Avec son parti centriste Koulanou, l’ancien ministre de Benyamin Netanyahou veut réduire les inégalités sociales dans le pays.
Moshé Kahlon servira-t-il de chamboule-tout lors du scrutin du 17 mars? Même s’il n’est crédité selon les sondages que de 7 à 10 sièges, sur les 120 que compte la Knesset, le leader du nouveau parti centriste Koulanou (« Tous ensemble », en hébreu) fait en tout cas incontestablement partie des nouveaux visages des législatives israéliennes. A l’instar de Yair Lapid, le ministre des Finances sortant et chef de file d’une autre formation centriste Yesh Atid (« Il y a un futur ») qui avait fait sensation lors des législatives de 2013, cet ancien membre du Likoud peut espérer tirer profit d’un effet « nouveauté » au terme de la campagne. Même si, contrairement à son rival entré en politique après une carrière de journaliste vedette, Moshé Kahlon est solidement ancré dans le paysage politique, au terme d’un parcours atypique.
Issu d’une famille d’origine libyenne, ce quinqua né dans la région de Hadera ne peut ni se prévaloir d’une carrière de haut gradé militaire, ni d’un pedigree universitaire. Après avoir servi pendant huit ans dans l’armée israélienne, dans le département du matériel militaire, il démarre une affaire d’importation de pièces automobiles, tout en entamant sur le tard des études de sciences politiques et de droit. Elu à la Knesset pour la première fois en 2003, il s’impose en 2006 parmi les cadors du Likoud. Sa carrière ministérielle démarre en 2009, lorsqu’il s’illustre au sein du second gouvernement de Benyamin Netanyahou qui lui a confié le portefeuille des Telecom.
Un titre qui lui permet de mener l’une de réformes les plus appréciées des Israéliens : la déréglementation du marché de la téléphonie mobile, qui a permis aux consommateurs de diviser de manière drastique leur facture mensuelle. Une victoire dont Moshé Kahlon peut s’enorgueillir pour mener d’autres batailles futures contre les monopoles, notamment dans le domaine bancaire. En 2011, il se voit confier le ministère de la Santé et des Affaires sociales après la démission du travailliste Itzhak Herzog. Fin 2013, Kahlon décide de faire une pause, de prendre du recul par rapport à la vie politique, et de ne pas prendre part au scrutin législatif organisé au mois de janvier.
Grosses pointures
On lui prête alors l’intention de créer sa propre formation politique : un projet qui se concrétisera en décembre 2014, avec le lancement de Koulanou. Quel motif a poussé ce charismatique député à faire sécession du Likoud, le parti au pouvoir ? « J’ai rejoint le Likoud pour défendre un agenda social et quitté le Likoud pour les mêmes raisons », répond habilement l’intéressé. « Ma plateforme socio-économique diffère de celle du Likoud. Si tel n’était pas le cas, j’y serais encore. Nous devons mener des réformes pour réduire les inégalités et permettre aux gens de joindre les deux bouts ».
Considéré comme l’un des candidats les plus sérieux au portefeuille des Finances du futur gouvernement, Moshé Kahlon n’a pas ménagé sa peine pour constituer une liste composée de grosses pointures. A l’image de l’ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Michael Oren, de l’ex-président de la Fondation Rashi et coordinateur d’un comité national sur la pauvreté, Eli Alalouf, ou encore de la conseillère municipale religieuse féministe de Jérusalem, Rachel Azaria, ou de la députée maire de Kiriat Shmona, Yifat Sasha-Biton. Sans oublier l’ancien général de l’armée israélienne, Yoav Galant, un temps pressenti pour devenir général en chef de Tsahal, avant d’annoncer début janvier sa décision de rallier le parti Koulanou. Un casting qui, pour la plupart des observateurs, friserait la perfection…