On a piraté la correspondance de Dieu !

N’y a-t-il vraiment rien de sacré pour ces gens là ? Non contents d’infiltrer le Pentagone ou de publier des photos de stars dans leur bain, voici qu’ils mettent en ligne le courrier de Dieu Soi-même ! Cette idée aussi de Lui envoyer des messages non cryptés…

Comme deux fois l’an*, un étrange rituel s’est  déroulé ce 3 avril : le Grand Rabbin du Mur des Lamentations**  Shmuel Rabinowitz et ses employés, armés de petits bâtons de bois, se sont échinés à ôter les petits papiers coincés dans ses interstices.

C’est qu’il s’agissait de  la veille de Pessah, jour où les Juifs pieux ont l’obligation de procéder à un ménage soigné. De même au Mur : il faut le nettoyer à fond, ne serait-ce que pour  que  d’autres aient de la place pour y glisser leurs demandes.

On ne parle pas ici de quelques centaines ou quelques milliers de feuillets : le lieu le plus saint du judaïsme religieux reçoit chaque année  8 millions de visiteurs. Et rares sont ceux qui ne laissent pas un petit mot à l’attention du Seigneur.

Normal : selon la tradition, depuis que le Temple a été détruit en 70 de notre ère,  c’est là que sa « Présence » (Shekina ») est la plus forte. Dit autrement, c’est la voie la plus courte, sinon la plus rapide, pour entrer en contact avec Lui.

A l’exception, bien sûr, des politiciens ou des dirigeants religieux avec qui Il converse directement. Mais bon, cette prérogative est assez rare et réservée à une élite de privilégiés. Ce qui amène à se demander si Dieu est vraiment de gauche.

Débat certes important mais qui n’entre regrettablement pas dans le cadre de cet article. Quoi qu’il en soit, pour le tout-venant reste donc le Mur qui est victime à la fois de son succès et de la modernité.

C’est que ne s’y pressent pas seulement les Juifs pieux ni même les seuls Juifs. Les chrétiens, et d’abord les catholiques n’hésitent plus à venir y glisser l’une ou l’autre demande. Surtout depuis qu’en 2000,  le pape Jean-Paul II y a laissé un message pour Vous Savez Qui.

Après tout, les cathos ont l’habitude des intermédiaires : pour mieux se faire entendre, ils passent par les saints ou par Marie, mère de Jésus. Pourquoi le père n’aurait-il pas, lui aussi l’oreille de son fils ?

Et s’il n’y avait que ceux qui sont sur place !  Mais on peut aussi écrire. Dans n’importe quelle langue et à n’importe quelle adresse : « Dieu, Jérusalem »,  « Jérusalem ville sacrée de Dieu » ou  « Sa Révérence, le Grand Prêtre, le Sacré Temple de Dieu ».

Cela finit toujours par arriver et les employés du Grand Rabbin du Mur se chargent de les insérer dans le Kotel (« Mur » en hébreu). En plus, depuis quelques années, on peut aussi envoyer sa demande par mail***, par SMS voire par Twitter. 

Tout cela pour dire que nettoyer le Mur est loin d’être une plaisanterie. D’autant qu’il faut y aller avec du bois et avec précaution. « C’est que, explique le Grand Rabbin : « Le fer est un matériau qui tue, qui détruit. C’est ce qui se faisait à l’époque du Temple et c’est ce que nous faisons aujourd’hui ».   Mais aussi pour éviter que les pierres s’effritent.

Ce qui commence hélas à être le cas Quoique : toujours selon Sh. Rabinowitz, « Les pierres d’origine sont dans un bon état général. Le problème concerne les pierres ajoutées à l’époque du mandat britannique, entre 1917 et 1948 ». Comme quoi ce n’est pas d’hier qu’on ne construit plus comme avant…

« Le public a le droit de savoir »

Mais que devienne ces petits mots une fois par terre ?  « Nous les recueillons respectueusement et nous les enterrons dans le cimetière du Mont des Oliviers » explique encore le Grand Rabbin du Mur.

Mais attention, sans les lire ! « Ce serait un blasphème et une atteinte à ce Mur sacré ». Shmuel Rabinowitz est d’autant plus catégorique que, depuis quelques années, le respect des traditions se perd à la vitesse grand V.

Un premier grand scandale a eu lieu en juillet 2008 : un étudiant d’une yeshiva (école religieuse) a volé le message glissé dans le Mur par… Barack Obama, alors simple candidat à la Présidence. Pire, il l’a vendu au quotidien Maariv qui l’a publié en Une. 

Un autre s’est déroulé en aout 2011 quand un jeune Israélien venu prier au Mur a remarqué un bout de papier « étrange ».  C’était en fait un chèque de 100.000 dollars (environ 70.000 euros) à l’ordre de « Sa Sainteté le Mur des Lamentations »

Le jeune homme a immédiatement compris qu’il s’agissait d’une réponse divine à ses problèmes financiers et a donc décidé de l’encaisser. De son côté, le Grand Rabbin a estimé scandaleux de lire un message même de forme « étrange ».

Il y a eu un procès puis un accord à l’amiable dont on n’a regrettablement pas les détails. Mais le pire s’est produit fin 2014, l’an passé : un certain Amos a ouvert une page Facebook : « Notes récupérées dans le Kotel » avec la reproduction d’une quinzaine de petits papiers.

« Le public a le droit de savoir » expliquait cet Amos en se présentant quasiment comme un « lanceur d’alertes » dévoilant les sombres secrets du Mur des Lamentations…  Il faut dire que ces notes n’étaient pas piquées des vers.

Sur l’une, un homme demandait pardon pour avoir entretenu des relations homosexuelles avec des enfants. Dans une autre, un adolescent priait Dieu de le rendre dyslexique afin d’obtenir une ordonnance pour un médicament qui lui permettrait de se défoncer 

Un troisième suppliait l’Éternel de mettre fin à la guerre à Gaza (l’opération « Bordure protectrice ») « pour que je puisse partir en voyage à Eilat avec mes amis ». Si 7.000 internautes ont « liké » la page, le rabbin Rabinowitz a, à nouveau , porté plainte.

Pour « profanation de lieu saint » et « atteinte aux sentiments des auteurs de ces notes », cette fois.  Du coup, « Amos » s’est dégonflé. Il a révélé qu’en fait, il était quatre qui avaient rédigés eux-mêmes les textes incriminés.

« Toutes les notes sont fausses, ont-ils expliqué. Certaines personnes n’ont pas compris que c’était du deuxième degré et cela les a énervés. C’est de l’humour local… des blagues difficiles à expliquer et à comprendre si l’on n’est pas Israélien ».

Ouf, il n’y a donc pas eu de sacrilège. Ce qui vaut mieux pour le Grand Rabbin qui aurait, à coup sûr, perdu son procès. Comme Jacob en son temps, il aurait lutté contre l’Éternel en personne. Car si Dieu a permis à l’homme de créer Internet, c’est que cela entrait dans Ses plans…

*Une fois à la veille de Pâque et une autre à Rosh Hashana, le  Nouvel an juif. **Officiellement, il dirige la «Fondation pour l’Héritage du Mur Occidental» composée uniquement de Juifs orthodoxes qui gère tout ce qui concerne le Mur

*** En cas de besoin : http://www.murdeslamentations.com/    (Et c’est gratuit. Dieu est grand) 

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