Le CNAPD et la Ligue belge des droits de l’Homme viennent de lancer une campagne et une plainte contre la présence des militaires dans les rues. Une initiative irresponsable qui suscite l’incompréhension au sein de la communauté juive de Belgique qui ne formule en aucun cas de revendications de ce type.
Selon le CNAPD et la Ligue des droits de l’Homme, « la présence des militaires est inquiétante et critiquable à différents points de vue : elle instaure un climat de peur permanent, une atmosphère sociale délétère et elle accroît le sentiment subjectif d’insécurité ; les militaires ne sont pas habilités à garantir l’ordre public. Ce n’est d’ailleurs pas leur objectif ».
Pour renforcer leur argumentation, ces deux associations sortent la grosse artillerie mélodramatique en nous expliquant que cette présence ciblée et limitée à des endroits et des bâtiments bien précis constitue une menace pour notre démocratie : « Cette normalisation de la présence de l’armée dans les rues fait légitimement craindre qu’il soit fait appel à l’armée durant des moments de tension sociale ou politique, pour contrer les mouvements sociaux ».
Il est vrai qu’en mars dernier, l’OCAM (organe de coordination pour l’analyse de la menace) a décidé de ramener le niveau de menace terroriste de 3 (grave) à 2 (moyen). Or, la Ligue des droits de l’Homme et le CNAPD omettent de souligner que toutes les institutions et bâtiments de la communauté juive sont toujours placés au niveau de menace 3+.
Ce niveau n’existe qu’officieusement dans la mesure où il n’existe pas officiellement de niveau intermédiaire entre les niveaux 3 et 4. Ce niveau 3+ sui generis à la communauté juive suppose une vigilance accrue face à une menace terroriste grave (niveau 3). Et la présence de militaires devant les bâtiments des institutions juives remplit cette fonction de protection.
Nous croisons et nous fréquentons même quotidiennement ces soldats qui n’ont effectivement pas de pouvoir de police, et ils en sont pleinement conscients. Leur présence n’a jamais eu pour effet de restreindre nos droits constitutionnels et nos libertés. Il est vrai dans un monde idéal, ces soldats ont d’autres tâches à accomplir. Nous ne vivons pas dans un monde idéal et nous, Juifs de Belgique, sommes la cible de terroristes dangereux. Les événements tragiques du Musée juif de Belgique et de Paris illustrent hélas cette triste réalité.
C’est la raison pour laquelle nous ne comprenons pas cette plainte irresponsable de ces deux associations. Au lieu de se gargariser de formules creuses sur une improbable tentation autoritaire, le CNAPD et la Ligue des droits de l’homme auraient dû avoir la clairvoyance de solliciter le point de vue des principaux intéressés et bénéficiaires de cette protection militaire.
Nous aurions préféré nous passer des militaires et même des forces de police. Cette situation anormale ne nous enchante guère, mais elle nous protège et nous permet de poursuivre nos activités et notre vie communautaire. C’est aussi simple que cela.
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