Le Président de la N-VA crée à nouveau la polémique en épinglant cette fois-ci la communauté « berbère » d’Anvers à laquelle il reproche son attitude négative en matière d’intégration. « Berbère », voici le nouveau lapin que nous sort Bart De Wever de son chapeau pour désigner une fois de plus les Marocains.
« Je ne suis pas raciste, mais… ». La précaution oratoire la plus connue des démagogues s’apprêtant à vous assener un propos bien raciste. Il y aura malheureusement toujours un juriste bien avisé pour rappeler que les propos de Bart De Wever sur les immigrés d’origine marocaine ne relèvent pas du racisme tel que l’a défini la loi.
Certes. C’est aussi un vieux refrain qu’on entend trop souvent. Il suffit de remplacer « Berbères » par n’importe quel groupe pour comprendre qu’on se situe face à une stigmatisation haineuse d’une population complètement essentialisée.
Pour rappel, voici ce qu’a déclaré entre autres Bart De Wever sur les plateaux de la VRT ce lundi 23 mars 2015 : « Ce que je veux dire c’est que, quand, pendant des années, les pouvoirs publics ne gèrent pas correctement l’intégration, cela peut provoquer comme réponse, chez les citoyens, du racisme. Cela crée une culture de la méfiance. Cela peut se traduire par une attitude très négative à l’égard de certains migrants, en particulier d’origine marocaine, notamment les Berbères, à Anvers. Ce que je veux dire, c’est que le racisme est le résultat, la conséquence, pas la cause de nos problèmes. Ceux qui pensent qu’en luttant contre le racisme on va tout résoudre se trompent ».
Après allochtone et musulman, berbère pourrait devenir le nouveau terme en vogue à Anvers dans les milieux nationalistes flamands. Est-ce un vieux tropisme d’historien qui pousse Bart De Wever à recourir à ce terme. De cette manière, il peut à nouveau montrer qu’il est très cultivé et qu’il rehausse à sa manière le niveau du débat. Rappelez-vous, quand il passait son temps à répéter devant les caméras des citations latines.
Ses propos sont inacceptables et il est temps qu’il présente ses excuses au lieu d’apporter des justifications à ses déclarations qui ne font que confirmer la stigmatisation de la communauté marocaine d’Anvers.
Et si Bart De Wever continue de parler des Berbères, il se peut qu’un jour les Juifs lui tombent aussi dessus et exigent de sa part des excuses. Car il ignore sûrement qu’avant les invasions arabes et musulmanes du 7e siècle en Afrique du Nord, il y avait des tribus berbères juives ! Et une de ces tribus, les Djerawa, s’est particulièrement distinguée grâce à une femme ayant pris la tête de la lutte berbère contre l’envahisseur omeyyade.
Cette femme, Dihya, est plus connue sous le nom de Kahina. Fille unique, elle a été nommée à la tête de sa tribu après la mort de son père. Dihya rassemble ensuite de nombreuses tribus de l’Afrique du Nord orientale (Algérie et Tunisie actuelles) pour déclencher la guerre contre les Omeyyades.
Elle défait par deux fois les armées omeyyades et règne sur toute l’Afrique du Nord pendant cinq ans. Vaincue en 693 dans la dernière bataille contre les Omeyyades, elle est faite prisonnière, puis décapitée au lieu-dit Bir El Kahina.
Bart De Wever joue un jeu dangereux. Une fois que la machine de la stigmatisation est lancée, il est difficile de l’arrêter. Le bourgmestre de la Métropole, première ville de Flandre, se doit de traiter et de parler de tous ses administrés en termes respectueux. Il en va de l’égalité de traitement des citoyens. Et ce n’est pas avec des préjugés dignes du café du commerce qu’il garantira la paix sociale et le vivre ensemble.
Une dernière chose. Dans son reportage (édition du mercredi 25 mars 2015) à Borgerhout (district d’Anvers), Frédéric Delepierre, le journaliste du Soir, a recueilli la réaction de quelques Anversois d’origine marocaine dans un salon de thé. Les propos d’Abdel, son interlocuteur, sont rudes, choquants, voire antisémites : « Avec les propos qu’il a tenus, j’ai encore plus l’impression que De Wever tient à protéger les Juifs ». Et son voisin de table d’ajouter : « De Wever est juif pour ce qui est de l’économie… » ! Aucune mise en perspective ni le moindre commentaire n’apparaît dans l’article. En revanche, le titre choc est au rendez-vous : « De Wever protège les Juifs » !
Loin de permettre au lecteur de mieux cerner la problématique, ce journaliste ne fait que reproduire tels quels des propos haineux sans les expliciter. Ce qui laisse entendre deux choses : il n’y en a que pour les Juifs, puissants chouchous du pouvoir communal. Et les Marocains sont tous des antisémites obsédés par les Juifs, leur argent et leur pouvoir. Une manière plutôt singulière et douteuse de dénoncer les préjugés racistes de Bart De Wever.
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