Tu n’as rien vu à Gaza

Que s’est-il vraiment durant la guerre de Gaza de l’an passé ? Qui l’a déclenchée ? Les Palestiniens tués étaient-ils des combattants ou des civils ? Qui est responsable de leur mort ? Ce n’est sans doute pas en lisant les rapports d’enquête parus (ou à paraître) qu’on le saura.

Comme disait Norman : « Une fois de plus, les engagés prêchent les convaincus ». De fait, les deux rapports d’enquête parus  -et celui qui va paraître fin juin- sur l’opération « Bordure protectrice »* ne feront que renforcer les certitudes des uns ou des autres.

Le 1er  en date de ces rapports a été rédigé par d’anciens dirigeants politiques et militaires, le « High Level International Military Group »**, le 2ème par le gouvernement israélien et le dernier émanera du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Que dit le rapport des  militaires ? D’abord qu’Israël ne voulait pas de ce conflit et qu’il y a été contraint par les attaques répétées du Hamas contre son territoire. Ensuite que Tsahal a « respecté les normes du  droit international des conflits armés ».

En fait, le rapport lui reproche même de les avoir trop bien respectées : d’une part, parce que les avertissements aux populations civiles ((appels téléphoniques, télé ou radio, lancé de tracts etc.) ont permis aux combattants du Hamas de fuir la zone menacée.

D’autre part, car toutes ces précautions mettent en péril la lutte des Occidentaux contre le terrorisme dans la région : en effet, estime le rapport,  à cause d’elles, le ratio des morts à Gaza est de un civil pour un combattant.

Alors que celui des Américains ou de l’OTAN dans des actions similaires tourne autour de 50 à 80 « pertes collatérales » de  civils pour un terroriste tué. Si les opinions publiques exigeaient qu’ils se comportent comme les Israéliens, c’est toute leur stratégie qui serait affaiblie…

Le rapport d’enquête du gouvernement israélien affirme, lui aussi, que la responsabilité tant de cette guerre que des victimes qu’elle a causées incombe au Hamas. C’est lui qui a lancé ses missiles contre l’État juif et ce sont ses hommes qui se sont dissimulés parmi les civils.

Par contre, dans sa riposte, « Tsahal n‘a jamais intentionnellement des civils ou des cibles civiles » Et donc, « la plupart des faits qui ont semblé (…) relever d’attaques sans discernement contre des civils étaient en fait des attaques légitimes contre des cibles militaires ».

C’est par exemple, le cas  des quatre enfants tués le 16 juillet 2014 par un bombardement de la plage de Gaza : la zone était connue pour être une base navale du Hamas et lorsque les enfants y sont entrés, ils ont été pris pour des terroristes. Israël ne nie donc pas qu’il y ait eu des morts civils

Mais il affirme qu’elles sont dues soit à des erreurs soit au fait que le Hamas dissimulait ses hommes et ses armes parmi les non-combattants. Une réponse indirecte à l’Autorité palestinienne qui menace de traîner le devant la justice internationale.

Le rapport donne aussi des chiffres*** : au total, ce sont 2.125 Palestiniens qui ont été tués. Parmi eux, 936 (44%) étaient des militants du Hamas ou d’autres groupes terroristes.  761 autres (36%) dont 369 enfants de moins de 15 ans étaient des « civils non impliqués » :

Soit à cause de leur âge ou de leur sexe soit parce Tsahal n’a pas trouvé de preuve de leur participation aux combats. Les 528 autres n’ont pu être identifiés.

Le rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU paraîtra fin juin mais on se doute déjà de son contenu : il déplorera peut être les tirs de missiles du Hamas contre la population israélienne mais condamnera l’État juif pour son usage indiscriminé de la force contre des civils en délibérément leurs maisons. 

On peut le deviner parce que tel était déjà le contenu d’un rapport précédent présenté le 23 mars 2015 au Conseil par deux rapporteurs spéciaux qui ont examiné les «violations israéliennes des droits de l’homme » tant à Gaza que dans les territoires occupés.

Et aussi parce que, même si tous ses arguments ne sont pas faux, ce Conseil s’est totalement discrédité tant par la présence parmi les 47 États membres de plusieurs violant les droits de l’homme**** que par ce qu’il faut bien appeler une obsession anti- israélienne.

Et ce n’est pas seulement l’opinion d’Israël et de ses amis. Les derniers Secrétaires Généraux de l’ONU, Kofi Annan et Ban Ki Moon ont tous deux regretté que « le Conseil ne porte pas la même attention aux violations commises dans certains États qu’a celles commises par Israël. »

De fait, il existe un point permanent -et un seul à l’ordre- du jour de chacune des trois sessions annuelles du Conseil, le point 7 : «  Situation des droits de l’homme en Palestine et autres territoires arabes occupés ».

Depuis sa création en 2006 jusqu’en 2014,  le Conseil a émis 103 résolutions condamnant les violations des droits de l’homme dont 43 contre Israël. Durant sa session d’avril 2015,  le Conseil en a adopté 7 autres :

Une contre la Corée du Nord, une contre la Syrie, une contre l’Iran. Et quatre contre Israël. Pas un mot sur des pays comme la Chine, la Russie, le Qatar  ou l’Arabie saoudite. Pour en revenir à Gaza, on rappellera aussi « l’affaire William Schabas » :

En aout 2014, le Conseil avait placé ce professeur de droit canadien à la tête de la chargée d’enquêter sur « Bordure protectrice », celle là même qui doit rendre bientôt son rapport.

Il a dû démissionner quelques mois plus tard, en février 2015, lorsqu’on a découvert qu’il avait travaillé comme consultant pour l’OLP (« Organisation de Libération de la Palestine »)….

Tout cela n’empêchera pas les pro-Palestiniens de regarder ce rapport comme vérité d’Évangile, si l’on ose écrire. Ni les pro-Israéliens de considérer de la même façon celui de l’État juif. 

Moyennant quoi, chaque camp lancera à l’autre : « Tu n’as rien vu à Gaza »  et conservera ses certitudes.  En définitive, il ne restera qu’un seul fait objectif : qu’ils aient été tués à cause du Hamas ou d’Israël, par accident ou volontairement, plus de 500 enfants sont morts en juillet-aout 2014.  

*Opération « Bordure protectrice » : offensive menée par Israël contre la bande de Gaza durant les mois de juillet et aout 2014. 

**High Level International Military Group : Ce « Groupe international de hauts dirigeants militaires », mené par un ancien chef d’état-major de la Bundeswehr comprend d’ex-hauts gradés britanniques, italiens colombiens, américains etc.  Leur rapport a été remis au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU

***Les chiffres de l’’ONU sont légèrement supérieurs : 2.256 morts dont 1.563 civils, incluant 538 enfants.

**** Créé en 2006 pour remplacer la Commission des droits de l’homme de l’Onu, discréditée par la présence de trop de pays ne respectant pas les dits droits, le Conseil des droits de l’homme est vite tombé dans le même travers

Parmi les 47 États du Conseil, nommé par l’Assemblée Générale de l’ONU, on trouve aussi bien la Chine, la Russie, le Qatar que Cuba ou l’Arabie saoudite. C’est même ce dernier pays,  un des huit à ne pas avoir ratifié la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui pourrait prendre la présidence annuelle du Conseil en décembre 2015

 

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