Liberté ? Egalité ? Laïcité !

Dans Liberté ? Egalité ? Laïcité ! (CEP éd.), Nadia Geerts explicite le concept de laïcité, une laïcité sans adjectif, et en déroule les conséquences logiques, tant théoriques que pratiques. Nadia Geerts présentera ce livre le jeudi 5 mars 2015 à 20h30 au CCLJ.

Depuis de nombreuses années, certains s’évertuent à vider la laïcité de sa substance en l’encombrant notamment de qualificatifs aussi redondants qu’inutiles (laïcité ouverte, positive, inclusive…). Pourtant, notre société démocratique a besoin de laïcité comme de pain. « La laïcité, en un sens, est éminemment démocratique et égalitaire », explique Nadia Geerts. « Elle refuse les distinctions de rang pour ne reconnaitre que des citoyens, libres et égaux en dignité et en droits ». Ce dernier livre de Nadia Geerts a le mérite d’être didactique. Avant d’aborder les grandes problématiques liées à la laïcité, elle déblaye le terrain en expliquant ce que n’est pas la laïcité. Elle nous met en garde contre les cafouillages et les pièges sémantiques. Ainsi, il ne faut pas confondre la laïcité avec l’athéisme, ni avec l’anti-religion, etc.

L’extrême droite à mille lieues de la laïcité

Il est étonnant de voir des mouvements d’extrême droite vanter les mérites de la laïcité, alors qu’ils n’ont cessé de la combattre. En réalité, ces mouvements l’instrumentalisent comme un cache-sexe pour s’attaquer une fois de plus aux populations arabo-musulmanes, mais de manière plus présentable. On l’aura compris, l’extrême droite et la laïcité ne peuvent faire bon ménage. « L’extrême droite est aussi communautariste que la laïcité est universaliste », rappelle à juste titre Nadia Geerts. « Son discours repose tout entier sur l’essentialisation de communautés figées auxquelles elle attribue des caractéristiques naturelles. Qu’il s’agisse de l’Arabe, du musulman ou de l’asiatique, il s’agit toujours pour elle de dénoncer un vivre-ensemble perçu comme chimérique et dangereux, du fait de différences inconciliables entre « eux » et « nous ». Un procédé à mille lieues de l’exigence laïque, fondamentalement humaniste, laquelle consiste à voir d’abord et avant tout en l’être humain son humanité plutôt que ses attributs secondaires de sexe, d’origine sociale ou ethnique, de religion ».

Après avoir examiné le lien indissoluble entre laïcité et antiracisme, Nadia Geerts aborde également les questions du féminisme, du droit de disposer de son corps (avortement, euthanasie, et morale sexuelle), du blasphème, du communautarisme, de l’enseignement des religions, de la neutralité des représentants de l’Etat et du refus de l’exception religieuse, c’est-à-dire « refuser que les convictions religieuses soient utilisées pour faire reposer, même partiellement, l’ordre social, économique, politique ou juridique de l’Etat sur des préceptes religieux ». Il d’agit bien ici de rejeter la mise en place d’accommodements dits « raisonnables ».

Le triptyque républicain dont s’inspire le titre du livre de Nadia Geerts ne contient pas la laïcité. Pourquoi donc évacuer une notion aussi essentielle que la fraternité au profit de la laïcité ? « Si j’ai choisi de substituer au mot « fraternité » celui de « laïcité », c’est parce que la fraternité me semble être une vertu éthique, celle qui nous permet de reconnaître l’autre comme mon frère humain, libre et égal à moi, dès lors en dignité et en droits. Vertu éthique, c’est-à-dire échappant au champ du politique, alors que les deux premiers termes, « liberté » et « égalité », énoncent des principes qu’il appartient au politique de mettre en pratique ». souligne Nadia Geerts. Et en substituant la laïcité à la fraternité, on renoue ainsi avec un triptyque politique. « Le politique peut garantir aux citoyens que nous sommes un cadre laïque; cadre laïque qui constitue à mes yeux la meilleure garantie que ma liberté l’égalité soit préservée. La laïcité est ainsi le troisième terme qui permet le délicat équilibre entre la liberté individuelle et l’égalité de tous. Là où la laïcité est menacée, plus encore là où elle est bafouée ou absente, ce sont toujours la liberté et l’égalité qui souffrent », conclut Nadia Geerts.

Infos et réservations : 02/543.02.70 ou info@cclj.be

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