Membre du parti communiste judéo-arabe Hadash, cette activiste de Nazareth fait partie des 13 députés de la Liste arabe unie qui siègeront au sein de la 20e Knesset. Avec un agenda féministe.
La scène se passe à la veille du scrutin législatif du 17 mars dans un meeting organisé à Tel-Aviv. « Comment gérez-vous le fait que vous battiez campagne aux côtés d’une émanation du mouvement islamique qui prône la Charia ? », demande d’entrée de jeu la journaliste Dana Weiss, à Aida Touma Suleiman, numéro 5 de la Liste arabe unie et membre du parti communiste judéo-arabe Hadash. Face à un auditoire « usé » par près de trois heures de débat, cette activiste âgée de 51 ans surprend par son charisme et la qualité de ses arguments : « En matière de féminisme, je n’ai de leçons à recevoir de personne », avance-t-elle posément.
Depuis, cette Arabe chrétienne originaire de Nazareth savoure sa victoire. Aida Touma Suleiman fait en effet partie des 13 députés de la liste arabe unie à avoir gagné leur ticket d’entrée dans la 20e Knesset. Cette battante aux cheveux poivre et sel a beau être moins médiatique que la députée arabe Hanin Zoabi, leader du parti Balad, elle n’en demeure pas moins l’une des personnalités politiques les plus attachantes du moment.
Son engagement ne date pas d’hier. Non seulement cette diplômée de psychologie et de littérature arabe de l’Université de Haïfa a dirigé le Mouvement des femmes démocratiques (MFD) à Saint Jean d’Acre. Mais Aida Touma Suleiman est devenue en 1992 la directrice de l’association Nisadid al Unf (« Femmes contre la violence ») de Nazareth. Tout en devenant la première femme à siéger au Haut Comité arabe de monitoring. Elue dans les instances dirigeantes du parti communiste, à l’instar d’une autre féministe nazaréenne très connue sur le plan national, Nabila Espanioly, elle se trouve donc aux premières loges pour livrer bataille contre la violence envers les femmes.
Un statut problématique
Mariée à un ingénieur autodidacte, cette mère de deux enfants est notamment montée au créneau suite à la multiplication des assassinats de femmes dans le secteur arabe, et plus particulièrement dans les villes bédouines. « 40% des femmes victimes de meurtre en Israël sont issues de la communauté arabe », rappelle l’activiste, alors que les Arabes israéliens ne représentent que 20% de la population nationale.
A l’en croire, ce phénomène résulte du statut problématique de la femme au sein de la communauté (qui s’illustre au travers des « crimes d’honneur », ndlr). Mais aussi de la situation socio-économique, puisque 50% des familles arabes israéliennes vivent sous le seuil de la pauvreté. Reste à savoir si la cause d’Aida Touma Suleiman pourrait être relayée par la liste unie arabe, dirigée par Ayman Odeh, le chef de file de Hadash (lire l’encadré).
Menacés à l’instar d’autres formations par la nouvelle règlementation augmentant le seul d’éligibilité (à 3,25 au lieu de 2% des bulletins de vote), les différents partis arabes -Liste arabe unie-Ta’al, Hadash, et Balad- ont pris la décision historique de battre liste commune lors des dernières législatives. Ce qui leur a permis de rafler deux sièges de plus que lors de la précédente consultation. Et d’accroître de 10% le taux de participation de la population arabe israélienne généralement peu encline à se rendre aux urnes. De là à imposer un nouvel agenda, voire à pousser un combat féministe, dans le domaine de la lutte contre la polygamie, il y a un pas.
Créée en 1977, Hadash, acronyme de « Front démocratique pour la paix et l’égalité », n’en finit pas de se réinventer. Dernier coup d’éclat du parti communiste judéo-arabe : le ralliement d’une personnalité haute en couleur, Avraham (dit « Avrum ») Burg, ex-député travailliste et l’une des figures les plus provocatrices du pays. Fils de Yosef Burg, l’inamovible ministre de l’Intérieur (parti national-religieux Mafdal, ancêtre du parti sioniste-religieux Foyer juif de Naftali Bennett), Avraham Burg a violemment attaqué les partis de gauche, à savoir la formation travailliste et Meretz, les qualifiant de « nationalistes, excluant les Arabes ». Reste que le vrai phénomène de Hadash se nomme Ayman Odeh, le leader du parti, qui a fédéré les formations arabes d’Israël. Fort du résultat sans précédent du 17 mars, cet avocat de Haïfa a transformé la Liste arabe unie en 3e force politique du pays. Il aura désormais pour mission de veiller à ce que cet attelage hétéroclite qui va siéger comme à son habitude dans l’opposition ne soit pas menacé d’implosion.