A force de brutalité langagière, d’incohérence et d’arrogance, la diplomatie israélienne sous la férule d’A. Lieberman et de B. Netanyahou a perdu quasi tout impact tant auprès de l’Union européenne que des Etats-Unis.
Ainsi, l’Etat juif n’a pas eu gain de cause dans « l’accord- cadre » conclu entre les 5 +1 * et l’Iran sur le nucléaire. C’était sans doute inévitable tant d’autres intérêts, politiques, stratégiques, économiques étaient en jeu.
Mais il y a pire pour le gouvernement israélien que de ne pas avoir été entendu : il n’a même pas été écouté. La diplomatie israélienne est devenue quasi inaudible. Un processus qui a débuté en 2009 avec l’arrivée d’Avigdor Lieberman aux Affaires Etrangères.
Grossier, brutal, brouillon, il a fini par lasser la patience des Européens (B. Netanyahou se réservant les Etats-Unis) au point de ne plus être le bienvenu dans nombre de capitales. Le 1er Ministre a donc dû monter en 1ère ligne.
A son tour, son langage comme son attitude se sont durcis à mesure que les critiques de l’UE contre la colonisation se faisaient plus vives. Ainsi, début 2014, fustigeait-il « l’hypocrisie » des pays membres de l’Union européenne.
De même en décembre, quand un tribunal de l’UE retirait le Hamas de la liste des organisations terroristes. Immédiatement, le 1er Ministre accusait les Européens de « n’avoir rien appris de la Shoah »
On pourrait multiplier les exemples en notant que B. Netanyahou n’avait pas toujours tort. Mais si le fond de ses remarques était parfois défendable, sa façon de les exprimer, brutale et arrogante, ne pouvait que braquer ses interlocuteurs, si bien disposés qu’ils aient pu être.
A quoi s’est ajouté un cynisme qui l’amène à la limite du mensonge : le 16 mars, dernier jour de la campagne électorale, il jure : « il n’y aura pas d’Etat palestinien tant que je serai 1er Ministre ». Pour dire l’exact contraire le 20 mars, une fois assuré de la victoire….
Tout cela laisse des traces. Y compris à propos de l’accord-cadre sur le nucléaire iranien. Déjà, la position de B. Netanyahou était affaiblie par le fait que depuis 2009, il avait annoncé quasi chaque année que l’Iran aurait la bombe dans les six mois suivants.
Pour être à chaque fois démenti par ses propres services de renseignement…. et la réalité. N’empêche, les pays occidentaux participant aux négociations avec l’Iran étaient au moins aussi méfiants que lui sur les intentions réelles de la République islamique.
Le 1er ministre israélien aurait donc pu jouer un rôle, même secondaire, pour sensibiliser les négociateurs aux craintes de son pays. Sauf qu’il s’était mis à dos les Européens et que, depuis un bon moment, il était en conflit ouvert avec l’administration Obama.
Et ce 3 mars, quand il a snobé le président américain en s’adressant sans son aval à un Congrès en majorité républicain, il s’est définitivement coupé des négociateurs, ce qui lui a ôté toute capacité d’influencer les pourparlers.
Après quoi, une fois l’accord-cadre signé et devant être finalisé le 30 juin de cette année, B. Netanyahou, dans sa sagesse, a soudain exigé « que tout accord final avec l’Iran inclue une reconnaissance iranienne claire et sans ambiguïté du droit à l’existence d’Israël »
Un préalable qui n’est là que pour être refusé
Une phrase étonnante –et inquiétante- à bien des égards : d’abord, à quel titre Israël serait-il en position d’exiger quoi que ce soit des six premières puissances mondiales ? Ses interlocuteurs n’ont pas manqué, chacun à leur façon, de le lui faire sentir.
La Chine s’est contentée de déclarer que « l’accord renforcerait les liens de Pékin avec Washington ». La Russie, elle, a levé son embargo sur la livraison de batteries antiaériennes S-300 à l’Iran. Sauf erreur, la France et la Grande- Bretagne n’ont rien répondu.
La plus aimable a été l’Allemagne dont le ministre des Affaires étrangères a gentiment suggéré au gouvernement israélien « d’examiner l’accord de plus près ». Restait Barack Obama qui s’est contenté de répondre :
« Si le Premier ministre Netanyahou cherche effectivement la façon la plus efficace de s’assurer que l’Iran n’obtienne pas une arme nucléaire, (cet accord) est la meilleure option ». Il a aussi expliqué que l’accord portait uniquement sur le nucléaire.
La reconnaissance du droit d’Israël à exister n’était donc pas à l’ordre du jour. Autre curiosité : alors que B Netanyahou clame depuis des décennies –peut-être à raison- que les Iraniens sont des menteurs sans parole, quelle valeur aurait cette hypothétique reconnaissance ?
En réalité, cette exigence ressemble fort aux « préalables » qu’il a posé dans ses négociations avec les Palestiniens ** et qui ne sont là que pour empêcher toute possibilité de succès. Un truc éventé lui aussi depuis belle lurette.
En fait, si les négociations techniques n’échouent pas, le 1er ministre compte surtout sur les Républicains pour bloquer l’accord final. Certes, ceux-ci semblent prêts à tout pour l’empêcher. A tout, sauf à perdre les élections présidentielles et législatives de 2016.
Or, tant l’opinion américaine qu’internationale et -il ne faut pas l’oublier- iranienne, ne veulent saisir cette opportunité potentielle de mettre fin à plus de trois décennies d’affrontement. D’autant que les opposants à l’accord ont un problème majeur :
A part une guerre aux risques incalculables, ils n’ont rien à proposer pour mettre fin aux capacités nucléaires de l’Iran…. Sans être assurés d’ailleurs d’y gagner davantage que quelques années de répit… ce que l’accord offre aussi.
De même pour Israël, comme l’a fait remarquer B. Obama : « J’ai demandé à plusieurs reprises : quelle est l’alternative que vous proposez et qui, selon vous, rend moins probable l’acquisition par l’Iran de l’arme nucléaire ? Je n’ai toujours pas de réponse sur ce sujet »
*Les pays du groupe 5+1 sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine plus l’Allemagne. La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, y participe également.
** « Tout est négociable », clamait alors B Netanyahou mais Jérusalem ne sera pas divisée, Israël gardera la vallée du Jourdain et les grands blocs de colonies. Et les Palestiniens doivent reconnaître qu’Israël est un Etat juif.
Depuis, il a ajouté la rupture de l’Autorité palestinienne avec le Hamas et la fin de la menace islamiste
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