Les mouvements de type BDS prennent de l’ampleur à l’international sur les campus des universités. Le monde académique israélien tire la sonnette d’alarme et organise sa défense.
L’association du football palestinien a eu beau annuler in extremis, vendredi 29 mai, un vote visant à expulser Israël de la FIFA, l’Etat hébreu reste confronté à d’autres types de menaces. « Le boycott académique international est devenu une menace stratégique de premier ordre pour Israël », a déclaré le Président de l’Etat, Reuven Rivlin, à l’issue d’une réunion de crise organisée en fin de semaine dernière à Jérusalem. De fait, les principaux responsables des universités et des centres de recherche du pays, aux côtés de représentants du ministère des Affaires étrangères, se sont rendus à la résidence présidentielle pour tirer la sonnette d’alarme.
But de la manœuvre : dénoncer les effets insidieux du mouvement appelant au boycott académique d’Israël qui tend à prendre de l’ampleur sur les campus des universités étrangères. Cette déferlante s’illustre de multiples manières. « Les chercheurs israéliens peinent à obtenir de l’avancement. Les multinationales leur commandent moins d’études scientifiques. Certains articles sont refusés sans véritable raison par le comité éditorial de revues académiques et les organisations estudiantines mettent la pression sur les dirigeants pour boycotter l’académie israélienne », ont mis en avant la vingtaine de participants conviés par Reuven Rivlin. De l’Institut Weizman, au Technion, en passant par les Universités de Tel-Aviv, Haïfa, Bar-Ilan, Ben Gourion, sans oublier les collèges académiques, la même inquiétude est relayée.
« Il est encore possible de stopper l’effet « boule de neige ». Mais nous entrons dans la dernière ligne droite. Il nous faut impérativement endiguer ce processus en Europe comme aux Etats-Unis », a fait remarquer Peretz Lavie, le « patron » du Technion, qui préside par ailleurs l’Association des responsables d’universités. « Les organisations estudiantines anti-israéliennes étaient relativement minoritaires dans le passé. Mais aujourd’hui, elles sont implantées dans toutes les universités qui comptent. Il est indispensable de porter ce sujet sur l’agenda public ».
Pour l’heure, la plupart des universités israéliennes se sont dotées de forum anti-boycott. Les Thinks tanks sont également entrés dans la danse, tel l’Institut Reut de Tel-Aviv, qui a organisé en janvier dernier le premier Hackathon estudiantin visant à désamorcer -par des solutions technologiques- les contenus anti-israéliens utilisés par les adeptes du boycott ; une manifestation de trois jours remportée par une équipe du centre interdisciplinaire d’Herzliya (IDC).
Boycott silencieux
Au cours des deux dernières années, de nombreuses institutions ont officiellement appelé au boycott académique contre Israël : à l’instar de l’Association pour les études moyen-orientales, l’Association américaine des Anthropologues, l’Association des Etudes américaines, sans compter les initiatives d’organisations estudiantines, voire du corps enseignant, établies en Irlande, en Californie ou au Canada.
Comment en est-on arrivé là ? Pour Ruth Arnon, la présidente de l’Académie des sciences, la situation tient en partie au succès des campagnes du BDS pour le boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël. « Ce mouvement doté de financements importants est très actif dans le domaine de la délégitimation d’Israël en général et de son académie en particulier », a-t-elle dénoncé.
De son côté, Menachem Ben-Sasson, le président de l’Université hébraïque de Jérusalem, a fustigé un « boycott silencieux » et qui n’est pas toujours déclaré de manière officielle. « D’où la nécessité d’aborder le sujet de manière franche et directe lors des rencontres officielles entre Israël et les leaders mondiaux, sur le plan diplomatique », a-t-il suggéré. L’Association des responsables d’universités a pour sa part récemment créé une base de données visant à recenser les formes plus ou plus explicites de boycott. Histoire d’aider les parties concernées à mettre en place un « dôme de fer » adapté au monde académique.
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