N° 2 du parti sioniste religieux « Foyer Juif », Ayalet Shaked a décroché le portefeuille de la Justice. Si son agenda suscite des craintes, son parcours force le respect.
C’est incontestablement la ministre qui aura fait couler le plus d’encre depuis la formation laborieuse du quatrième gouvernement de Benjamin Netanyahou. Et pour cause : la nomination à l’arraché d’Ayelet Shaked, à la Justicen ne pouvait guère passer inaperçue. Pour le meilleur et pour le pire. Comparée tour à tour par la presse anglo-saxonne à Sarah Palin ou à Michele Bachmann, deux ultraconservatrices du Parti républicain, la numéro 2 du parti sioniste-religieux « Foyer Juif », dirigé par Naftali Bennett, affiche des positions très décriées par la gauche israélienne.
De fait, l’agenda de cette députée qui à seulement 39 ans, incarne le nouveau visage de la droite dure, a de quoi générer des craintes. Favorable à un amendement visant à limiter les pouvoirs de la Cour Suprême, Ayelet Shaked pousse le projet de loi très controversé visant à réaffirmer le caractère juif de l’Etat hébreu et se bat contre le « financement étranger » des ONG israéliennes de défense des droits de l’Homme.
Celle qui a pris position en faveur de l’expulsion des migrants africains ne porte pas non plus les Palestiniens dans son cœur, estimant que certains d’entre eux sont des terroristes « à éliminer sans pitié ». La jeune femme a d’ailleurs accepté de recevoir la protection d’un garde du corps après avoir fait l’objet d’un post sur les réseaux sociaux, la représentant revêtue d’un uniforme nazi et l’accusant de promouvoir un « génocide palestinien ».
Seulement voilà, si son engagement aux côtés de la droite musclée et du Grand Israël ne fait pas l’unanimité, Ayalet Shaked a le vent en poupe. Son ascension fulgurante dans le paysage politique force le respect de l’ensemble de la classe politique comme du public israélien. Il est vrai que sa trajectoire sort de l’ordinaire. A priori rien ne destinait cette ingénieure en informatique, ex-recrue du groupe Texas Instrument, élevée dans une famille laïque du nord de Tel-Aviv, à devenir le porte-drapeau du parti « Foyer juif », dont les membres sont très majoritairement des porteurs de kippas tricotées.
Celle qui a servi comme instructrice dans la Brigade Golani de l’armée israélienne s’est d’abord engagée au sein du Likoud, allant jusqu’à travailler pendant deux ans sous les ordres de Benjamin Netanyahou, aux côtés de son futur mentor, Naftali Bennett, lui aussi issu des rangs de l’industrie high tech. Avant de démissionner pour cause de tensions avec Sarah Netanyahou…
Soutien des féministes
Elue pour première fois à la Knesset en janvier 2013, sous l’étiquette de « Foyer Juif », dont Ayelet Shaked est à la fois la seule tête de liste laïque et la seule candidate au féminin, elle a joué un rôle important dans l’adoption de la loi mettant fin à l’exemption du service militaire chez les jeunes ultra-orthodoxes. Mère de deux enfants, cette femme de tête, mariée à un pilote de chasse, s’est aussi fait remarquer par ses talents oratoires, servis par un physique avantageux. Un style « franc du collier » qui lui a valu un certain nombre de réflexions machistes en dehors de l’hémicycle, tout comme le soutien inconditionnel des députés féministes, de la droite radicale à l’extrême gauche de l’échiquier !
Reste à savoir si après seulement deux années en politique, l’égérie du parti sioniste- religieux, sera en mesure d’influencer le débat public. Pour certains, les ambitions d’Ayelet Shaked pourraient en effet être contrariées par l’étroite majorité dont la coalition gouvernementale menée par Netanyahou bénéficie à la Knesset. « Elle n’a pas de majorité », a jugé Yossi Beilin, ancien ministre travailliste de la Justice sur la radio de l’armée. « Mon inquiétude est qu’elle essaie de ramener le système judiciaire israélien vers des heures sombres. Mais le risque est mineur ».
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