The Farewell Party

Il fallait oser aborder l’euthanasie sous l’angle de la comédie. Habillant le grave de touches d’humour, les jeunes réalisateurs israéliens Tal Granit et Sharon Maymon livrent un souriant plaidoyer sur le droit de mourir dans la dignité… et sur l’amitié.

Pensionnaire d’une belle maison de retraite à Jérusalem, Yehezkel, inventeur septuagénaire en pleine ébullition, téléphone à Zelda, nonagénaire. D’une voix amplifiée d’échos, il l’encourage à se battre contre la maladie, pour la vie. Il est la voix de Dieu. Il affirme avoir les dossiers sous les yeux et ne pas voir de place pour elle en Haut. Par contre, lorsqu’elle montera, c’est au paradis qu’elle sera attendue. Sa femme, Levana, le rejoint et sourit à son canular. Il gaffe, simule un grésillement sur la ligne et raccroche. Impassible, Zelda compose son numéro, tombe sur Levana et demande à parler à Dieu. Il est aux toilettes, lui répond affectueusement l’épouse.

Trêve de plaisanterie de senior, Yehezkel est interpellé par Yana. Elle ne peut plus endurer la souffrance de son mari. Max agonise à l’hôpital, plus rien ne peut le soulager, il veut en finir. Face à l’inadéquation de la (non) réponse médicale, elle demande à son ami inventeur de créer une machine qui mette fin à la vie. Perplexe, Yehezkel accepte d’y contribuer, pour sa part, mécaniquement. Pour obtenir les produits anesthésiant et létal, ils s’en remettent à Daniel, docteur, qui a endormi et mené à la mort tant et tant de… chiens. Raffi, ancien policier, se résoudra, lui, à leur éviter quelques écueils. En désaccord avec ce projet, la magnifique Levana, qui tente de garder le secret de sa maladie d’Alzheimer, les accompagnera néanmoins.

C’est résolus et fébriles que les cinq héros se rendront au chevet de Max. Entouré de sa femme aimante et de ses amis, il succombera en douceur, de son fait, dans ce que d’aucuns appellent un « suicide assisté ». Cependant, malgré la confidentialité de l’acte, des rumeurs commencent à se répandre dans la maison de retraite autour de cette machine artisanale « euthanasiante ».  Se démenant chacun avec leurs problèmes personnels, ces nouveaux associés vont devoir faire face aux pressions et sollicitations des autres…

Des larmes au rire

Tal Granit et Sharon Maymon ont relevé le bien drôle de défi de faire de l’euthanasie, de la maladie d’Alzheimer et de l’adieu aux conjoints, une comédie. Leur film traite de la séparation. Celle de ceux qu’on aime, la séparation de soi aussi, du corps malade de l’esprit lucide, enfin, il s’agit de la séparation de chacun avec cette compagne la plus intime qu’est la vie. Ainsi l’explique Tal Granit. Dans leur apologie sur l’euthanasie, les réalisateurs se contentent de montrer l’absurdité des lois qui ne laissent pas à l’individu le choix de sa propre mort sans violence. Quelle civilisation, à ce stade avancé de la science, peut-elle laisser des êtres, sans espoir d’amélioration, souffrir ? Aux commandes de leur existence, même en maison de retraite, nos vaillants protagonistes et ceux qui les sollicitent ont bien l’intention de rester maîtres d’eux-mêmes. Jusqu’au bout. Escortés d’humour, la vieillesse, la déchéance et la mort, l’impuissance face à la douleur d’un être aimé ou encore le déni, puis l’acceptation sont abordés avec pudeur et délicatesse. Remarquable de courage, chacun semble ici mû par une lucidité tranquille ou la force de la détresse, celle qui oblige à avancer. Une scène poignante, d’un mari démuni semble faire écho au film Amour de Michael Haneke, drame où l’on rit par ailleurs nettement moins.

Ici, dans ce tableau d’une humanité palpable se faufile encore l’amour, dans les couples, dans les familles; Daniel s’autorise enfin à vivre ses désirs homosexuels, on sera séduit par un très émouvant geste de solidarité autour de Levana, et l’ on ne pourra que constater les incorrigibles mensonges, cupidité et trahisons qui ont toujours fait le monde. Pour porter ce film original et rythmé qui ne tombe ni dans le pathos ni dans le burlesque à tout prix, les réalisateurs ont fait appel à des comédiens de la scène comique israélienne, dont Ze’ev Revah (Yehezkel) est une figure de proue. Leur jeu sensible, leur présence et leur aplomb à tous ont conquis plus d’un public, comme en témoignent à ce jour le Prix du Public du Festival du Film de Venise, la sélection officielle du Festival International du Film de Toronto ou encore les prix des meilleur film et meilleures actrices au Festival du Film de Valladolid. Alors, à défaut de mourir de rire, quand même, vous pourriez mourir d’envie d’aller voir ce film tendre et audacieux.

« The Farewell Party » / Mita tova /Fin de partie, de Sharon Maymon & Tal Granit

Avec Ze’ev Revah, Levana Finkelshtein, Aliza Rozen, Ilan Dar et Rafael Tabor

Israël – 95 min. – 2014.

Sortie   13 mai 2015

Avant-première le mardi 12 mai 2015 à 19h30 au Cinéma Vendôme.

Places en vente à la billetterie.

]]>