A l’approche de la commémoration du « Yom haShoah » qui commencera ce mercredi 15 avril à la tombée de la nuit, Israël publie des statistiques préoccupantes, tant sur la détresse économique des rescapés de la Shoah, que sur la fragilité de la transmission de la mémoire du génocide juif.
Pour l’heure, Israël compte 190.000 survivants de la Shoah (des femmes aux deux tiers), sur un total de l’ordre de 500.000 sur le plan mondial. Dans l’Etat hébreu, le nombre de survivants devrait passer à 70 000 témoins directs à l’horizon 2025, selon la Fondation pour le bien-être des rescapés de l’Holocauste en Israël. En moyenne, 14.200 survivants disparaissent chaque année.
Une nouvelle loi passée voilà tout juste un an à l’initiative du ministre des Finances, Yair Lapid (leader du parti centriste laïc Yesh Atid et lui-même fils de rescapé), était censée améliorer leur qualité de vie. Mais les effets de ce bol d’oxygène semblent limités, puisque selon ladite Fondation, un survivant sur quatre vit aujourd’hui en dessous du seuil de la pauvreté. Pas moins de 45.000 survivants ont un revenu moyen de moins de 3.000 shekels par mois (760 dollars), ce qui les place en dessous du seuil de pauvreté. A noter que cette situation de détresse économique concernait 50.000 personnes l’an passé.
Jusqu’à une date récente, seuls les survivants ayant immigré en Israël avant 1953 pouvaient recevoir de façon automatique une allocation mensuelle. Une situation qui a changé en 2014 à l’issue de l’entrée vigueur de la loi Lapid. Ce plan étalé sur cinq ans a accordé une rallonge d’1 milliard de shekels (environ 240 millions d’euros) aux victimes de l’Holocauste, prévu une meilleure couverture médicale et prise en charge psychologique, y compris aux immigrants arrivés après 1953, à la condition qu’ils aient été déportés en camps de concentration ou placés en ghettos.
Malgré tout, quelque 20.000 personnes ayant immigré après 1953 ne sont pas reconnues comme « rescapés » et ne restent que très partiellement subventionnées. Qu’il s’agisse de milliers de Juifs roumains qui n’ont pas connu les camps, mais les travaux forcés ou de milliers de Juifs séfarades persécutés en Afrique du Nord. Ces survivants non reconnus sont en droit de demander une pension annuelle de 3.600 shekels : un montant largement inférieur à celui de l’allocation mensuelle de 2.200 shekels minimum dont bénéficient les autres rescapés.
Les limites de la transmission
Autre sujet pointé du doigt par les dernières statistiques : les limites des méthodes de transmission de la Shoah. Selon un sondage initié par le Centre des organisations en charge des survivants de l’Holocauste et l’Institut de Géo cartographie, 80% du public israélien redoute que d’ici quelques années, le souvenir de Shoah soit associé à un « vague évènement historique », un évènement parmi d’autres dans l’histoire des souffrances du peuple juif.
Réagissant cette semaine à la publication de ce sondage réalisé auprès d’un échantillon de 500 Israéliens, le président de Yad Vashem, Avner Shalev, a indiqué que le Mémorial s’efforçait de mettre en œuvre de nouvelles façons de commémorer la Shoah, « un devoir de mémoire vital non seulement pour le peuple juif, mais pour le reste du monde ». Tandis que la directrice du Centre des organisations en charge des survivants de l’Holocauste, Colette Avital, ex-députée travailliste, déclarait que ces chiffres devraient donner lieu à « une remise en question de l’enseignement de la Shoah auprès des futures générations ».
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