Le « Gros Juif » : une réussite américaine

Comment devenir riche et célèbre quand on est dodu et juif. 

C’est un conte de fées comme seuls les Américains peuvent en produire : il était une fois un garçon né sous une mauvaise étoile : déjà, il avait un physique quelconque. Pis, il était un peu (beaucoup, passionnément, à la folie…) enrobé.

En plus, il était juif et portait le nom improbable de Josh Ostrowski,  Et enfin, ses parents n’étaient ni rois ni princes ni même millionnaires, juste de braves bourgeois, lui radiologue, elle, nutritionniste -et pas des meilleures : adulte, son fils pèse dans les 150 kg.

Inutile de préciser que dans ces conditions, ses chances de séduire sa blonde WASP* de voisine étaient proches du néant. Quant à devenir riche et célèbre… Oublie, mon fils et fais architecte comme ton grand frère qui travaille pour le Pentagone à présent.

Mais c’était compter sans sa marraine, la fée qui fit deux dons au dodu petit Josh : en premier lieu, un concentré de cette « houtzpeh » (« toupet ») qui caractérise la fine fleur de ce peuple d’élite et sûr de lui que nous sommes, nous, les Juifs.

Et aussi une quantité bien dosée d’humour juif new-yorkais  (Marx Brothers, Jerry Lewis, Woody Allen, genre) ce qui n’était que justice puisque, par une coïncidence stupéfiante, c’est précisément dans cette ville que vivaient les Ostrowski.  

Ainsi équipé, notre Joshkèlè (« petit Josh » en yiddish) prit un départ fulgurant dans la vie : il se fit jeter de deux université tout en s’arrondissant à vive allure. Les pizzas newyorkaises, voyez-vous. Les meilleures de ce côté-ci de la mort, affirment les survivants.

En même temps, il développa son goût pour les pitreries bizarres, lesquelles, par un de ces raccourcis qui font douter de l’existence de Dieu, le conduisirent droit à « Vice magazine » où, malgré sa déception initiale (non, ce n’était pas un journal porno), il resta cinq ans.    

« Vice » est en fait un « mensuel d’une vulgarité rafraîchissante et d’une méchanceté radicale qui marque le lecteur par sa liberté de ton et son impertinence » (Libération). Il y trouva sa voie en prenant en charge la rubrique  Do’s & Dont’s  (« A faire » et « A éviter »)

Il s’agissait de rédiger des légendes déjantées sous des photos de gens surpris dans des positions plus ou moins étranges.  Ca, Josh Ostrowski qui aimait tout ce qui était gras, y compris en matière d’humour, savait faire.

Puis, après quelques années de succès, lorsque, à force de travail son don cessa d’être une sale manie, comme aurait le bon Brassens, « J. O. », comme on ne le surnomma jamais, décida de voler. De ses propres ailes, veut-on dire.

Et où, sinon dans le nouvel univers où se retrouvaient tous ces jeunes qui aimaient son humour décalé, Internet ? D’autant qu’il existait un réseau social qui semblait avoir été créé pour lui : Instagram.

Lequel permet de poster des photos (et des vidéos), de les commenter, de les « liker » (« aimer »)… Il y entra en début 2012 et six mois plus tard, il était considéré comme « le prince des comiques virtuels » voire « le Roi d’Instagram »

En même temps, il mettait au point son personnage : le « Fat Jewish » qui devint vite le « Fat Jew » (le « Gros Juif »)** caractérisé par un goût pour les tenues, hum, classieuses (si on aime les strings à paillettes) qu’il partageait avec le regretté Coluche.

Si on ajoute une coiffure de son invention : « l’érection des cheveux », (une longue queue de cheval dressée vers le ciel) et un goût prononcé pour les pseudos subtils (Joshua Onassis, Whitney Jewston, Jewlio Iglesias…), on comprend qu’il ne passe pas plus inaperçu dans le virtuel que dans le réel.

Bref, le Fat Jew a vite flirté avec les 4,3 millions followers (« suiveurs ») dont des idoles des d’jeuns comme Taylor Swift ou Katy Perry, ce qui en fait une icone de la pop culture, selon de grands médias comme le New York Times ou la chaîne ABC News qui l’ont longuement interviewé.

Mais il est surtout devenu un « influenceur », terme hideux inventé -ce qui n’étonnera personne- par les publicitaires et qui désigne quiconque peut faire vendre une marque. Les annonceurs payent donc jusqu’à 2.500 $ pour que le Fat Jew se moque d’eux sous une photo

Mieux (ou pire) : le Fat Jew est dingue de ses deux épagneuls, oups, pardon, de ses « Cavaliers King Charles », Muppet et Toast. Il leur a donc ouvert un compte Instagram à chacun. Résultat : 152.000 followers pour le 1er, 234.000 pour la seconde.

En plus, Toast, dont la langue pend de façon adorable, possède sa propre marque de sac et est devenue l’égérie d’une marque de lunettes de soleil.  C’est ça, internet, coco. Et petit Josh devenu gros fourmille d’autres idées :

Deux de ses scenarii ont été accepté par la chaîne Comédie qui produit, entre autres South Park. Et il va sortir un livre dont le titre est tout un programme : Money, Pizza, Respect.  Comme il dit : “J’aime multiplier les projets et les exécuter de travers » 

Il dit aussi : « A présent, je suis payé pour être idiot ». Car, ce garçon est parfaitement lucide. Ne se décrit-il pas aussi comme « le fils illégitime de Bette Midler et Steven Segall » ? Ainsi (se) décline le concept même de « célébrité ».

Après les stars du cinéma sont venues celles, bien plus frelatées, de la télévision auxquelles ont succédé celles qui sont célèbres parce qu’elles sont connues (Paris Hilton et Machin Kardashian par exemple). A présent, c’est le tour des vedettes virtuelles.

Alors pourquoi pas le Fat Jew ? Au moins, il lui arrive d’être (vraiment) drôle. Comme dans cette anecdote par exemple : « Alors, cette fille portoricaine a couru vers moi –elle avait 11 ou 25 ans, je ne sais plus Et elle m’a dit :

« Sérieux, vous n’êtes pas aussi gros que je pensais. Vous vous foutez du monde. ». C’est comme ça que j’ai commencé à boire du Nutella ». Cela ne vous fait pas rire ? Tant pis pour vous. Vous n’êtes pas assez connecté. Ou alors, vous êtes juste trop vieux pour le monde actuel.

 *WASP (White Anglo-Saxon Protestant) : Blanc Anglo-Saxon Protestant. Longtemps considéré comme l’élite des Américains. Leurs filles étaient –et sont encore souvent- le fantasme absolu des ados juifs, qu’ils soient gros ou minces.

* Par exemple : http://twiends.com/fatjew

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