Les blessures de Paul Amar

Dans Blessures (éd. Tallandier), Paul Amar, le journaliste français ayant longtemps présenté le journal de 20h, exprime sans détour son mal-être et son indignation face à la montée du racisme et de l’antisémitisme en France. Il présentera ce livre sensible et lucide à la fois le mardi 31 mars 2015 à 20h30 au CCLJ.

Paul Amar s’est toujours défini comme un Français républicain, laïque et humaniste. Pourtant, il souffre aussi depuis longtemps d’être désigné comme juif et s’interroge sur la vie politique française. Pour exprimer son mal-être, il parle à la première personne du singulier, lui le journaliste plus enclin à donner la parole aux autres. Pour la première fois, il raconte ici son enfance en Algérie, son adolescence à Lyon, et ses premiers pas dans le journalisme comme correspondant de guerre.

« J’ai toujours veillé à ce que l’étoile si chère à mes parents ne sorte pas de la sphère familiale », explique Paul Amar. « J’ai toujours évité de l’imposer aux autres, comme d’autres imposent le voile. J’ai au contraire mis en avant des convictions laïques, au nom de l’idée que je me fais de la vie, de la République et de mon métier. Mais “l’Autre” n’a eu de cesse de me ramener vers ce qu’il suppose être ma seule identité : juive ». Pourtant, pendant de nombreuses années, Paul Amar s’est tu et a tout fait pour taire ce trouble et cette souffrance qui l’envahissaient. Mais avec la multiplication des actes antisémites qui menacent les Juifs de France, il est devenu difficile, voire impossible pour lui de garder le silence : les saillies antisémites de Jean-Marie Le Pen, la progression impressionnante de son parti, le Front national, la propagation de l’islamisme, l’assassinat d’Ilan Halimi, la tuerie de l’école Hozar Hatorah de Toulouse, le succès de Dieudonné et de Soral auprès des jeunes… « Je manquerais à la mémoire de Zola, Cassin, Schœlcher et Camus, cette France que j’ai toujours chérie, si je devais me taire et taire la détresse de toute une communauté, la communauté juive », confie Paul Amar.

Insulté et caillassé à Constantine

S’il a écrit ce livre en utilisant le « je », c’est aussi parce que les incidents antisémites actuels le renvoient à sa propre enfance. « Je vivais en Algérie et ma famille était déjà soumise à l’antisémitisme. Mon père, fonctionnaire, a été renvoyé de l’administration par le régime de Vichy en application du Statut des Juifs. Au début des années 1960, Ben Bella exclut à nouveau mon père de l’administration, et ma famille de l’Algérie indépendante. A l’âge de 10 ans, j’ai moi-même été traité de sale Juif et caillaissé dans les rues de Constantine. Aujourd’hui, les Juifs de Sarcelles et de Créteil vivent ce ce que j’ai connu à Constantine il y a plus de cinquante ans. C’est aussi la raison pour laquelle je parle de moi et de mon enfance. Il faut que les gens comprennent le désarroi des Juifs ».

Paul Amar revient aussi sur un événement marquant auquel il ne voulait pas que son nom soit associé : le débat de janvier 1994 entre Jean-Marie Le Pen et Bernard Tapie qu’il devait animer. Pour marquer son désaccord face à ce cirque, Paul Amar a
déposé une paire de gants de boxe sur la table du débat. « Ces gants étaient l’expression d’une souffrance et d’un trouble encore muets », se souvient-il. « J’avais demandé à la présidence de France Télévision de ne pas apparaître en tête à tête avec Jean-Marie Le Pen depuis des années, l’extrême droite ne cessait de m’insulter comme elle insultait Anne Sinclair et tant d’autres journalistes d’origine juive. Si Jean-Marie Le Pen m’attaquait nommément, j’aurais évidemment été tenté de lui répondre, ce qui aurait fragilisé la Rédaction de France 2 ».

Mêlant souvenirs et réflexions, on découvre, au fil des pages, un homme indigné, profondément blessé et inquiet pour l’avenir de son pays et de ses valeurs. « Lorsque Jean-Marie Le Pen déclare dans les années 1980 ne pas aimer Marc Chagall, Pierre Mendès-France ou Simone Veil, il fait resurgir la question raciale dans un pays qui n’en a pas besoin et n’en veut pas », déplore Paul Amar. « Quand aujourd’hui Dieudonné ou Soral déclarent ne pas aimer les Juifs, ils font aussi resurgir cette question qui était derrière nous. Dans leur chef, c’est pathologique, mais il existe aussi des raisons politiques visant à remettre en cause un modèle républicain. Il y a un mal profond qui se déploie en France, un pays en paix avec ses voisins européens et méditerranéens, mais peut-être pas en paix avec lui-même ».  

Infos et réservations : 02/543.02.70 ou info@cclj.be

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