Michel Kichka : ‘Ils ont décapité Charlie Hebdo!’

Le caricaturiste belgo-israélien Michel Kichka connaissait trois des quatre dessinateurs tués dans la fusillade qui s’est déroulée ce 7 janvier 2015 dans la rédaction de Charlie Hebdo. Anéanti par la nouvelle, il confie ses craintes face à une menace de la liberté d’expression grandissante.

Vous connaissiez les dessinateurs qui ont été tués dans la terrible fusillade de ce matin ?

J’avais rencontré Cabu et Wolinski à plusieurs reprises, et je connaissais bien Tignous (ndlr, Bernard Verlhac) surtout. Nous avions participé ensemble à un événement de Cartooning for Peace à Bogota. C’était un homme qui avait un cœur en or, un sens de l’humour et de l’autodérision extraordinaires et une intelligence, un excellent dessinateur, qui allait d’ailleurs très loin. Cabu et Wolinski étaient sans conteste ses maitres. Trois générations de dessinateurs, voire quatre, travaillaient dans cette rédaction, avec toute une dynamique et des rencontres hebdomadaires dont celle de ce matin. Je ne connais pas encore le nom des autres victimes, mais c’est le cœur-même de la caricature française qui a été touchée. Ils ont décapité Charlie Hebdo ! Sans eux, il n’y a plus de Charlie Hebdo… Il va falloir se relever maintenant…

Comment avez-vous appris la nouvelle ?

C’est un de mes fils qui me l’a annoncée en la lisant sur les réseaux sociaux. Tous les bureaux et les écoles de Tel-Aviv sont aujourd’hui fermés en raison d’une tempête de neige. Je devais donner cours, je suis donc resté chez moi. J’étais en train de dessiner…

Tignous vous parlait-il parfois des menaces auxquelles il était confronté ?

On n’en avait jamais parlé et je ne pense pas qu’il se sentait menacé. Il n’était d’ailleurs pas du genre à se laisser faire. Je suis certain que face aux tueurs, il a dû essayer de faire quelque chose…

Que ressentez-vous vous-même en tant que dessinateur-caricaturiste ?

Je suis complètement anéanti, je vais devoir accuser le choc et me ressaisir. Je vais écrire très certainement, dessiner, ne pas me laisser abattre. J’ai l’impression de vivre un film d’horreur. Je me rends compte que depuis le 11 septembre et les caricatures de Mahomet, on n’a pas cessé de dire que la liberté d’expression était menacée, mais notre logique terrestre est différente de la logique des extrémistes, et dans le monde actuel globalisé, nous sommes désormais obligés de nous protéger. Ces dessinateurs n’ont jamais voulu faire mal. Ils voulaient juste se moquer et considéraient la moquerie comme un droit, même un privilège. Ils se moquaient de tout le monde. Ce n’est plus la liberté d’expression qui est aujourd’hui menacée, c’est la liberté de pensée.

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