la CPI, l’Autorité palestinienne entame donc des démarches tous azimuts pour intégrer une quinzaine d’organisations internationales et s’imposer comme un Etat en gestation ».

Certes, pour l’heure, le président palestinien n’a pas obtenu grand-chose. Mais il peut se flatter d’avoir replacé le conflit sur le devant de l’actualité et, surtout, d’embarrasser les dirigeants israéliens. Plongés dans la campagne électorale chaotique, divisés, incapables de définir une ligne claire, ceux-ci se contentent en effet de compter les coups en promettant d’hypothétiques mesures de rétorsion.

Or, ces menaces ne font peur à personne. Et certainement pas à la direction palestinienne, qui en a déjà entendu beaucoup d’autres. « L’AP a décidé de prendre son sort en main sans plus se préoccuper d’un gouvernement israélien qui ne pense qu’à la duper et à gagner du temps pour mieux renforcer ses colonies », lâche le ministre Saeb Erekat, proche conseiller d’Abbas. « Que cela plaise ou non à Netanyahou n’est pas notre problème ».

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