« N » comme Noah

Les lois de Noah (ou lois noahiques) constituent un ensemble de sept impératifs moraux qui auraient été données par Dieu à Noah après l’épisode biblique du Déluge comme marque d’une alliance éternelle avec toute l’Humanité. Alors que les Juifs sont soumis aux 613 commandements, l’ensemble de l’Humanité a reçu sept lois.

Ces lois noahiques n’ont aucun lien avec une vision humaniste de la société telle que les grandes déclarations des droits de l’homme l’envisagent. « La similitude réside seulement dans l’ébauche de réflexion sur la possibilité pour une société plurielle de vivre ensemble », nuance le rabbin David Meyer. « Une société juive n’a pas besoin de ces lois pour assurer sa cohésion sociale. En revanche, si les Juifs décident de vivre avec des non-Juifs, ils doivent s’assurer qu’il y ait un minimum commun. Les lois noahiques reconnaissent la validité d’une société marquée par la diversité, et cela oblige les Juifs à nourrir une réflexion sur un dénominateur commun pour une vie en société. C’est ce que j’appelle le minimum commun ».

Prenons ainsi l’exemple de la première loi noahique : l’établissement de tribunaux. Cette disposition sème déjà le trouble, car on serait tenté d’imaginer l’affirmation de la justice avant la mise en place de tribunaux. La justice est en réalité un absolu. Les tribunaux sont humains. Des erreurs y sont commises et l’on peut dans certaines conditions remettre en cause les décisions rendues par les juges. « Je renvoie cette opposition entre justice et tribunaux à celle existant entre la Théorie de la justice de John Rawls comme fondation de toute vie humaine et La Société décente d’Avishaï Margalit pour qui l’absence d’humiliation collective est une exigence primordiale avant toute recherche d’une société juste », explique le rabbin David Meyer. La question n’est pas, selon Margalit, de vivre avec un absolu de justice, mais précisément de le rejeter en recherchant la décence humaine grâce aux tribunaux. « En s’appuyant ne serait-ce que sur cette première loi noahique, une réflexion religieuse se propose de rejeter l’absolu pour pouvoir vivre ensemble et assurer une vie décente à chacun. Cela permet ainsi de rejeter les fondamentalismes religieux qui placent leurs absolus et leurs dogmes au-dessus d’une loi commune pour tous », relève le rabbin David Meyer.

Le noahisme n’est pas l’expression de l’universel dans le judaïsme, mais plutôt la prétention à l’universel. Contrairement aux Dix commandements, les sept lois de Noah n’apparaissent pas dans la Torah, mais sont reprises uniquement dans le Talmud. « Il s’agit donc d’une prétention rabbinique à imaginer qu’il puisse y avoir dans le judaïsme quelque chose qui touche à l’universel », observe David Meyer. « C’est très beau, car cela signifie que le judaïsme ne se satisfait pas d’une tradition judéo-centrée, mais cela peut poser un problème quand on finit par croire que c’est universel. Or, il ne faut jamais oublier qu’il ne s’agit que d’une prétention ».  

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