Un gouvernement de régression nationale

Un des premiers objectifs du 4ème gouvernement de B. Netanyahou, le 34ème de l’État d’Israël semble être de défaire l’essentiel de ce qu’a accompli  le 33ème gouvernement de l’État d’Israël, dirigé par ce même B. Netanyahou….

Si vous avez aimé « Retour vers le futur », vous allez adorer la nouvelle production de B. Netanyahou « Départ vers le passé ». Réalisé avec un petit budget (une seule voix de majorité à la Knesset), il devrait engranger un maximum de bénéfices. Pour les partis qui le produisent.  

En fait, ce gouvernement a été rentable avant même de voir le jour : pour convaincre les partis religieux d’y participer, le chef du Likoud a dû leur promettre  1,5 milliards € (6.7 milliards de shekels). Ce qui, sur un budget 2015 d’environ 78 milliards €, n’est pas négligeable.

Certes, ces partis ont l’habitude de monnayer ainsi leurs sièges mais là, ils ont battu leurs records*  D’autre part, il fallait bien cela pour revenir sur toutes les méchancetés que le gouvernement précédent avait faites aux « haredim ».

Comme diminuer les subventions pour leurs écoles, les aides accordées à leurs familles, etc. Tout cela va être rétabli et même accru afin que le Shass sépharade et l’Yahadout HaTorah  ashkénaze puisse conforter la volonté de leurs ouailles de ne pas travailler.

D’ailleurs, pour éviter à coup sûr un tel malheur, ces partis ont aussi obtenu de revenir sur la décision de les obliger à enseigner des matières comme les mathématiques ou l’anglais. De même pour le service militaire (ou civil).

L’obligation pour leurs étudiants d’y participer va tomber aux oubliettes. Soit elle sera abrogée soit, si cela pose problème, ce sera au Ministre de la Défense de la faire appliquer. Ou pas….

Sans parler des ministères : le Shass en aura deux, l’Économie et les Affaires religieuses et Yahadout HaTorah aussi ** : l’Éducation et la Santé plus deux présidences de Commissions de la Knesset: celle, très influente, des Finances et celle des Sciences et de l’Espace.

Ce qui ne manque pas de sel pour des gens qui refusent d’enseigner les mathématiques et les langues étrangères. Que tout cela mécontente le reste de la population (87 % des Israéliens veulent que les ultra-orthodoxes fassent l’armée) importe peu au 1er Ministre.

Pas plus que de savoir que cette prise en charge des haredim va bientôt devenir insoutenable pour l’État. Supportable quand ils n’étaient que quelque 300.000 « étudiants » et leurs familles, elle ne l’est plus pour les 800.000 actuels et le million qu’ils seront d’ici quelques années.

Mais d’ici là, B. Netanyahou ne sera probablement plus 1er Ministre. Ou alors, il avisera….

 « Il n’y a pas de place pour un état Palestinien »

Autre régression majeure : ce gouvernement d’Israël est le premier depuis 20 ans à ne pas mentionner un accord de paix dans l’accord de coalition. Logique : tous les partis qui le composent sont contre la solution « à deux États »

C’est bien sûr le cas de « Maison Juive » dont le soutien aux colons est le fond de commerce. Tous ses ministres pensent comment leur chef, N. Bennett : « Il n’y aura pas d’état Palestinien au sein de la petite terre d’Israël. »

De même pour les ministres et députés du Likoud.  Zeev Elkin (Immigration et affaires stratégiques : « Il n’y a pas de place pour un état Palestinien, ni sur les frontières temporaires ni dans n’importe quelle autre configuration. »

Idem pour Israël Katz (Transports et Renseignements) : « L’idée de l’établissement d’un état Palestinien est inacceptable» ou encore  Silvan Shalom (vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur) : « Nous sommes tous contre l’établissement d’un État palestinien »

Ce qui n’a au demeurant pas empêché sa nomination comme « responsable des négociations avec les Palestiniens ». Même si l’homme est très diplomate, on voit mal à quoi il pourrait aboutir avec eux, tout comme pour son autre mission : retisser les liens entre Israël et les États-Unis.

D’autant que la nouvelle vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely, (Likoud) lui a déjà coupé l’herbe sous le pied avec un argument imparable. Cette Juive pratiquante a en effet donné voici peu des « éléments de langage » aux diplomates israéliens

« Il est important de dire que cette terre d’Israël est la nôtre, toute cette terre. Nous n’avons pas à nous excuser d’être ici ». Et si un diplomate étranger demandait à quel titre, elle leur a dit de répondre en citant Rachi*** :

« Si les peuples du monde viennent vous dire que vous êtes des voleurs et que vous occupez la terre des autres, vous leur direz que toute cette terre appartient au Créateur de ce monde et que, quand Il l’a décidé, Il la leur a prise et nous l’a donnée » Ah, si c’est la volonté de Dieu…

Les autres partis de la coalition sont à peu près sur la même ligne : le chef de Koulanou, Moshé Kahlon est pour la solution à deux États. En principe mais il est hostile à toute concession sur les colonies ou Jérusalem-Est. Et de toutes façons, il n’y a pas à qui parler…

De même pour le Shass : un accord avec les Palestiniens serait bien mais il est impossible en ce moment. YaHadout HaTorah est divisé sur la question mais il a rejeté tant les Accords d’Oslo que le retrait de la Bande de Gaza…

Mais qu’en est-il du principal décideur, B. Netanyahou ? A l’inverse de ce que beaucoup pensent, le journal « Times of Israël »**** considère qu’il n’est pas une girouette et que, au contraire, il n’a pas varié dans sa position :

A ses yeux,  la solution à deux États est préférable parce que l’autre terme de l’alternative est un État binational qui signifiera, à moyen ou long terme, la fin du rêve sioniste. Par ailleurs, il pense que, dans le contexte actuel, une Palestine indépendante deviendrait un État terroriste et donc un danger mortel pour Israël.

Mais, incapable de trancher dans un sens ou l’autre, B. Netanyahou se contente, comme il l’a toujours fait, de manœuvrer, de louvoyer, afin de gagner du temps et rester au pouvoir. Et après lui, le Déluge….   

*En 2009, ils n’avaient réclamé « que »  665 millions €.Le gouvernement de 2013 était quasiment gratuit : les ultra-orthodoxes étaient dans l’opposition.

**Des vice-ministres en fait. Ce parti accepte l’argent d’un État mais refuse que ses membres lui prêtent serment comme les  ministres en ont l’obligation.

***Rachi (1040-1105) : rabbin et « décisionnaire » influent du Moyen Age, célèbre pour ses commentaires de la bible et du Talmud

*****http://fr.timesofisrael.com/netanyahu-ambigu-sur-la-solution-a-deux-etats-peut-etre-pas/

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