Sur Facebook Muslims’ Rights Belgium, un groupuscule de lutte contre l’islamophobie, répand l’idée selon laquelle le port d’une kippa dans une synagogue par des ministres serait une violation de la laïcité qui ne ferait que trahir leur soumission aux Juifs alors que ces mêmes ministres interdisent le voile dans les écoles et les administrations.
Voici le post publié le 29 janvier 2015 sur la page Facebook de Muslims’ Rights Belgium dans lequel on peut voir une photo du Premier ministre (MR), des ministres de l’Intérieur (NVA) et des Pensions (MR) aux côtés du Président de la Communauté israélite de Bruxelles lors d’une cérémonie du souvenir organisée le 26 janvier 2015 à la grand synagogue de Bruxelles à l’occasion du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz : « Au MR, nous sommes pour l’interdiction du voile, tant en ce qui concerne les élèves que les fonctionnaires. Finalement, pour ou contre la « laïcité »? A moins que ça ne soit une kippa laïque… ».
Il est surprenant que ce groupuscule actif dans la défense du port des signes religieux (exclusivement musulmans) commente avec tant de mépris et de moquerie ce que tout être humain normalement constitué accomplit à travers le monde : respecter les pratiques et les règles en vigueur dans un lieu de culte même lorsqu’on ne partage ni la foi ni la religion de ses disciples.
Ainsi, dans une église, on se découvre la tête, dans une mosquée, un temple indou ou Jaïn, on enlève ses chaussures, … et dans une synagogue, les hommes doivent se couvrir la tête d’un chapeau ou d’une kippa. Une marque universelle de respect et de civilité conforme au principe de laïcité que les militants de Muslims’ Rights ignorent.
Il est également intéressant de lire les commentaires que ce post Facebook a suscités. Ils s’inscrivent tous dans les délires antisémites selon lesquelles les Juifs dominent le monde politique qui ne fait que se soumettre à leur diktat.
Et c’est aussi et surtout l’idée de plus en plus répandue au sein des populations musulmanes du « deux poids, deux mesure »s. Pour les Juifs, tout est permis, pour les musulmans tout est interdit. C’est précisément cela que traduit ce post Facebook de Muslims’ Right Belgium.
Tout se passe comme si le combat en faveur des droits des musulmans de Belgique et d’Europe devait nécessairement passer par une mise à l’écart des Juifs. Pourquoi ne pas appliquer aux Juifs les bonnes vieilles règles de la Dhimma (soumission des Juifs et des chrétiens) ?
Dans son étude Le dialogue judéo-musulman et citoyen à l’épreuve de la haine antisémite, Daniel Bensoussan-Bursztejn a saisi les contours de ce problème que de nombreux acteurs antiracistes veulent encore ignorer : « L’évocation de l’islamophobie se fait rarement sans une allusion voilée ou explicite au traitement, supposé privilégié, dont « bénéficierait » l’antisémitisme. Plus inquiétant, un discours se développe ces temps-ci visant à désigner les communautés juives comme responsables du préjugé antimusulman dans la société.… L’appellation « contre le racisme et l’islamophobie » fait pendant à « contre le racisme et l’antisémitisme ». Symboliquement, c’est la place de la victime qu’il s’agit d’occuper. Celle-ci peut être source de ce que d’aucuns qualifient de « concurrence victimaire ».
Mais ce n’est pas tout. La rhétorique de la lutte contre l’islamophobie s’efforce systématiquement de véhiculer l’idée historiquement fausse selon laquelle les musulmans d’Europe vivent aujourd’hui la situation que vivaient les Juifs dans les années 1930. Cette affirmation grotesque a été infirmée à maintes reprises par des historiens spécialistes de cette période.
Le dessin ci-dessus diffusé par Muslims’ Rights Belgium illustre parfaitement ce phénomène. Mais dans ce dessin, il y a quelque chose d’encore plus insupportable au regard de l’actualité : les journaux satiriques actuels comme Charlie Hebdo sont assimilés aux journaux clairement antisémites des années 1930. La démonstration est ainsi faite : Charlie Hebdo serait donc raciste et islamophobe. Assimiler un journal antiraciste luttant contre tous les fondamentalismes religieux à la presse antisémite d’extrême droite des années 1930 relève de la manipulation.
Muslim’s Rights Belgium n’est pas le seul à pratiquer cet amalgame douteux. Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue Politique prétend ne voir aucune différence entre une caricature de Charlie Hebdo dénonçant le fanatisme religieux et un dessin antisémite et négationniste de Joe le corbeau (grand ami de Dieudonné) ! Et tous ces gens se veulent aujourd’hui les dépositaires de l’antiracisme belge au 21e siècle. Si la lutte contre le racisme doit suivre cette ligne, alors elle passera nécessairement par la suppression de toute référence à la lutte contre l’antisémitisme et l’abandon de toute perspective universaliste.
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