Après un premier succès en novembre dernier, Kingdom of Fire and Clay revient à l’affiche du Théâtre de la Toison d’Or (TTO) ce mardi 24 mars 2015 à 19h, dans le cadre du programme Fun, Food, Acting (FFACT). L’occasion pour nous de rencontrer Albert Maizel, co-fondateur et président du TTO.
Comment définiriez-vous le concept FFACT ?
Il y a un an, j’ai décidé, avec Joy Jouret, notre attachée de presse, de lancer une programmation en anglais. Bruxelles est une ville cosmopolite avec des murs invisibles qui ne sont jamais franchis. Il y a une importante communauté d’expatriés, liée à l’Union européenne et à l’OTAN, qui vit un peu en vase clos. A cela s’ajoute, parmi la population belge même, un mélange culturel fort. Une magnifique mosaïque où les individus ne se rencontrent pas forcément. Partant de ce constat, nous avons voulu décloisonner tout cela. Ayant été moi-même expatrié, c’est un phénomène que je connais bien. Par ailleurs, Joy et moi avons un gros tropisme pour la culture anglo-saxonne. D’où l’idée d’un concept s’adressant aux expatriés et aux anglophiles. C’est par ce biais très modeste que FFACT est né. Les gens se rencontrent après le spectacle, d’où le Fun, Food and Acting. Et le Peace Buffet, notre petite invention du cru, vaut le déplacement !
Vous mettez, pour la seconde fois, Kingdom of Fire and Clay à l’affiche. Quelles sont les thématiques abordées dans cette pièce ?
La pièce est née de la rencontre de deux storytellers (conteurs), un Néerlandais d’origine iranienne qui s’exprime en néerlandais, anglais et farsi et un jeune Israélien qui vit aux Pays-Bas depuis deux ou trois ans. C’est l’histoire de cette rencontre. Cela débute par un jeu très populaire dans tout le Moyen-Orient : le Backgammon. Ils commencent à jouer et apprennent peu à peu à se connaître, à se dévoiler, et à voir ce qu’ils ont en commun. On aboutit à un magnifique spectacle sur le thème de la rencontre. On pourrait résumer cela par cette formule : « Un ennemi est quelqu’un dont on ne connaît pas encore l’histoire ». Ils vont découvrir leurs histoires respectives. Accompagnés de deux musiciens, ils nous offrent, notamment, un très beau moment en interprétant la même chanson, l’un en hébreu, l’autre en farsi. Certains passages sont très drôles, d’autres plus émouvants. Pour autant, ce n’est pas non plus un spectacle rempli de bons sentiments mielleux.
Un Israélien et un Iranien qui jouent ensemble sur leurs différences et sur leurs points communs, c’est plutôt agréablement atypique. Ont-ils été réunis uniquement pour cette pièce ?
L’idée vient du producteur qui les connaissait séparément et s’est dit « Et si on vous mettait ensemble ? Nous verrons ce qu’il en ressort… ». Ils étaient intéressés parce qu’ils avaient tous les deux un parcours artistique et politique propre. Pour nous, ce fut une belle rencontre, un gros coup de foudre. Nous avons décidé de jouer une première fois la pièce en novembre et de voir comment un public belge non averti allait réagir. Le succès fut au rendez-vous.
Des sujets sensibles sont tout de même abordés ?
Oui, tout est abordé. Ils le font comme deux amis peuvent discuter. Ça peut être frontal parfois, mais comme me disait un ami : « C’est bon pour le karma collectif ». Je pense que c’est poser un acte positif que de venir à ce spectacle-là, vous allez en ressortir un peu plus optimiste, plus léger. C’est ce que le public dit en sortant de la salle. Puis, il y a ce qu’on vient de vivre en janvier… De tout cela résulte une concentration d’émotions négatives, de peurs, de haine, de rejet, de méconnaissance de l’autre. Alors tout d’un coup, venir voir ce spectacle, ça aide, parce qu’on y voit deux jeunes gens voulant aller au-delà de toutes ces faiblesses. Ça fait du bien. Il n’y a pas un message politique militant. Ils ne nous proposent pas des solutions, mais se contentent d’être en paix eux-mêmes. Si l’on ne se côtoie pas, si l’on ne se connaît pas, les solutions politiques ne serviront à rien. C’est avant tout un chemin intérieur. Pour que le monde soit en paix, il faut d’abord l’être en nous-mêmes et ils nous montrent qu’à deux, c’est parfois plus facile.