Sefwoman, super-héroïne de l’humour séfarade

A l’occasion de la sortie de Je suis juive mais je me soigne (éd. Jungle), rencontre avec Virginie Guedj-Bellaïche, incarnation bien réelle de la Sefwoman virtuelle, qui nous fera le plaisir de venir au CCLJ le 24 mars 2015 à 20h30. 

Cherchez l’intrus : Wonderwoman, Catwoman… Sefwoman ! A l’instar de ses consœurs héroïnes, la chroniqueuse séfarade masquée a longtemps entretenu le mystère autour de son identité. Qui se cachait derrière le masque et le décolleté ? Qui pouvait ainsi décrire les petits travers de ses coreligionnaires, décrire l’ambiance des bar-mitsvot, aborder l’épineuse question des déguisements à éviter le jour de Pourim ou encore le diner (presque parfait) du CRIF ? Chaque semaine, durant plusieurs années, le site Jewpop.com a hébergé les textes mordants de l’auteure mystère, suscitant au passage d’intenses questionnements parmi ses lecteurs. C’est à l’occasion de la publication, aux éditions Jungle, du livre Je suis juive mais je me soigne, que Sefwoman a levé le masque.

A la ville, la chroniqueuse mystère est la journaliste Virginie Guedj-Bellaïche que l’on retrouve régulièrement sur l’antenne de la chaine israélienne i24news. C’est peu de dire que notre chroniqueuse connaît par cœur les Juifs de France, leurs cotés attachants et leurs travers : avant de se montrer à la télévision, la journaliste a écumé les médias communautaires, officiant tour à tour à Radio Chalom, puis écrivant dans Hamodia et Actualité Juive. Mais ce qui fait de Sefwoman un personnage doublement remarquable tient à la fois à son genre et à ses origines. Force est de constater qu’en matière d’humour juif, les plumes féminines sont plutôt discrètes, les hommes tenant encore largement le haut de l’affiche. Lorsqu’en plus, ces femmes affichent une ascendance séfarade, eh bien là, disons-le franchement, elles font figure d’exception. Il faut dire que pendant longtemps, l’humour ashkénaze, fort de son sens de l’absurde et de l’autodérision, ne laissait que peu de place au rire version séfarade. En le féminisant, Sefwoman apporte à cet humour une nouvelle facette, de la nuance. Et une touche de modernité bienvenue dans la forme.  

Derrière le masque…
Comment surgit l’idée du personnage Sefwoman et quand ?
Virginie Guedj-Bellaïche En novembre 2011, j’envoie un mail à Alain Granat (directeur de publication de Jewpop, ndlr) pour lui dire : « Ton site est pas mal, mais il n’y a pas des masses de textes ». Il me répond : « Tu n’as qu’à m’en écrire ». Je lui ai envoyé « Les 5 raisons pour lesquelles la Séfarade veut épouser un Ashkénaze ». Publié le 4 décembre 2011, on a frôlé les 3.000 partages sur Facebook en deux jours. « Sefwoman » a réussi son entrée sur le web, la moindre des politesses était de ne pas la tuer dans l’œuf.
Au fond, qui est vraiment Sefwoman ?
Une fille banale finalement. Elle est entre deux âges, entre deux cultures, deux identités. Elle est très juive, mais aussi et surtout très intégrée à la France. Elle essaie de s’en sortir, de « devenir ce qu’elle est », malgré l’omniprésence de sa mère, de ses frères, le poids des traditions, la pression des conventions.
Un tel personnage ne pouvait-il naître que sur Jewpop ?
Assurément, oui. Jewpop est un site unique dans la sphère juive internet. Je ne connais pas beaucoup d’espace aussi libre et impertinent. Aujourd’hui, il est impossible sur un site estampillé proche de la communauté d’émettre des réserves sur le CRIF, Israël ou sur les Juifs.
Au fil du temps, le personnage s’est-il transformé, affiné pour répondre aux demandes des lecteurs ?
Non. Elle s’est étoffée au fil des chroniques, d’abord par nécessité. Je lui ai donné de la chair. Une enfance, des frustrations,
un vécu. J’ai modelé son caractère et son histoire pour la faire vivre semaine après semaine. Le fait qu’elle soit seule, avec un enfant en garde alternée, me permettait de créer un suspense autour de sa vie sentimentale et, du même coup, d’éviter les soucis quotidiens du couple vus et revus. Et puis, j’avais surtout envie de surfer sur l’actualité. La visite de Louis Alliot en Israël, l’attentat contre l’école juive de Toulouse, les élections présidentielles : j’ai tenté de mêler l’actualité à son histoire avec un petit « h », comme on dit.
Quel avenir pour Sefwoman ? Après le livre, pourrait-on imaginer d’autres déclinaisons mettant en scène le personnage ?
Oui, on prépare un film, une web-série, une série d’access et une compil pour les fêtes. Non, je blague. Sérieusement, j’adorerais qu’une comédienne lise les chroniques sur scène.  

Sefwoman, Je suis juive mais je me soigneJungle

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