Un avocat kényan veut faire passer en jugement les Etats d’Israël et d’Italie en tant qu’ayants-droits des Juifs et des Romains qui condamnèrent Jésus après un procès inique. Un dossier plus solide qu’on ne pourrait le croire.
Et dire que certains prétendent que nous vivons une époque sans mémoire, que les gens (entendez : « les jeunes ») ne connaissent plus l’histoire et gnagnagna. Rien n’est plus faux. Songez à ce qui est arrivé au sinistre fils d’Hamadéta l’Agaghite*
Cet Aman, comme il s’appelait, tenta de nous faire des misères, à nous, les Juifs, voici quelques 2.500 années. En plus, il rata son coup. N’empêche que depuis, nos enfants lui font sa fête tous les ans. Et il n’y a pas que nous.
Voyez nos voisins et néanmoins amis français : eux, ils adorent s’emplafonner pour l’anniversaire de la moindre date historique. Comme l’improbable psychodrame qu’ils ont fait pour les 1500 ans du baptême de Clovis (Noël 496).
La France se coupa en deux, pire que lors d’un match du Paris-St- Germain contre l’Olympique de Marseille. C’est un anniversaire majeur, tonnait la droite catholique car ce baptême est celui de la France elle-même !
Même pas dans tes rêves, ripostait la gauche laïque, la France, elle est née bien plus tôt, précisément le 10 juin de l’an – 52 quand le très païen Vercingétorix prit la tête des tribus gauloises à Bibracte ! Et toc !
Ou alors, ils refont les procès célèbres, au grand soulagement des accusés d’ailleurs. Comme celui de cette pauvre reine Marie Antoinette (1755-1793) : Robert Hossein la fit à nouveau juger en 2010. Durant des mois, le public lui sauva la tête tous les soirs….
En dépit de tous ces exemples, on a quand même été quelque peu ébaubi par la requête déposée voici peu par Dola Indidis, un avocat kényan, auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye.
Car celui-ci entend poursuivre en justice ceux qui, après un procès scandaleusement truqué, ont assassiné Jésus! A savoir, côté romain, le procureur Ponce Pilate et l’empereur Tibère. Et côté juif, le grand-prêtre Caïphe et les membres du Sanhédrin**.
Il n’a cependant pas échappé à la sagacité de Me Indidis que, faute d’être encore en vie, tous ces gens ne seraient pas faciles à traîner, le cas échéant, devant une Cour. Il a donc élargi l’accusation à des entités qui sont, en quelque sorte, leurs ayants-droits :
Les Etats d’Italie et d’Israël qui, lors de leur fondation, ont adopté des codes juridiques inspirés de celui de l’empire romain. A 1ère vue, on aurait tendance à ricaner devant cette nouvelle variante du pot de terre contre deux pots de fer. On aurait tort.
« Un procès discriminant et malveillant »
Le dossier de Me Indidis est des plus solides. Le procès a été du début à la fin un véritable scandale. Le citoyen Jésus a été dénoncé par un indicateur rétribué par les juges. L’interrogatoire a été mené uniquement à charge.
Ses droits humains les plus élémentaires ont été bafoués : « Certains de ceux qui étaient présents lui crachèrent au visage, l’ont frappé à coups de poing, giflé, se moquaient de lui, et déclaraient qu’il devait mourir ».
Qui plus est, l’accusation ne put fournir aucune preuve de culpabilité digne de ce nom. Et si le procurateur Pilate, qui en était parfaitement conscient, le condamna néanmoins, ce fut uniquement par crainte des émeutes qui auraient pu suivre un acquittement.
Bref, ce fut un procès inique, « discriminant et malveillant » comme l’affirme l’avocat qui explique aussi ne pas agir par vengeance mais simplement afin de « faire respecter la dignité de Jésus et (…) rétablir l’intégrité de l’homme de Nazareth ».
L’affaire devrait être d’autant plus simple à gagner pour l’avocat qu’il dispose de dépositions incontestables, si anciennes soient-elles : « Les preuves sont inscrites dans la Bible, et vous ne pouvez pas discréditer la Bible».
Oui mais, maugréeront néanmoins d’aucuns, il y a tout de même ce fichu problème du temps écoulé, près de 2.000 ans, tout de même. Sauf que pas du tout : aucun code pénal ne prévoit de prescription pour le déicide….
Néanmoins, la vérité oblige à dire que, si sympathique que puisse paraître Me Dola Indidis à certains, il a peu de chance de voir sa plainte aboutir. Il l’avait déjà déposée devant la Cour suprême du Kenya en aout 2007 et celle-ci avait refusé d’instruire l’affaire.
La Cour de Justice de La Haie sera-t-elle plus compréhensive ? On peut en douter. Un de ses porte-paroles a d’ores et déjà expliqué : « Même si elle le voulait, la Cour ne pourrait prendre en considération ce cas.
Elle n’a tout simplement pas juridiction pour instruire une telle affaire : elle n’est là que pour arbitrer des litiges entre Etats ». Quelque part, on peut trouver cela dommage. Quel procès cela aurait fait, surtout devant un tribunal américain !
On voit d’ici la scène : l’accusation énumèrerait les accablants et incontournables témoignages du Nouveau Testament puis l’avocat de la défense (un ancien ivrogne repenti) lancerait avec son accent traînant du Sud : « Vous parlez de viol de droits humains ?
Mais d’après vous, le dénommé Jésus est un Dieu, il n’est donc pas un humain et n’en a pas les droits. Ils n’ont donc pas pu être violés ». Sauf que Me Indidis ferait témoigner le Pape qui expliquerait comment Jésus s’est fait homme… Et puis le coup de théâtre final :
« Mesdames et Messieurs les Jurés, l’accusation n’a pas fourni la moindre preuve du décès de Jésus. On n’a pas retrouvé le corps, des témoins l’ont vu trois jours plus tard et certains espèrent encore son retour. Alors comment peut-on reprocher sa mort à mon client ? » Et Robert Hossein laisserait passer un sujet pareil ?
*Esther chap. 3, vers. 10-11
**Sanhedrin : tribunal suprême juif.
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