Les JO de Munich, en 1972, ont suscité une onde de choc dans le monde entier. Jean Mattern n’était qu’un enfant, mais il a été marqué au fer rouge. Son roman mêle la terrible prise d’otage de la délégation israélienne au feu d’une passion périlleuse.
Si « l’artiste nous révèle à nous-mêmes », qu’en est-il de l’écriture ? JEAN MATTERN Tant la lecture que l’écriture peuvent nous aider à comprendre des choses sur nous-mêmes. Lorsque j’écris le premier « jaillissement », je suis parfois surpris… Un auteur se projette dans tous ses personnages et cela vient parfois de loin. Ce livre m’a permis de me confronter aux événements de 1972. Ils étaient tapis au fond de moi, mais seule l’écriture m’a permis de saisir ces questions restées sans réponse. Je n’avais que 7 ans à l’époque, or les images de cette tragédie ne m’ont jamais quitté. Il me fallait trouver un angle pour comprendre l’obsession et la complexité de la chose. Le point de départ étant d’approcher cette histoire, sans avoir la prétention de livrer la Vérité.
Ecrire, est-ce aller à l’encontre des « oubliettes de l’Histoire » ? JM Ce livre est né lorsque les Jeux Olympiques de Londres, en 2012, ont refusé d’accorder une minute de silence à la mémoire des victimes du drame de Munich. Impossible de laisser la mémoire s’effacer ! La littérature n’implique pas un devoir, mais un moyen puissant d’aller au-delà des manuels d’Histoire, en l’incarnant. Ainsi, je tends à rappeler que les drames, les joies, et les bouleversements intimes ne cessent pas pendant les grands moments de l’Histoire. Ce roman rend palpable la cohabitation de ces deux sphères. Je décris d’ailleurs une passion liée aux ténèbres, celle qui unit Sebastian à Sam. Une rencontre-choc qui déracine le premier, tant elle révèle ses désirs inconnus. J’aime explorer le basculement, parce que l’être à vif dévoile toute sa complexité.
Autre complexité, « la mort de onze Juifs israéliens sur le sol allemand ». Pourquoi n’est-ce pas « un crime comme un autre » ?JM Les Jeux Olympiques de Munich sont supposés redonner à l’Allemagne une place symbolique. Plus qu’une renaissance, ce pays a besoin de renouveler son image après les JO de Berlin, en 1936, et la Seconde Guerre mondiale. L’Allemagne veut faire table rase du passé et montrer qu’elle a changé. L’ironie, c’est qu’elle se retrouve à nouveau impliquée dans la mort de Juifs. Son incompétence la rend coresponsable de ce bain de sang, et ce, sous le regard du monde entier, puisque tout est filmé en direct. C’est la première fois que la télé est utilisée, par des terroristes, à des fins de propagande. Les JO constituent un choix médiatique, mûrement réfléchi, par ces Palestiniens. Hélas, rien n’a évolué depuis… Ni le conflit israélo-palestinien, ni le terrorisme s’adaptant aux moyens modernes pour affirmer ses revendications.
Pourquoi tous vos romans abordent-ils la judéité ? JM Trouver sa place représente un moteur puissant, qui anime tous mes protagonistes. Loin d’être fixe, l’identité s’avère mouvante. Tout être humain est dans le besoin de trouver une forme d’équilibre en la matière. Celui de Sebastian est bousculé à jamais par sa rencontre, dévastatrice, mais fondatrice, avec Sam. La mienne est liée à mon interrogation quant à ma part de judéité. Celle-ci explique pourquoi mon père pleurait en apprenant la tragédie des JO de Munich. Ma grand-mère ne nous a pas élevés dans le judaïsme, mais il est au centre de ma construction identitaire. Cette quête personnelle se retrouve, malgré moi, dans mes livres. Peut-être que je ne désire pas totalement être en paix avec moi-même…