Frappé d’un cancer foudroyant, Marcel s’est éteint dans son sommeil ce lundi soir, 2 mars. Et déjà son sourire, sa chaleur manquent à notre CCLJ, son CCLJ.
Pourtant, né en 1933, il avait commencé sa vie, comme tant d’autres de sa génération, par une enfance emplie de peurs et de pleurs. Avec son frère Max, il a fait partie de ces « enfants cachés » confiés à des étrangers courageux afin d’échapper aux rafles des nazis.
Et même s’il en parlait peu, ce fut pour cet enfant sensible une façon terrifiante d’entrer dans l’existence. Mais cela lui permit de survivre et, même après la Libération, d’avoir cette chance –rarissime dans les familles juives- de voir ses deux parents revenir vivants de leur déportation à Auschwitz.
Homme de convictions et d’engagements, il crut, comme beaucoup, aux promesses du communisme et c’est au Parti qu’il fit la connaissance de David Susskind, notre « Suss » dont il devint l’ami. Et comme lui, il refusa de sacrifier sa part de judaïsme à l’internationalisme.
Il fit donc partie du petit groupe de camarades, d’amis qui fondèrent le CCLJ en 1959. Dès lors, avec son épouse Mariette, il devint un des piliers du 52, rue Hôtel des Monnaies. Il y consacra une partie importante de sa vie et le CCLJ dut en bonne part son existence à des militants comme eux.
C’était un groupe de gens enthousiastes, actifs, mobilisables pour toute action grande ou petite qu’entreprenait Suss. Parmi eux, Marcel était là, disponible.
Ce pouvait être pour simplement tenir la caisse lors d’une conférence ou pour rester une semaine sur place lorsque, durant les jours terribles qui précédèrent la guerre des Six Jours de juin 1967, le CCLJ mobilisa la communauté juive afin de venir en aide par tous les moyens à Israël.
Il était là aussi pour défendre les Juifs russes qui voulaient fuir les persécutions soviétiques. Et encore pour tous les combats que mena durant 50 ans notre organisation, contre l’extrême-droite, pour la paix au Moyen Orient, etc.
Au fil du temps, certains, à gauche, quittèrent le CCLJ, trop sioniste à leurs yeux. Plus tard, d’autres, à droite, partirent parce qu’il prônait avec trop de force le dialogue avec les Palestiniens.
Marcel resta avec Suss, fidèle parmi les fidèles mais toujours dans une tranquille discrétion. Il n’était pas homme à se mettre en avant. Arborer un titre, faire des discours, ne l’intéressait pas.
Mais il était de chaque réunion d’importance comme il participa durant des décennies au comité de rédaction de Regards. Non pour rédiger des articles mais afin de participer à la conception du journal.
Et aussi afin d’apaiser les inévitables disputes qui y éclataient. Il était ainsi, Marcel : il avait horreur des conflits et recherchait toujours un accommodement. Mais l’âge venait. Et la professionnalisation devenait incontournable pour une organisation de plus en plus importante.
Il en fit donc moins mais resta présent. Peu d’activités se déroulaient sans que Mariette et Marcel y participent. Et rares furent les vendredis soir, où ils n’étaient pas présents parmi leurs innombrables amis.
Car, ce que tous conserveront de lui, ce seront son écoute, ses remarques pertinentes, ses petites blagues souvent piquantes, et surtout sa disponibilité et sa gentillesse. Sa famille, dont j’ai le privilège de faire partie, n’est pas la seule à pleurer aujourd’hui.
Marcel sera inhumé au cimetière de Crainhem ce jeudi 5 mars à 13 heures
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